Qui a voté pour qui ? : on analyse ce premier tour

Quelques jours après le premier tour, nous disposons désormais des analyses du vote du premier tour.  Voici les enseignements que l'on peut tirer des sondages du jour du vote Ipsos et Ifop.

Soulignons que ces sondages qui concernent le vote passé ou de la journée sont bien plus fiables que les sondages sur un vote futur (nous vous renvoyons vers notre analyse précédente des intentions de vote) - dont l'imprécision indépassable (puisque beaucoup d'électeurs se décident peu de temps avant le vote) pose de vrais problèmes démocratiques.

I. La participation

L'abstention réelle (tenant compte des 8 % de personnes non inscrites sur les listes électorales en 2022) a été d'un tiers des adultes de plus de 18 ans.

L'abstention (rapportée aux seuls inscrits sur les listes électorales) a été bien plus forte chez les moins de 35 ans, et, comme d'habitude, les retraités ont été les plus mobilisés.

II. Le vote lors du premier tour

Classiquement, le vote Le Pen a été supérieur aux autres dans le Sud-Est, le Nord et l'Est.

Le vote Macron a été le plus fort dans l'Ouest et en Île-de-France.

Le vote Le Pen a été le plus fort dans le Nord et l'Est.

Le vote Mélenchon a été particulièrement élevé en Île-de-France, dans le Sud-Est et, plus généralement, dans les grandes villes universitaires.

III. La sociologie du vote

Comme nous l'avions déjà pointé, à part pour Zemmour, le genre a peu d'influence sur le vote.

En revanche, l'effet de l'âge est majeur : plus on est vieux, plus on vote Macron et Pécresse, et moins on vote Le Pen et surtout Mélenchon, qui rassemble presque le tiers des jeunes.

De la même façon, plus on gagne d'argent, plus on vote Macron et moins on vote Le Pen et Mélenchon.

Le revenu est fortement corrélé au niveau éducatif, on retrouve donc que Macron est le candidat des plus éduqués, et Le Pen celle des moins éduqués. Mais on note une anomalie sur le vote Mélenchon : alors que son vote diminue avec le revenu, il augmente avec l'éducation. Cela montre qu'il est soutenu par des personnes éduquées gagnant peu d'argent - ce sont les jeunes.

On observe le même phénomène avec la profession : désormais, Macron n'a plus le quasi-monopole des cadres, un quart ayant voté Mélenchon.

L'axe d'analyse de la satisfaction est un des plus importants : Macron est le candidat des gens heureux, Le Pen celle des gens malheureux, et Mélenchon celui des personnes "ni heureuses ni malheureuses".

La résultante des effets précédents fait que, au final, il n'y a pas de grande différence au niveau de la localité, Le Pen restant mieux implantée dans les communes rurales.

On observe enfin un vote Macron et Le Pen croissant un peu avec la religiosité, et un vote Mélenchon majoritaire (relativement) chez les athées et, essentiellement, les musulmans.

IV. Les intentions de vote pour le second tour

Concernant les reports de voix pour le second tour, on observe un éclatement des choix pour Pécresse et Mélenchon, les électeurs Zemmour soutenant Le Pen.

On observe une petite avance de Macron dans l'électorat féminin.

Concernant l'âge, Le Pen gagne sur l'ensemble constitué des 18-64 ans (pas sur les seuls 18-24 ans, mais c'est probablement parce qu'ils n'ont pas encore été confrontés aux ravages du néolibéralisme). Si Macron gagne, il le devra à l'électorat des retraités et à sa forte mobilisation.

L'électorat est également fractionné au niveau des revenus : les personnes gagnant moins de 2 000 € par mois votent Le Pen, les autres élisent Macron.

Contrairement au premier tour, on voit clairement que Le Pen est la candidate des campagnes et Macron des très grandes villes.

On retrouve enfin, plus encore qu'au premier tour, la forte stratification des votes en fonction de la profession et du niveau d'éducation.

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