Faire disparaître CNews ne suffirait pas. Vincent Bolloré est devenu le symbole de la concentration des médias, mais le milliardaire masque un problème plus profond : la marchandisation de l'information depuis les années 1980, et des formats structurellement incompatibles avec le débat démocratique. De Bernard Arnault, qui rachète méthodiquement la presse économique, à Elon Musk et son réseau X, les ultra-riches prospèrent dans un cadre que plus personne ne questionne – et que la seule régulation ne suffira pas à défaire.
Avec un ensemble de médias à la ligne éditoriale aussi caricaturalement marquée à l’extrême droite que le Journal du dimanche, Europe 1 et CNews, Vincent Bolloré cristallise les débats sur le pluralisme et l'indépendance de l'information. Plus « discret » pour le grand public dans la mesure où il ne possède aucun média audiovisuel, Bernard Arnault l'illustre aussi, lui qui s’est lancé dans l'acquisition progressive et monopolistique de la presse économique (1) pour promouvoir « l'économie libérale de marché » à l'exclusion de toute autre tendance. Et les ingérences de capitalistes dans la ligne éditoriale des médias dont ils sont propriétaires se multiplient depuis au moins une quinzaine d'années.
Dans le domaine des réseaux dits « sociaux », Elon Musk, propriétaire de X, fait lui aussi office de grand méchant loup – un cas, certes, différent étant donné l'absence de prise de la régulation nationale et l'extrême faiblesse de la régulation de l'Union européenne, mais qui illustre la puissance et la relative impunité des ultra-riches propriétaires de médias.
Les critiques dont ils font l'objet, aussi justifiées que nécessaires, peuvent engager le débat dans des termes erronés si celui-ci se borne à opposer liberté d'expression et pluralisme idéologique ou à dénoncer les insuffisances de l'Arcom, comme s'il ne s'agissait que d'une affaire de régulation. Poser le débat ainsi revient d'une part à accepter un cadre qui, depuis les années 1980, s'articule au marché et, d'autre part, à ne pas questionner radicalement les formats et rythmes de l'information qui se sont imposés depuis les années 2000.
Lisez la suite et soutenez un média indépendant sans publicité
S’abonnerAccès illimité au site à partir de 1€
Déjà abonné ? Connectez-vous
4 commentaires
Devenez abonné !
Vous souhaitez pouvoir commenter nos articles et échanger avec notre communauté de lecteurs ? Abonnez-vous pour accéder à cette fonctionnalité.
S'abonner