La Grèce est régulièrement présentée comme la preuve que l’austérité finit par payer : après une cure drastique imposée au lendemain de la crise de 2009, le pays aurait assaini ses finances, renoué avec la croissance et retrouvé le chemin de la prospérité. Ce récit d’une réussite économique grecque mérite pourtant d’être déconstruit tant il s’éloigne de la réalité. Derrière les indicateurs mis en avant se dessine une transformation profonde de l’économie du pays : recul de la productivité et des salaires réels, précarisation du travail, affaiblissement des activités à forte valeur ajoutée et dépendance croissante au tourisme. Une étude récente de la London School of Economics résume cette mutation par une formule saisissante : la Grèce est devenue une « économie de cafés ».

Par Frédéric Farah

La crise grecque a disparu de l’actualité, pas ses conséquences. Dix-sept ans après son déclenchement, les choix imposés au pays continuent de façonner profondément son économie et sa société.

L’austérité, parfois modestement aménagée, n’a en réalité jamais été abandonnée. Jamais une société européenne n’avait connu un tel degré de brutalisation en période de paix. Nous l’avons écrit à de nombreuses reprises : ce qui a été infligé à la Grèce est et demeure une tache sombre de l’histoire contemporaine du continent. Plus largement, la manière dont les dirigeants européens ont assumé cette brutalité, au nom de l’orthodoxie économique, reste l’un des épisodes les plus révélateurs des dérives de la construction européenne.

La Grèce a ainsi servi de laboratoire à une politique d’ajustement économique et social d’une ampleur sans précédent. La société grecque a résisté, mais au prix fort : départ massif d’une partie de sa jeunesse, appauvrissement, précarisation et crise du logement. Une saignée démographique et sociale dont le pays porte encore les conséquences.

Mais le bilan ne se limite pas au désastre social. C’est aussi la structure même de l’économie grecque qui a été profondément transformée, au point de compromettre durablement les perspectives de développement du pays.

Quinze ans d’austérité ont profondément transformé l’économie grecque

Pour comprendre cette mutation, il faut revenir sur les réformes imposées à la Grèce à partir de 2010. Quelques mois après le déclenchement de la crise, les mémorandums successifs soumettent le pays à un vaste programme de mesures économiques, politiques et sociales, appliquées sous la pression de ses créanciers. Cette politique repose alors sur une idée centrale de l’orthodoxie économique : celle de « l’austérité expansive ». Les sacrifices consentis dans l’immédiat devaient permettre de rétablir les comptes publics, de restaurer la confiance des créanciers et, à terme, de relancer l’investissement et la croissance.

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