L’intelligence artificielle nourrit à la fois de grands espoirs et de profondes inquiétudes quant à l’avenir de l’emploi et aux conditions de travail. Dans ce contexte ambivalent, une transformation discrète mais déterminante se dessine sur le marché du travail : la plateformisation. Celle-ci se présente comme un moyen de rationaliser, de contrôler et d’optimiser les processus de production. Mais cette innovation organisationnelle est-elle réellement neutre ? Faut-il céder à un enthousiasme technophile qui verrait dans ces dispositifs une promesse d’allègement du travail humain ? Ou bien faut-il, au contraire, interroger les risques qu’ils recèlent ? La plateformisation pourrait accentuer les inégalités existantes et consolider une logique préoccupante, inscrite au cœur d’un libéralisme parfois devenu autoritaire.
Depuis les années 1980, le marché du travail est engagé dans des mutations juridiques et techniques d’une ampleur inédite. Cette période correspond notamment à la déstabilisation de la société salariale, abondamment analysée par le sociologue français Robert Castel. Le vieillissement démographique, l’uberisation, la diffusion de l’intelligence artificielle et la plateformisation constituent autant de manifestations de ces transformations profondes du monde du travail.
Observer les rapports de travail, c’est éclairer les métamorphoses du capitalisme. Historiquement, ce système économique repose sur la mobilisation de la force de travail dans une logique d’extraction de la plus-value, autrement dit du profit. Les rapports de production se transforment également par l’introduction de techniques nouvelles, lesquelles intègrent simultanément des mécanismes de contrôle et de surveillance de la main-d’œuvre.
Le célèbre modèle taylorien-fordien illustre parfaitement cette articulation entre technique et domination. Il imposait une discipline rigide et autoritaire dans les ateliers, où la parole était strictement interdite. Ce n’est qu’entre les années 1950 et 1970 que, dans les usines françaises, l’expression orale fut progressivement tolérée, à condition de ne pas entraver la cadence productive. Dans cette organisation du travail, le chef d’atelier fut longtemps perçu par les ouvriers comme l’incarnation de l’exploitation et de l’autoritarisme patronal.
Ce détour par l’histoire permet d’affiner l’analyse des conditions de travail, mais aussi des formes contractuelles par lesquelles la main-d’œuvre est mobilisée. En d’autres termes, étudier le travail revient à observer un ensemble de relations sociales structurées par la domination et le contrôle.
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