Pour l'ancien ministre de l’Économie, les représentants politiques sont inéluctablement amenés à privilégier leur intérêt personnel plutôt que celui de la nation. Ils restent trop faibles pour tenir tête au monde financier et passent largement à côté de notre responsabilité envers le futur. Dans cet entretien inédit réalisé par Olivier Berruyer en 2013, Francis Mer dénonce les dérives d'une ouverture internationale qui « a permis à quelques banques de tenir la machine économique mondiale entre leurs mains », et qui « ne peut raisonnablement plus durer » face à un capitalisme sur le déclin, convaincu à tort d'être « le seul modèle sans alternative concurrente ».

publié le 18/09/2022 Par Olivier Berruyer
« La mondialisation permet aux grandes banques de tenir l'économie » Francis Mer

Ancien ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, Francis Mer est un homme politique issu du milieu industriel. Sorti de polytechnique, il occupera notamment les postes de Directeur général adjoint du groupe Saint-Gobain (1978-1986), Président d’Usinor Sacilor (1986-2002) ou Président du conseil de surveillance du groupe Safran (2007-2011).

Olivier Berruyer : M. Mer, quel regard portez-vous sur la crise que nous traversons, spécialement sur la croissance historiquement faible qui caractérise notre époque ?

Francis Mer : La croissance du monde est très faible, mais une croissance de 5 % par an dans des pays développés n’est pas soutenable. Nous avons vécu pendant quelques décennies dans un environnement de forte croissance. Très peu de personnes ont la curiosité de regarder dans le passé ou de s’intéresser à l’histoire économique pour mieux comprendre pourquoi et anticiper les scénarios futurs. Kenneth Pomeranz, universitaire américain, s’est penché sur ces questions. Il a publié un ouvrage sur le passé de la Chine : La force de l’Empire. Révolution industrielle et écologie, ou pourquoi l’Angleterre a fait mieux que la Chine (2009). Il y explique la grande divergence entre la Chine et l’Europe alors que les niveaux de vie des Chinois, des Français et des Anglais étaient encore comparables en 1780.

Selon Pomeranz, l’explication est avant tout géologique. Il se trouve que le charbon européen est humide tandis que le charbon chinois est sec. Pour exploiter en souterrain, dans le premier cas, il faut pomper, et dans l’autre, ventiler. Or, la machine à vapeur de Fulton est relativement efficace pour pomper l’eau, mais beaucoup moins pour ventiler une galerie. Les Chinois, qui avaient pourtant utilisé le charbon bien avant les Européens, n’ont pas pu rentrer dans la « révolution de l’énergie » avec les mêmes conséquences économiques que les Européens. Mais, depuis bientôt 40 ans, la Chine rattrape ce retard et le comblera probablement dans les cinquante prochaines années.

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