« AVEC NETANYAHU, SUPRÉMACISME ET RACISME SONT AU POUVOIR » - Chris Hedges

Les masques tombent pour Israël et son État d'apartheid. La composition du nouveau gouvernement de coalition révèle des personnalités mortifères et laisse présager la suppression des rares gardes-fous qui empêchaient le massacre des Palestiniens.

Le gouvernement de coalition proposé par Benjamin Netanyahu, composé d'extrémistes, de fanatiques et de fondamentalistes, représente un changement de grand ampleur, qui risque d'éroder les soutiens extérieurs en faveur de Tel Aviv, d'alimenter un troisième soulèvement palestinien (ou Intifada) et de créer des divisions politiques irréconciliables au sein de l'État hébreux. Dans son article pour le journal israélien Haaretz, Alon Pinkas, décrit ainsi ce gouvernement de coalition :

« [C'est une] extraordinaire kakistocratie : un gouvernement formé de la pire collection d'ultranationalistes, de suprémacistes juifs, d'antidémocrates, de racistes, de bigots, d'homophobes, de misogynes, de politiciens corrompus et présumés corrompus. Une coalition composée de 64 législateurs, dont 32 sont soit ultra-orthodoxes, soit sionistes religieux. Certainement pas le style de ce que Zeev Jabotinsky, le père du sionisme révisionniste, ou Menachem Begin, le fondateur du Likoud, auraient pu imaginer. »

Itamar Ben-Gvir, membre du parti ultranationaliste Otzma Yehudit, sera le nouveau ministre de la Sécurité intérieure. Otzma Yehudit compte parmi ses membres de nombreux partisans de l'ancien parti Kach fondé par le rabbin Meir Kahane et interdit par le gouvernement israélien depuis 1994 au titre des lois anti-terroristes. Meir Kahane avait été interdit d'élections à la Knesset en 1988 pour avoir épousé une « idéologie de type nazi » qui préconisait notamment le nettoyage ethnique de tout citoyen palestinien d'Israël ainsi que de tous les Palestiniens vivant sous occupation militaire israélienne.

La nomination de Ben-Gvir à la Sécurité intérieure, ainsi que celle d'autres idéologues d'extrême droite, dont Bezalel Smotrich, à la tête des Territoires palestiniens occupés (TPO), met fin aux vieilles rhétoriques que les sionistes libéraux utilisaient pour défendre Israël − à savoir qu'il s'agit de la seule démocratie du Moyen-Orient ; que ce pays recherche un règlement pacifique avec les Palestiniens dans le cadre d'une solution à deux États ; que l'extrémisme et le racisme n'ont pas leur place dans la société israélienne et qu'Israël doit imposer des formes draconiennes de contrôle aux Palestiniens pour prévenir le terrorisme.

Ben-Gvir et Smotrich représentent le pire de la société israélienne : celle qui promeut l'identitarisme et l'ultranationalisme dans la tradition d'un fascisme réclamant du sang et des terres. Leur groupe politique est désormais le troisième groupe le plus important de la Knesset.

Ben-Gvir a été refoulé de son service militaire en raison de son extrémisme. En 1995, il s'en est pris à la voiture du Premier ministre de l'époque, Yitzak Rabin, quelques semaines avant que ce dernier ne soit assassiné par l'extrémiste Yigal Amir, qui considérait (comme beaucoup d'Israéliens d'extrême droite) le soutien de Rabin aux accords d'Oslo comme un acte de trahison. « Nous avons réussi à attaquer sa voiture, et nous réussirons à l'attaquer lui aussi », avait ainsi déclaré Ben-Gvir à l'époque.

Parmi ses autres "distinctions", Ben Gvir appelle à la déportation des Palestiniens qui affrontent les soldats israéliens, mais aussi à celle des adeptes du mouvement antisioniste ultra-orthodoxe Netueri Karta, ainsi que des parlementaires Ayman Odeh et Ofer Cassif, respectivement députés arabe israélien et marxiste antisioniste.

Israël est devenu depuis longtemps un État d'apartheid. Par le biais de ses colonies illégales, de ses zones militaires restreintes et de ses complexes militaires, il contrôle directement plus de 60 % de la Cisjordanie et exerce un contrôle de facto sur le reste. Il existe aujourd'hui 65 lois discriminatoires, tant directement qu'indirectement, à l'encontre des citoyens palestiniens d'Israël et de ceux qui vivent dans les Territoires occupés.

Le parti Otzma Yehudit est tristement célèbre pour ses diatribes haineuses qui décrivent les Palestiniens et les Arabes (musulmans et chrétiens) comme un élément contaminant et une menace existentielle pour Israël. Ces discours s'accompagnent d'une campagne interne virulente visant à faire taire les « traîtres », en particulier les libéraux ou les laïques de gauche.

