La guerre n’est pas le propre des sociétés étatiques, et elle n’est pas la seule modalité de la confrontation. L'anthropologue Christophe Darmangeat éclaire des notions qui passent pour trop évidentes dans Casus Belli, la guerre avant l’État (La Découverte, 2025) et infirme des idées arrêtées sur l’origine et la nature des conflits dans les sociétés pré-étatiques. Entretien.

Par Laurent Ottavi

Laurent Ottavi (Élucid) : Le mot de guerre semble désigner quelque chose d’évident, mais vous montrez que ce n’est pas si simple. En quoi est-il difficile de définir la guerre ?

Christophe Darmangeat : Comme très souvent, la réalité que recouvre le terme de « guerre » n’est évidente qu’à condition de ne pas y regarder de trop près ! Il suffit de s’interroger sur les origines du phénomène, par exemple, pour buter très rapidement sur le fait trivial que « tout dépend de ce qu’on appelle une guerre ». Je fais partie de ceux qui pensent que d’une manière générale, en sciences sociales, la question des définitions est loin de recevoir l’attention qu’elle mérite. Il est en effet impossible de construire des raisonnements pertinents, donc rigoureux, à partir de concepts flous ou mal taillés.

En matière de conflits collectifs, les chercheurs ont depuis longtemps perçu qu’ils s’inscrivaient dans des logiques très diverses. Non seulement les guerres peuvent être très différentes les unes des autres, mais les historiens et plus encore les ethnologues ont été confrontés à des combats a priori fort étranges, au point qu’on ne savait plus vraiment quel nom leur donner, et qu’on a souvent cédé à des facilités telles que celle qui consiste à parler de « guerres ritualisées », un terme qui au fond ne veut pas dire grand-chose.

Quoi qu’il en soit, la question se pose donc : qu’est-ce qui caractérise la guerre, et qu’est-ce qui la différencie des autres formes d’affrontements ? Et quelles catégories faut-il distinguer au sein de ces autres formes ? Jusqu’à présent, les tentatives pour répondre sérieusement à ces questions difficiles n’ont pas été très nombreuses, et à mon avis, guère satisfaisantes. C’est donc à cette tâche que j’ai voulu m’atteler en rédigeant Casus belli.

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