Naître pauvre en France condamne très largement à le rester. Près de 30 % des enfants ayant connu une pauvreté sévère à l'entrée au collège ne sont, quinze ans plus tard, ni en emploi, ni en études, ni en formation. Quatre sur dix quittent le système scolaire sans le baccalauréat. Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan a quantifié ce que la doxa libérale refuse de voir : un tiers des écarts de trajectoire entre pauvres et non-pauvres est directement imputable à la pauvreté elle-même, indépendamment du diplôme des parents ou de la configuration familiale. Et cette transmission s'opère dans une France qui, depuis cinquante ans, déclasse méthodiquement toute sa jeunesse.
La France républicaine a fait de l'égalité des chances son récit fondateur, son école obligatoire, gratuite et laïque en est l'emblème. Pourtant, naître pauvre en France laisse plus souvent présager une vie dans la pauvreté à l'âge adulte. Ce déterminisme s'exerce en bonne partie à travers l'école, instrument supposé de l'émancipation, via une série de mécanismes désormais quantifiés.
Comme le relève le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, à l'entrée dans la vie adulte, les jeunes issus d'une pauvreté sévère sont massivement plus exposés à l'inactivité, plus susceptibles de quitter l'école sans baccalauréat et, quand ils trouvent un emploi, plus souvent cantonnés aux emplois les moins rémunérés. Ils sont aussi plus enclins à rester dans le département de leur enfance, à fonder une famille tôt, et à reproduire à leur tour les conditions matérielles héritées.
L'école ne corrige pas les inégalités de naissance ; elle les enregistre et les transmet très largement.
Ces trajectoires se déploient dans une France qui a méthodiquement dégradé la condition de toute sa jeunesse depuis cinquante ans. Le revenu relatif des jeunes a chuté, l'accès à la propriété s'est éloigné, et le chômage des jeunes sans diplôme a structurellement progressé. Pis, la valeur même des diplômes s'est érodée, condamnant les diplômés d'origine modeste à des emplois moins qualifiés que ceux qu'occupaient leurs aînés à diplôme équivalent.
Pour les jeunes issus de la pauvreté, ce déclassement général démultiplie des handicaps déjà hérités. C'est la double peine. Un héritage défavorable, aggravé par un contexte structurel plus impitoyable que jamais pour ceux qui arrivent sans diplôme, sans patrimoine et sans réseau. Pendant que la classe politique regarde ailleurs.
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