Si rien n’est fait pour empêcher l’algorithme de structurer l’espace public, le pire est à venir. Dans l’IA contre le peuple (Le Bord de l’Eau), Mathieu Chéret, diplômé du CELSA, chef de mission communication et action territoriale dans le domaine de l’énergie, imagine ce « pire ». Il décrit le basculement dans la post-vérité et dans la post-démocratie. Il propose également une série de pistes et de lignes de défense susceptibles de refaire de la démocratie un projet et de sauver les fondements de notre société.
Laurent Ottavi (Élucid) : Au début de votre livre, vous écrivez que l’intelligence artificielle est désormais « au cœur du pouvoir ». Qu’entendez-vous par-là ? Cela a-t-il un rapport avec le concept d’« hypnocratie » que vous évoquez plus loin ?
Mathieu Chéret : Aujourd’hui, le centre de gravité du pouvoir ne se situe plus uniquement dans les institutions connues – gouvernement, parlement, médias – mais dans les infrastructures algorithmiques opaques qui structurent pourtant notre perception du réel. Depuis plus d’une dizaine d’années, l’IA organise les flux d’information, hiérarchise les sujets, amplifie certaines émotions et en invisibilise d’autres. Elle ne décide pas officiellement des lois, mais elle façonne l’environnement mental dans lequel les citoyens réfléchissent et les élus prennent leurs décisions. Or, lorsqu’on façonne le « décor mental », on influence profondément le jeu politique. C’est cette mutation du pouvoir, moins visible et plus diffuse, que désigne l’« hypnocratie ».
Ce terme a été popularisé en 2025 pour désigner une forme de pouvoir qui ne domine pas par la contrainte, mais par la captation de l’attention et la manipulation du réel. Le concept a été attribué à un auteur fictif (Jianwei Xun), en réalité élaboré comme une construction intellectuelle combinant travail humain et intelligence artificielle, ce qui en dit long sur l’époque que nous vivons.
Dans une hypnocratie, le pouvoir ne s’impose pas par la répression ou la censure, mais par la saturation et la captation de l’attention. Il ne réduit pas la pluralité des voix : il la submerge sous un excès de récits concurrents qui se neutralisent mutuellement. Autrement dit, on ne vous interdit pas de parler ; on rend votre parole inaudible. Les régimes autoritaires du XXe siècle avaient déjà compris que contrôler les représentations revenait à exercer un pouvoir sans précédent sur la société.
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