La nouvelle course à la Lune a déjà commencé, mais son véritable enjeu ne réside plus dans le simple prestige technologique. Derrière les programmes Artémis et Chang'e se dessine une rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine pour le contrôle des ressources lunaires, en particulier les glaces d'eau du pôle Sud. Une bataille juridique, technologique et géopolitique est en train de naître dans les failles du Traité de l'espace de 1967. Premier arrivé, premier servi : la puissance qui s'installera durablement sur la Lune pourrait disposer d'un avantage décisif pour l'exploration du Système solaire. Et la Chine et les États-Unis sont au coude à coude.
« Aujourd'hui, nous fixons un nouveau cap pour le programme spatial de l'Amérique […]. Nous construirons de nouveaux vaisseaux afin d'emmener l'Homme plus loin dans l'Univers, d'établir un nouveau point d'appui sur la Lune et de préparer de nouveaux voyages vers des mondes situés au-delà du nôtre. »
La « nouvelle vision pour le programme d'exploration spatiale », dévoilée le 14 janvier 2004 par le président George W. Bush, est ambitieuse. Une fois encore, les États-Unis entendent tracer la feuille de route spatiale de l'humanité. Dès 2010, la Station spatiale internationale (ISS) doit être achevée ; un nouveau vaisseau spatial doit entrer en service en 2014 ; puis, au plus tard en 2020, l'Homme est appelé à fouler de nouveau le sol lunaire. Cette fois, il est destiné à s'y installer durablement.
Neuf jours plus tard, le 23 janvier 2004, une simple décision administrative marque un tournant tout aussi décisif : le gouvernement chinois approuve officiellement son premier programme d'exploration lunaire, le Chinese Lunar Exploration Program (CLEP). La feuille de route du programme Chang'e, du nom de la déesse chinoise de la Lune, tient en trois verbes : orbiter, atterrir et retourner (1).
À cette époque, l'écart entre les deux puissances est abyssal. Les États-Unis s'apprêtent à faire évoluer simultanément deux rovers sur Mars – Spirit vient de se poser, Opportunity le rejoint deux jours plus tard – tandis que la Chine vient seulement d'effectuer son premier vol spatial habité : le 15 octobre 2003, Yang Liwei devient le premier taïkonaute de l'histoire. Peu d'observateurs imaginent alors que les programmes spatiaux chinois et américain conduiront, vingt ans plus tard, à une rivalité stratégique durable autour de la Lune. Qui aurait en effet pu prévoir que la Chine serait aujourd'hui en mesure de coiffer les États-Unis au poteau à l'horizon 2030 ?
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