Depuis 2024, les mouvements de la génération Z se multiplient dans différents endroits du monde. En France et en Belgique, les manifestations portent sur des demandes initialement sectorielles, contre les coupes dans l’enseignement. Dans d’autres pays, comme au Népal et au Bangladesh, la jeunesse a renversé le pouvoir par la rue. Dans ce paysage, la Serbie est un cas atypique : le dimanche 25 octobre, la Liste étudiante a gagné les élections législatives en obtenant la majorité absolue avec environ 52,5 % des voix et quelque 140 sièges sur 250, mettant fin à 14 ans de domination d’Aleksandar Vučić. Comment un mouvement sans chef ni appareil, autofinancé et inexistant il y a deux ans, a-t-il pu gagner contre un parti au pouvoir ? Et quels sont, avec cette nouvelle majorité, les changements et les défis à venir pour la Serbie ?
Le système Vučić : un État capturé par le parti
Aleksandar Vučić a été l’homme fort de la Serbie : vice-premier ministre en 2012 puis premier ministre en 2014, il est président de la République de 2017 jusqu’à septembre 2026. En parallèle de ces fonctions, il préside, de 2012 à 2023, le Parti progressiste serbe (SNS), parti populiste de droite né en 2008 d’une scission d’une formation ultranationaliste. Cette confusion entre chef de parti et hautes fonctions au sein de l’exécutif est au cœur du système qu’il a créé. En effet, le SNS, dans l’exercice du pouvoir, est avant tout une machine tournée vers la capture de l’État.
Cette capture passe tout d’abord par la politisation de l’administration : l’accès à des postes dans le secteur public dépend souvent de l’adhésion au SNS, qui revendique plus d’un demi-million de membres. Elle passe aussi par les médias avec une télévision publique RTS sous contrôle, ainsi que quatre chaînes privées détenues par des proches du parti au pouvoir.
Mais elle repose surtout sur la commande publique. Les grands contrats d’infrastructure sont notamment attribués via des accords intergouvernementaux (avec la Chine en particulier) ou des lois d’exception, qui dérogent à la loi sur les marchés publics. Selon le Conseil budgétaire serbe, près de 7 milliards d’euros de contrats, soit 8 % du PIB, ont été conclus en 2025 en dehors de la loi sur les marchés publics. Cette opacité favorise les proches du pouvoir et alimente la corruption : en 2025, le pays est 116e sur 182 dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International, soit son pire résultat depuis vingt ans.
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