L'ÈRE DU « MOI » : LA PERTE DU SENTIMENT COLLECTIF AU PROFIT DE L'INDIVIDU ROI

À l’ère du « management horizontal » et du développement personnel, beaucoup de problèmes collectifs sont traités sous l'angle individuel. Inversement, jamais autant qu’aujourd’hui l’individu n’a tenu à ce que la société tout entière reconnaisse ses aspirations et ses particularismes. Ces revendications individuelles sans fin ne seraient-elles pas une forme de compensation à la disparition progressive des organisations collectives ? 

« Quoi que l’homme entreprenne et fasse, l’individu ne se suffit pas, la société reste le suprême besoin de tout homme de valeur », disait Goethe. Ce « suprême besoin » de s’effacer au profit de quelque chose de plus grand que soi est-il encore accessible dans notre société moderne ? Pas si simple quand on constate, dans beaucoup de métiers, la perte du sentiment collectif. « La modernisation managériale s’est faite sur la base de l’individualisation de chacun à son travail », nous explique la sociologue Danièle Linhart, avant d’ajouter : « Pendant les Trente Glorieuses, on progressait selon l’ancienneté. Maintenant, il y a des évaluations et des objectifs individuels avec une mise en scène des choses les plus intimes ».

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