Charismatique, authentique, bienveillant, empathique, « résonant »… À lire la littérature managériale, le leader tiendrait moins du cadre que du saint. Il ne commande pas : il inspire, il élève, il irradie. Derrière cette hagiographie de bureau se joue pourtant autre chose qu'une querelle de vocabulaire. Car si le leader n'est plus un chef, c'est qu'on attend désormais de lui qu'il obtienne sans ordonner – et des salariés qu'ils veuillent d'eux-mêmes ce qu'on leur impose. De Max Weber aux chartes éthiques, de la « zone de confort » à la prolifération des indicateurs, la promotion du leadership raconte une mutation plus profonde : celle d'un pouvoir devenu assez discret pour s'installer au cœur des subjectivités. Reste à savoir ce qu'elle coûte, à celui qui l'incarne comme à ceux qui le suivent.
Partons d’une définition simple : le leadership est « la capacité d’un individu à mobiliser un collectif en vue d’atteindre un objectif partagé » (1). Tout est dit, mais tout reste à interroger. Car cette description liminaire contient, dans sa forme ramassée, bien des questions. Il y aurait donc d’un côté un individu, de l’autre un collectif. Que le premier se pose face au second ou s’y oppose, qu’il en émane ou s’en détache, qu’il le dirige, l’influence ou le manipule, cela reste à déterminer. Et comment sait-on, vraiment, si un objectif est partagé ? Autant de difficultés qui apparaissent dès que l’on s’intéresse au fonctionnement des groupes et dont chacun sait qu’ils sont sources de doutes, de malentendus et d’incompréhensions. Quelle que soit la bonne volonté, si souvent promue comme nécessaire et suffisante.
Il est pourtant une tendance massive parmi les productions de ceux qui se piquent de management et qui permet apparemment de lever toutes ces difficultés. Elle repose sur des descriptions de la figure du leader qui ne peuvent que susciter l’enthousiasme : le leader serait charismatique, authentique, accompagnateur, bienveillant, altruiste, généreux, empathique, et même résonant… (2) Nous voilà proches de la sainteté.
D’ailleurs, le leader a une vision (des visions peut-être ?). Il regarde l’horizon, au-delà des turpitudes vaines du quotidien, pour montrer la voie. Moitié Socrate, moitié Jésus, enfin nous est donné un Guide. N’allons cependant pas croire, contresens funeste, que le leader est un chef. Il est bien plus et bien mieux que cela. Le leader ne commande pas, il influence, il inspire, il sublime. Je n'ironise pas, voyez par vous-mêmes lorsqu’on nous décrit ce que doit être un « servant leader », un leader positif, un leader au service de ses collaborateurs (3) :
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