Pollens : des allergies plus intenses et précoces avec le changement climatique

On associe beaucoup trop souvent les allergies au pollen avec l’arrivée du printemps… Erreur ! Les allergies au pollen c’est toute l’année, selon les espèces et leur période de floraison. Aujourd’hui, avec le changement climatique, les quantités de pollen sont de plus en plus élevées, certaines espèces fleurissent précocement et gagnent du terrain en France. Un tiers de la population française souffre d’allergies au pollen : il est peut-être temps de prendre le problème au sérieux et de diffuser des messages de prévention pour limiter au maximum les symptômes des personnes allergiques.

publié le 22/08/2023 Par Lucie Touzi

Chaque année, dès le début du printemps, on nous rabâche toujours la même chose concernant les allergies au pollen, mais ce sujet est-il considéré comme un véritable problème de santé publique ? La réalité, c'est qu'on minimise encore beaucoup trop l’impact des allergies sur le quotidien des personnes qui en souffrent.

« Environ 30 % des Français seraient allergiques au pollen. Leur organisme a une réaction immunitaire qui reconnaît le pollen comme un élément étranger, provoquant le nez qui coule, les yeux rouges et larmoyants, de la toux, voire des crises d’asthme dans les cas les plus graves, et des difficultés à respirer. Ce sont tous les symptômes qui sont liés à une allergie au pollen », explique Samuel Monnier, Ingénieur au Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA).

Une erreur fréquente est de croire que le printemps est la seule saison de l’année où les pollens sont allergisants. Rappelons que le pollen est l’élément reproducteur mâle qui permet aux espèces, plantes et arbres, de se reproduire. C’est la raison pour laquelle, selon les espèces et la période de floraison, il y a des pollens allergisants (et donc des allergies) toute l’année ! Samuel Monnier précise : « Tous les pollens ne sont pas allergisants. Sur notre site, nous avons classé les espèces en fonction de leur potentiel allergisant, c’est-à-dire selon la capacité du pollen de l’espèce à gêner une partie non négligeable de la population ».

Certaines espèces végétales ont un potentiel allergisant plus fort que d’autres. En ce moment, ce sont les graminées qui sont en floraison et qui gênent fortement les personnes allergiques à partir du mois de mai. « Ce sont toutes les herbacées que l’on voit le long des routes, dans les champs, les parcs et les jardins », explique l'ingénieur.

Mais ce n’est pas terminé, pendant les mois d’août et de septembre, il y a encore une espèce d’herbacée très allergisante, l’ambroisie, qui commence à fleurir : « C’est une espèce exotique envahissante, surtout présente en Auvergne-Rhône-Alpes, mais qui commence à gagner du terrain dans d’autres régions ».

Le pollen devient plus allergisant

La hausse de la température à la surface du globe et l’augmentation des émissions de dioxyde de carbone sont deux éléments favorables à la croissance et au développement des plantes. « Plus les températures sont élevées, plus il y a de CO2 dans l’air et plus les espèces vont être dopées et émettre du pollen », explique Samuel Monnier. « Le pollen est alors plus allergisant ».

Il est bel et bien vrai que les quantités de pollen augmentent à cause du changement climatique. Selon l'ingénieur, « elles sont en hausse, notamment pour les espèces invasives, comme l'ambroisie, ou les espèces qui fleurissent à la fin de l’hiver et au début du printemps, comme le bouleau qui a connu une augmentation de 20 % en 30 ans en France ». De plus, pour certaines espèces de pollen, on observe même une précocité de quelques jours à quelques semaines :

« Par exemple, cette année, le noisetier s’est mis à fleurir dès la fin du mois de décembre, avec des concentrations de pollen qui étaient déjà fortes sur nos capteurs dès le début du mois de janvier, avec un risque déjà élevé dans le nord-est du pays, alors qu’il y a quelques années, il commençait à fleurir fin janvier début février. »

La floraison a alors tendance à commencer un peu plus tôt pour certaines espèces, ce qui rend la période des allergies plus longue.

Avec la hausse des températures, certaines espèces migrent et commencent à gagner de plus en plus de terrain en France. C’est le cas, par exemple, de l’ambroisie qui n’était présente qu’en Auvergne et dans les Alpes, alors qu’aujourd’hui elle se propage jusqu’en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie, en PACA, en Bourgogne–Franche-Comté, dans le Centre-Val de Loire et dans d’autres régions. Le déplacement des graines d’ambroisie d’un endroit à un autre, lors d'un transport de terre pour des travaux par exemple, ou encore via les cours d’eau, est un des grands responsables de son expansion en France :

« À l’inverse, d’autres espèces souffrent des fortes chaleurs et perdent du terrain. Le hêtre, un arbre surtout présent dans les Alpes, ne résiste pas au changement climatique et pourrait bien disparaître si les températures continuent d’augmenter en France dans les 100 prochaines années. »

Un manque de campagnes de sensibilisation et de prévention

Les allergies au pollen sont encore trop banalisées alors qu’elles touchent plus d’un quart de la population française. « On minimise ce terme alors que l’allergie est une réelle pathologie qui impacte la vie quotidienne. Tousser constamment, avoir le nez bouché, les yeux qui pleurent ou encore des crises d’asthme, tout cela entraîne de la fatigue », assure Pascale Couratier, Directrice générale de l’Association Française pour la Prévention des Allergies (AFPRAL).

Il est nécessaire de mettre en place davantage de campagnes de sensibilisation et d’informations pour que les allergies soient mieux comprises : « On peut être allergique au pollen toute l’année ». Des messages de prévention devraient être mieux connus du grand public en mettant en avant les bons gestes à adopter pour limiter au maximum les symptômes. « On nous dit constamment d’aérer chez soi, mais, en période de forte pollinisation, il est déconseillé d’aérer aux heures les plus chaudes de la journée, car c’est le moment où les pollens sont en suspension dans l’air. Il faudra privilégier l’aération tôt le matin et tard le soir », explique la directrice de l’AFPRAL.

Il y a de nombreux conseils de bon sens à partager aux personnes allergiques, tels que se rincer les cheveux le soir, éviter de faire sécher son linge dehors, garder les vitres de sa voiture fermées, éviter les activités sportives entraînant une surexposition au pollen, etc. « Ce sont des gestes pour limiter l’exposition au pollen, mais ils n’éliminent pas tous les symptômes pour les allergiques », précise Samuel Monnier. Si le temps est orageux, il faut prendre encore plus de précautions, car les symptômes sont exacerbés :

« Les vents forts vont ramener les pollens au sol et la forte humidité de l’air va les gorger d’eau, ils vont éclater et libérer encore plus de particules allergènes. Cela peut provoquer des crises d’asthme sévères chez les personnes allergiques juste avant l’orage. »

Ensuite, il est important que les espaces verts des villes prennent en compte les personnes allergiques en évitant de planter des espèces trop allergisantes dans les parcs et les jardins. « Nous avons réalisé un guide – Végétation en ville – pour que les gestionnaires des parcs, les paysagistes ou ceux qui s’occupent des espaces verts dans nos villes évitent de mettre, par exemple, des bouleaux ou des graminées ornementales qui sont des espèces très allergisantes ». Il est tout à fait possible de favoriser la biodiversité dans la lutte contre le changement climatique, tout en protégeant la partie de la population sensible au pollen.

Photo d'ouverture : Ryzhkov Oleksandr - @Shutterstock