La croissance n'est plus pertinente pour analyser l'économie des pays développés. Elle dissimule l'enrichissement des patrimoines et la nécessité d'une réforme fiscale. Dans cet entretien exclusif réalisé par Olivier Berruyer le 28 février 2013, Alain Boublil, ancien conseiller de François Mitterrand, dénonce les dérives de la doctrine libérale et ouvre des pistes pour lutter contre la hausse des inégalités.

publié le 05/06/2022 Par Olivier Berruyer
« La politique de ruissellement est complètement stupide. » Alain Boublil

Alain Boublil (1947-) est un ancien haut fonctionnaire français. Militant socialiste, il devient, en 1981, conseiller de François Mitterrand à l’Élysée jusqu’en 1988 lorsqu’il est nommé Directeur de cabinet puis conseiller de Pierre Bérégovoy au ministère des Finances – poste qu’il quitte en 1991.

Olivier Berruyer : M. Boublil, quel regard portez-vous sur la crise actuelle ?

Alain Boublil : La crise a évidemment un lien avec le développement important du secteur financier, en France et dans le monde. Depuis vingt ans, nous assistons à un enrichissement phénoménal des pays développés lié à leur épargne. L’existence d’une masse de capitaux absolument considérable est à l’origine du gonflement des marchés financiers. Les pays développés ne connaissent plus vraiment de croissance des revenus, mais sont tous concernés par la croissance des patrimoines. L’indicateur de croissance n’est donc plus pertinent pour analyser la réussite des politiques économiques des pays développés.

Quand vous analysez une entreprise, vous analysez son compte d’exploitation et son bilan. On n’analyse jamais le bilan de la France. On n’analyse que son compte d’exploitation, le compte emploi-ressource. Cela ne veut pas dire grand-chose sur l’état du pays. Les pays de l’OCDE sont arrivés à des niveaux de développement tels qu’ils n’ont plus autant besoin de croître. En revanche, ces pays accumulent des actifs.

Une des erreurs de l’économie, de la macroéconomie, est de considérer que Wall Street a une vie à part et n’a pas d’incidence sur Main Street. C’est faux et c’est pour cette raison qu’on a pas vu venir la crise. Tout le monde s'extasiait jusqu’en 2007 devant le taux de croissance des États-Unis, de l’Angleterre, de l’Irlande et de l’Espagne. Il ne signifiait rien. La production était réalisée, mais elle n’était pas payée, car elle avait pour contrepartie l’endettement des ménages. Maintenant, ils sont obligés de rembourser leur croissance.

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