« Les dogmes économiques fous nous conduisent à la catastrophe » J. de Larosière

Ancien Gouverneur de la Banque de France, Jacques de Larosière s'inquiète de l'arrosage monétaire des banques centrales et des dangers liés aux taux d'intérêt. Dans cet entretien exclusif réalisé par Olivier Berruyer en 2013, il dénonce les fables idéologiques du monde de la finance et propose plusieurs réformes, qu'il s'agisse d'un réel système monétaire international plus proche de l'essence de Brettons Woods, ou d'une limitation du crédit et des mouvements de capitaux.

publié le 29/05/2022 Par Olivier Berruyer
« Les dogmes économiques fous nous conduisent à la catastrophe » J. de Larosière

Jacques de Larosière (1929) est un banquier et un haut fonctionnaire français. Il a notamment occupé les postes de Directeur du Trésor (1974-1978), Directeur général du FMI (1978-1987) et Gouverneur de la Banque de France (1987-1993).

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Olivier Berruyer : Quelles différences voyez-vous entre les politiques monétaires menées aux États-Unis et en Europe ?

Jacques de Larosière : Si elles ne sont pas très différentes dans leur essence – toutes deux arrosent l’économie de liquidités – elles ont eu des résultats assez différents. Les politiques américaines ont mieux fonctionné, pour plusieurs raisons. D’abord, les États-Unis se financent à 25 % par les banques et à 75 % par les marchés financiers, dopés par ces politiques. De plus, les marchés d’actions ont monté, ce qui a produit un « effet richesse » immédiat. Se croyant plus riches, les Américains ont plus consommé.

En Europe, en revanche, 75 % des financements sont issus des banques, et celles-ci sont freinées par une régulation plus lourde. Je ne dis pas que celle-ci est mauvaise, mais elle a en tout cas cette conséquence « inhibante ».

Par ailleurs, la deuxième courroie de transmission sur la consommation via le marché des actions ne peut pas fonctionner dans les pays comme les nôtres, parce que nous n’avons pas les mêmes réflexes, pas la même mentalité que celle des Américains. Chez nous, la baisse des taux, anxiogène, provoque paradoxalement plus d’épargne, et pas plus de consommation.

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