Une autocratie dirigée par Otzma Yehudit, c'est le risque de verrouiller définitivement le débat démocratique, de miner les mécanismes de protection de la société civile et d'ancrer pour de bon la réalité d'un suprémacisme institutionnalisé et d'un nettoyage ethnique permanent et continu visant à expulser les Palestiniens de leur propre terre − une politique qui remonte à la fondation d'Israël dans les années 1940.

Ce qui était autrefois impensable est aujourd'hui envisageable, comme l'annexion officielle de vastes territoires de la Cisjordanie, dont la « zone C » où vivent jusqu'à 300 000 Palestiniens. Le meurtre d'environ 140 Palestiniens en 2022, dont la journaliste américaine Shireen Abu Akleh, constitue le pire bilan depuis 2006 (et ceci, sans tenir compte des graves explosions de violence comme les bombardements israéliens de Gaza). Ce sombre bilan doit être complété par les attaques palestiniennes qui ont fait 30 morts parmi les Israéliens.

Le nouveau gouvernement de Netanyahu risque fort d'intensifier ces meurtres en même temps que les démolitions de maisons et d'écoles, les expulsions de Palestiniens de Jérusalem-Est, le déracinement des vergers d'oliviers, les emprisonnements de masse et le nettoyage ethnique. L'ensemble de ces crimes équivaut au crime international de génocide, expliquait en 2016 le Center for Constitutional Rights, situé à New York.

Gaza, la plus grande prison à ciel ouvert du monde, ne verra pas les bombardements ralentir. Ses infrastructures, y compris ses réseaux d'eau, d'électricité et d'égouts, ainsi que ses installations de stockage de carburant, continueront d'être détruites. Les habitants de Gaza et leurs concitoyens palestiniens de Cisjordanie seront soumis à des blocus de plus en plus stricts, les réduisant à un niveau de subsistance proche de la famine.

Pire encore : au lieu de chercher maladroitement à dissimuler ses crimes, le nouveau gouvernement pourrait désormais s'en réjouir ouvertement. Rappelons que début décembre, après la froide exécution d'un Palestinien non armé − abattu de trois balles à bout portant, puis d'une quatrième balle alors qu'il était à terre − par un officier israélien lors d'une échauffourée filmée par un témoin, Ben-Gvir avait publiquement qualifié l'officier de « héros ».

Benjamin Netanyahou − qui est accusé de fraude, d'abus de confiance et d'avoir accepté des pots-de-vin dans trois affaires de corruption − est déterminé à politiser le système judiciaire israélien. Lui et son gouvernement ne pourront que réduire davantage les droits des Palestiniens d'Israël, qui sont déjà des citoyens de seconde zone. Ils continueront d'autre part à faire pression pour une guerre contre l'Iran et n'hésiteront pas à jeter de l'huile sur le feu à propos de la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, dont la démolition enflammerait sans aucune doute tout le monde musulman.

Le nouveau ministre de la Sécurité intérieure Ben-Gvir − qui plus jeune tenait pour « héros » Baruch Goldstein, le terroriste qui a massacré 29 fidèles musulmans à Hébron en 1994 − s'est récemment rendu sur le site de la mosquée avec ses partisans. Rappelons que lorsque Ariel Sharon, alors leader de l'opposition israélienne, s'était rendu sur le site de la mosquée en septembre 2000, cela avait déclenché la seconde Intifada.

J'aimerais que tout ceci ne soit que des conjectures. Mais non. C'est là ce que ces fanatiques appellent de leurs vœux.

Avigdor Maoz, du parti extrémiste Noam, qui s'oppose aux droits LGBTQ et veut interdire aux femmes de servir dans l'armée, a été nommé pour superviser le programme scolaire israélien et l'identité nationale juive. Le 7 décembre dernier, il a ainsi déclaré :

« Quiconque essaie de nuire au vrai judaïsme est le Mal. Quiconque tente de créer une nouvelle religion dite libérale est le Mal. Quiconque − par la dissimulation et la mystification intentionnelles − essaie, à l'insu des parents, de laver le cerveau des enfants d'Israël est le Mal. »

Jeremy Ben-Ami, président de l'organisation sioniste libérale de défense des droits, J Street, a déclaré publiquement que le prochain gouvernement israélien « risque fort de prendre davantage de mesures allant à l'encontre des valeurs que les Juifs américains enseignent à nos enfants comme étant l'essence de l'identité juive », notamment le soutien aux droits civils, au mouvement ouvrier, au mouvement des femmes et aux libertés LGBTQ :

« Comment pouvons-nous expliquer à nos enfants et à nos petits-enfants, et encore plus à nous-mêmes, que ces valeurs sont au cœur de l'identité juive, mais que l'État du peuple juif refuse à un autre peuple ses droits et sape la règle du droit international ? Il s'agit d'une crise fondamentale qui menace notre communauté pour les années à venir. Ceux qui, dans l'establishment de notre communauté, insistent sur le fait que l'Amérique juive doit rester unie et indiscutablement loyale à Israël quoi qu'il arrive rendent un très, très mauvais service à la communauté juive. »

Après la guerre de 1967 qui a vu Israël envahir et annexer la péninsule égyptienne de Sinaï, les hauteurs syriennes du Golan et les territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, les Israéliens se rendaient dans le territoire palestinien pour faire du shopping, manger au restaurant, passer le week-end dans l'oasis du désert de Jéricho ou faire réparer leur voiture par des mécaniciens palestiniens.

