Une récente étude de l’INSEE a mis en lumière la forte contraction de l’emploi dans la filière automobile française, tant chez les constructeurs que chez les équipementiers. Cette dynamique négative n’a rien d’inédit : depuis plusieurs années, rapports et analyses se succèdent pour souligner la fragilité du secteur et les menaces qui pèsent sur lui. Or, l’automobile demeure un secteur stratégique pour la souveraineté industrielle française et pour la vitalité de l’ensemble du tissu productif national. Analyser les difficultés de l’automobile française revient à retracer l’histoire d’échecs industriels et de crises successives. Les échecs sont d’abord ceux des choix européens, mais également ceux des constructeurs eux-mêmes : obsession du low cost, politiques de compétitivité privilégiant les stratégies non coopératives, délocalisations massives. C’est aussi l’histoire d’une succession de chocs – de la crise sanitaire à la crise énergétique, jusqu’aux tensions géopolitiques actuelles liées à la troisième guerre du Golfe. Sauver l’automobile française ne pourra se limiter à quelques ajustements réglementaires : cela suppose également de profonds changements dans la stratégie européenne.
L’actualité internationale donne le vertige. La troisième guerre du Golfe, impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, multiplie les rebondissements tout en s’enlisant dangereusement, avec des conséquences lourdes pour la croissance mondiale et, plus particulièrement, pour l’économie française. Les prévisions demeurent prudentes, tandis que le détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce énergétique mondial, suscite de vives inquiétudes. En France, cette situation intervient dans un contexte déjà préoccupant : remontée du chômage, poursuite de la désindustrialisation et affaiblissement d’un secteur automobile devenu le miroir de ces fragilités.
Une récente note de l’INSEE dresse un constat alarmant concernant l’emploi dans la filière. Entre 2010 et 2023, l’emploi des entreprises appartenant à la filière automobile manufacturière a chuté de 33 %, alors qu’il est resté globalement stable dans le reste de l’industrie, avec un recul limité à 1 %. Plus précisément, le nombre total d’emplois est passé de 425 500 à 286 800 équivalents temps plein. À elle seule, la baisse chez les constructeurs représente 46 000 emplois supprimés.
Ce recul est généralisé : il touche aussi bien les constructeurs que les fournisseurs, sur l’ensemble du territoire. Tous les métiers de la filière sont concernés. Les équipementiers les plus dépendants de l’automobile ont enregistré les pertes les plus importantes, à l’exception de ceux ayant modernisé leur appareil productif, notamment dans la fabrication de batteries électriques, où l’emploi a progressé entre 2020 et 2023. Toutefois, ces créations demeurent encore modestes.
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