« Il est plus facile de couper des têtes que d’avoir des idées.[1] »

Par Roland Gori

Il est bien faible ce pouvoir qui éborgne, mutile et matraque des enfants et des adolescents qui manifestent pour réclamer des conditions dignes d’éducation et d’enseignement, des locaux salubres, des remplacements de professeurs absents. Il est bien faible ce pouvoir qui se révèle incapable de protéger ses symboles républicains, de maintenir l’ordre sans le déferlement de violences policières d’une rare brutalité[2]. Il est bien faible ce pouvoir qui prend ses désirs pour des réalités et finit par égarer les forces de l’ordre dans une réalité alternative prévoyant le 17 octobre une mobilisation en baisse. Il est bien faible ce pouvoir qui peine à protéger les biens et les personnes et s’empresse de punir plutôt que de prévenir. On me dira que le Ministre de la Justice a su durcir le ton pour encourager les procureurs à sanctionner fermement les coupables de « pillages » et de « casses ». C’est oublier bien vite que ce même Ministre de la Justice était Ministre de l’Intérieur en juin 2023... au moment des émeutes qui avaient suivi la mort du jeune Nahel. Un pouvoir sans mémoire est toujours un pouvoir faible. Et il est bien faible ce pouvoir qui essaie de faire porter aux autres (« l’ultragauche, LFI, l’étranger... ») le poids de ses erreurs.

Il y a eu les manifestations joyeuses et bon enfant, les revendications lycéennes et sociales légitimes, et il y a eu les casses et les pillages, inadmissibles, et le désespoir des commerçants spoliés, meurtris. Il y a eu l’insupportable violence, l’horizon d’un chaos, les souffrances inacceptables des blessés, des bastonnés au sol, des gazés au lacrymo, des pleurs et des sidérations des uns et des autres – manifestants, policiers, commerçants, simples passants matraqués à l’aveugle –, solidaires bien malgré eux par le désordre partagé, par l’incompétence des chefs, la surdité des gouvernants, l’aphasie du politique. Il y a eu la peur qui enfante la haine et nourrit la dé-civilisation, l’ensauvagement, la force brutale qui fait loi.

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