L’offensive éclair des Houthis le long de la côte yéménite de la mer Rouge a rappelé au monde, et surtout à l’Arabie saoudite, que le mouvement rebelle est toujours là, toujours aussi redoutable et qu’il ne se contente plus de lancer quelques missiles vers Israël une fois de temps en temps. Depuis leur prise de contrôle de la majeure partie du Nord-Yémen, en 2014, leur position n’a fait que se renforcer. Pourquoi sont-ils si résilients ?
En l’espace d’une seule semaine, entre le 3 et le 10 septembre 2026, les Houthis se sont emparés des quelque 150 kilomètres de la plaine côtière de Tihama qui leur manquaient encore pour contrôler l’intégralité des rives yéménites de la mer Rouge. Cette offensive inattendue a pris tout le monde de court : du point de vue du conflit yéménite au sens strict, si on ne prend pas en compte leurs frappes de drones et de missiles sur Israël ou sur des navires en mer Rouge, les Houthis s’étaient tenus plutôt tranquilles depuis leur reprise du port d’Hodeidah en 2021. Un accord de cessez-le-feu avait même été signé entre les Houthis et ce qui reste du gouvernement yéménite en décembre 2023.
La région récemment conquise, assez peu peuplée en dehors du vieux port de Mokha, n’a que peu d’importance en tant que telle ; mais elle confère aux Houthis deux avantages stratégiques majeurs. D’une part, elle leur permet d’encercler par l’ouest – et si leurs avancées se poursuivent, bientôt également par le sud – la ville de Taïz, qui est, avec le port d’Aden, l’une des deux dernières vraies grandes villes du Yémen qui échappent encore au contrôle du groupe rebelle ; et d’autre part, elle leur assure un degré de contrôle supplémentaire sur le détroit de Bab-el-Mandeb, une route maritime majeure, alors même que de l’autre côté de la péninsule arabique, le transit par le détroit d’Ormuz est toujours au point mort.
Toutefois, il ne faut pas s’y tromper : le véritable ennemi des Houthis n’est pas le gouvernement yéménite internationalement reconnu, qui n’est plus guère qu’une coquille vide, mais bien l’Arabie saoudite, qui finance et arme les combattants qui s’opposent encore aux Houthis dans la région, et intervient directement par le biais de frappes aériennes. Des tirs de missiles en direction du territoire saoudien, y compris sur la capitale, Riyad, ont été menés concomitamment à l’offensive ; et ce sont pour l’instant les seuls navires saoudiens que les Houthis menacent de frapper s’ils tentent de traverser le détroit. Pour l’Arabie saoudite, c’est une catastrophe : avec la fermeture du détroit d’Ormuz, le détroit de Bab-el-Mandeb constituait sa route maritime alternative pour exporter ses hydrocarbures vers l’Asie. Désormais, seuls le canal de Suez et le détroit de Gibraltar permettent à son pétrole de rejoindre l’océan mondial ; et encore, si et seulement si les Houthis ne détruisent pas son oléoduc est-ouest…
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