Les Palestiniens constituaient un réservoir de main-d'œuvre bon marché et, au milieu des années 1980, environ 40 % de la main-d'œuvre palestinienne était employée en Israël. Mais la répression croissante exercée par les autorités israéliennes en Cisjordanie et à Gaza, la saisie de parcelles de plus en plus grandes de terres palestiniennes pour l'expansion des colonies et la pauvreté persistante, ont poussé les Palestiniens − dont la plupart étaient trop jeunes pour se souvenir de l'occupation de 1967 − à se soulever en décembre 1987 pour lancer six années de rébellion connues sous le nom de première Intifada. Ce soulèvement a finalement abouti aux accords d'Oslo de 1993 entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigée par Yasser Arafat. Arafat, qui avait passé la majeure partie de sa vie en exil, est revenu en triomphe à Gaza accompagné des dirigeants de l'OLP.

Les accords d'Oslo semblaient annoncer une nouvelle ère. J'étais à Gaza lorsqu'ils ont été signés. Les hommes d'affaires palestiniens qui avaient fait fortune à l'étranger sont revenus pour aider à construire le nouvel État palestinien. Les islamistes radicaux se sont effacés. Les femmes palestiniennes ont retiré leurs foulards. Les salons de beauté ont proliféré. Pendant un temps bref et radieux, une vie normale, libérée de l'occupation et de la violence, a semblé possible. Mais la situation s'est rapidement dégradée.

L'interdiction faite aux travailleurs palestiniens d'entrer en Israël, conjuguée à l'augmentation de la violence israélienne et au vol de terres, a conduit à un nouveau soulèvement en 2000, qui a duré 5 ans. Ce soulèvement, que j'ai couvert pour le New York Times, a été beaucoup plus violent. Les colons ont été relocalisés hors de Gaza et cette zone a été bouclée. Israël a également construit une barrière de sécurité (d'un coût d'environ 1 million de dollars par kilomètre), jugée illégale par la Cour de justice internationale, pour séparer Israël de la Cisjordanie et annexer davantage de terres palestiniennes. Le mur a été construit à la suite d'une série d'attentats-suicides visant des Israéliens, bien que l'idée ait été lancée par le Premier ministre Rabin dans les années 1990, au motif que la « séparation en tant que philosophie » exigeait une « frontière nette ». Arafat, que j'ai rencontré à plusieurs reprises, a passé les derniers jours de sa vie en résidence surveillée en Israël. La débâcle des accords d'Oslo a mis fin à toute prétention de processus de paix ou de solution négociée.

Je suis convaincu que nous sommes à l'aube d'une troisième Intifada, et qu'elle sera bien plus meurtrière. Israël profitera d'un soulèvement pour légitimer des représailles violentes qui éclipseront le blocus économique punitif et les massacres à grande échelle perpétrés à Gaza lors des assauts israéliens de 2008, 2012 et 2014, qui ont fait environ 3 825 morts, 17 757 blessés et plus de 25 000 logements partiellement ou totalement détruits, y compris des immeubles d'habitation à plusieurs étages et des quartiers entiers.

Des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans abri et d'immenses étendues de Gaza ont été ravagées, ne laissant que des décombres. Lors des manifestations de la Grande Marche du retour de 2018, où les jeunes de l'enclave assiégée ont manifesté devant la barrière israélienne, 195 Palestiniens ont été abattus par des tireurs d'élite israéliens, dont 41 enfants, ainsi que des médecins comme Razan al-Najjar.

Au fur et à mesure que la violence et la répression des forces de sécurité (qui seront bientôt dirigées par des fanatiques) augmentent, un nombre de plus en plus important de Palestiniens, y compris des enfants, risque de mourir lors de frappes aériennes, de bombardements, de tirs de sniper, d'assassinats et autres attaques israéliennes, y compris celles menées par des milices qui attaquent également les citoyens arabes à l'intérieur d'Israël. La faim et la misère ne pourront alors que se généraliser.

La brutale oppression des Palestiniens, justifiée par une idéologie toxique suprémaciste et raciste, ne pourra être arrêtée que par une campagne de sanctions du type de celle qui a été menée avec succès contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud. À défaut, Israël continuera d'être une théocratie despotique.

Texte traduit et reproduit avec l'autorisation de Chris Hedges
Source : Scheerpost — 12/12/2022

Photo d'ouverture : Conférence de presse du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Bruxelles, 11 décembre 2017 - Alexandros Michailidis - @Shutterstock