Finance : La Banque de France alerte sur un risque de crise boursière

Depuis une décennie, les indices boursiers américains se sont envolés. Dans le même temps, les principaux indices boursiers européens n’ont connu qu’une faible augmentation, tandis que l’indice chinois est resté stable.

La crise du Covid-19 n’a pas provoqué de chute des Bourses : au contraire, elle a même accéléré la progression des grands indices américains. En janvier 2022, la Banque de France pointe ainsi un risque de crise boursière et financière à moyen terme, au regard du « niveau d’exubérance persistant » de certains indicateurs de valorisation boursière.

Depuis 2010, une divergence entre les États-Unis et l’Europe

Jusqu'à la fin des années 1990, les indices boursiers européens et américains croissent sensiblement au même rythme, tandis que l’indice japonais Nikkei 225 suit une pente décroissante.

Le premier pic boursier se forme entre 1995 et 2001 : c’est l’émergence de la bulle technologique ou bulle Internet. En 1995, l’introduction en bourse du navigateur internet Netscape marque le début de l’émergence de cette bulle financière. Les investisseurs sont fascinés par la « nouvelle économie » : le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et l’introduction en bourse de nouvelles entreprises prometteuses. Ceci dans un contexte peu inflationniste et de taux d’intérêt bas.

Entre janvier 1995 et juillet 2000, la valeur du CAC 40 est ainsi multipliée par trois ; celle de l'indice américain SP 500 américain par 2,5, et celle de l’indice allemand DAX 30 Price par 2,8.

Dans le même temps, la valeur de l’indice britannique FTSE 100 n’est multipliée que par 1,8. À l’inverse l’indice japonais Nikkei 225 baisse sur cette période, se contractant de 13 points.

La bulle Internet explose à partir de mars 2000 et tous ces indices boursiers s’effondrent progressivement, sans pour autant retrouver un niveau aussi bas qu’au début de l’année 1995. L’indice japonais continue quant à lui de baisser. Cette dynamique baissière des cinq grands indices mondiaux se prolonge jusqu’au milieu de l’année 2003.

Le CAC 40, le S&P 500 et le DAX 30 Price suivent une dynamique similaire jusqu’en 2010, avec une remontée jusqu’en 2008, puis une chute brutale lors de la crise des subprimes. L’indice anglais ne connaît pas une hausse si importante ni une baisse aussi marquée sur cette période, tandis que l’indice japonais stagne.

Depuis 2010, on distingue quatre dynamiques des principaux indices boursiers mondiaux :

- Le CAC 40 et le DAX 30 suivent une trajectoire ascendante quasiment identique : entre début 2010 et janvier 2022, la valeur de ces indices a été multipliée par 1,6.

  • - Le FTSE 100 britannique est resté extrêmement stable.

- Le Nikkei 225 a retrouvé une trajectoire haussière durable depuis 2010 : sa valeur a été multipliée par 2,7 entre début 2010 et janvier 2022. Il est à son plus haut niveau depuis novembre 1990.

- L’indice américain S&P a augmenté de façon vertigineuse. Entre début 2010 et janvier 2022, il a été multiplié par 3,2. Ni la crise des dettes souveraines en Europe au début des années 2010, ni la dévaluation de la monnaie chinoise en 2015, ni les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis n’ont fait chuter l’indice américain.

Ceci est notamment dû aux politiques monétaires des banques centrales, et notamment de la Fed, qui ont fourni des liquidités en masse aux investisseurs durant ces périodes de crise via des politiques de Quantitative easing, afin de stimuler le crédit et d’éviter la déflation.

Il est intéressant de noter que la crise liée à la pandémie de Covid-19 de 2020 n’a pas fait plonger les grands indices mondiaux. Au contraire, le S&P 500 a même connu une accélération de sa croissance lors de cette année. Là encore, on peut avancer que les investisseurs ont été soutenus par la politique monétaire mise en place par la Fed dès le mois de mars, ainsi que par les « plans de relance » décidés par l’administration Trump, puis par l’administration Biden.

L’envol du Nasdaq, la stabilité chinoise

Parmi les autres grands indices mondiaux, le Nasdaq connaît une progression fulgurante depuis 2009. Cet indice, qui inclut les principales valeurs technologiques américaines, avait déjà connu un pic boursier en 2000 lors de la formation de la bulle internet : sa valeur avait été multipliée par quatre entre début 1995 et mars 2000.

Après le dégonflement de la bulle et une relative stagnation, l’indice Nasdaq est ainsi multiplié par quatre entre janvier 2009 et janvier 2020. Puis entre janvier et décembre 2020, en pleine pandémie mondiale, il augmente de 35 % en raison du succès de plusieurs grandes entreprises technologiques qui ont bénéficié de cette période. L’action Amazon a par exemple gagné 80 % sur l’ensemble de l’année 2020. En janvier 2022, le Nasdaq atteint son plus haut niveau historique, dix fois supérieur à son niveau de 1994.

L’indice chinois de la bourse Shanghai Stock Exchange — appelé Shanghai Composite — n’a été créé qu’en 1990. En janvier 2022, cette Bourse est la quatrième mondiale en termes de capitalisation et est gérée directement par l’Autorité chinoise des marchés financiers, sous contrôle de l’État central. Ce n’est qu’en 2002 que les investisseurs étrangers ont été autorisés à acheter ou à vendre des actions sur l’une des bourses chinoises.

Après une volatilité importante entre 1990 et 2006, la valeur de l’indice est multipliée par trois entre janvier 2006 et septembre 2007. Puis lors de la crise des subprimes, l’indice chute de 43 % entre septembre 2007 et janvier 2009, avant de se stabiliser autour de 3000 points depuis 2010. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, l’indice chinois est sur une pente haussière.

Au Brésil, l’indice Bovespaconnaît une hausse de 135 % lors de l’émergence de la bulle internet, entre janvier 1995 et juin 2000. Puis dans les années 2000, l’indice augmente à nouveau, pour atteindre son plus haut niveau historique en janvier 2008. Après une chute de 100 % entre juin 2010 et janvier 2016, l’indice remonte pour retrouver en janvier 2022 son plus haut niveau depuis mars 2011.

L’indice BSE Sensex connaît une stabilité remarquable entre 1992 et septembre 2002, avant d’augmenter de 300 % entre fin 2002 et octobre 2007. Après une légère chute en 2008, l’indice recommence à progresser, pour atteindre son plus haut niveau historique en janvier 2022.

À l’exception des indices britanniques et chinois qui affichent une certaine stabilité depuis plusieurs années, les indices boursiers mondiaux ont donc globalement augmenté lors de la dernière décennie.

Mais c’est aux États-Unis que l’augmentation des indices boursiers a été la plus importante : le S&P 500 et le Nasdaq se sont envolés depuis 2010 et leur valeur a progressé encore plus vite à l’occasion de la crise du Covid-19. En janvier 2022, la Banque de France pointe ainsi un risque de crise boursière et financière à moyen terme, au regard du « niveau d’exubérance persistant » de certains indicateurs de valorisation boursière.

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