Chaque année, les démocraties occidentales figurent parmi les pays les moins corrompus du monde. Mais les classements internationaux mesurent surtout les formes les plus visibles de corruption. Lobbying, pantouflage, optimisation fiscale : depuis trente ans, l'influence insidieuse des intérêts privés s'est fondue dans une légalité qui dissimule son illégitimité et sa nocivité. 

Par Mikaël Faujour

Tous les ans, marronnier du mois de février, l'ONG Transparency International révèle son classement mondial de la corruption, pays par pays. S'appuyant sur un indice de perception de la corruption (IPC) aux critères rigoureux (1), celui-ci est toujours plus ou moins le même avec, dans les vingt premiers, une majorité de pays d'Europe occidentale – scandinaves principalement –, aux côtés de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, ainsi que du Japon, de Singapour, de l'Uruguay ou de Hong Kong… Le dernier classement, celui de l'année 2025 paru début 2026, en témoigne une fois de plus.

S'il confirme l'idée que chacun peut avoir au sujet de pays comme la Russie, le Nicaragua ou la Corée du Nord, ce classement donne une apparence d'objectivité qui, comme les sondages, fait oublier d'en interroger sa méthodologie. Après tout, la corruption (2) est par définition un phénomène caché, donc malaisé à quantifier.

L'IPC semble donc favoriser ce qu'il est coutume de nommer « démocraties libérales », qui connaissent en effet, de très loin, moins de pots-de-vin, de détournements de fonds publics et de favoritisme administratif que la quasi-totalité du reste du monde, où la corruption frappe d'autant plus l'esprit qu'elle est visible et sans gêne (3).

Mais ce constat invite à poser une question plus inconfortable. Beaucoup de pays de l’Union européenne figurent dans le haut de ce classement. Or, des budgets de lobbying considérables visent un échelon que l'IPC ne mesure pas : les institutions européennes elles-mêmes, dont les décisions s'imposent ensuite aux États membres, plusieurs d'entre eux figurant parmi les mieux classés.

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