La focalisation sur le terrorisme occulte le séparatisme salafiste qui le rend possible. Pierre Conesa, historien et spécialiste des questions stratégiques internationales, auteur nomment de Vendre la Guerre (L’Aube), fait paraître chez le même éditeur État des lieux du salafisme en France, un livre dans lequel il recense les actes de rupture avec la République française et en détermine les causes.

publié le 26/11/2023 Par Laurent Ottavi

Laurent Ottavi (Élucid) : Vous ouvrez votre livre en soulignant la nécessité d’identifier le séparatisme derrière le terrorisme, qui est seulement un moyen. À quelles erreurs conduit l’absence de prise en compte de la globalité du phénomène ?

Pierre Conesa : J’étais lassé d’entendre toujours la même rengaine du « on ne pouvait rien faire » après les attentats. Il y a tout un continuum, non pris en compte par le dispositif réglementaire et policier, entre des postures sécessionnistes par rapport à la France et le passage à l’acte violent, articulé à des réseaux bien rodés. Les premières sont le terreau intellectuel, politique, social, culturel et sécuritaire, du second. Deux phénomènes m’ont amené à cette conclusion. La France est le pays qui accueille la plus grosse communauté arménienne, la plus grosse communauté juive, la plus grosse communauté chinoise et la plus grosse communauté musulmane de l’Union européenne. Or, seule une partie de cette dernière pose problème. Ce n’est donc pas le système d’intégration qui ne fonctionne pas, mais le refus de s’intégrer d’une partie des musulmans qui est en cause.

Par ailleurs, lorsqu’on s’attarde sur les manifestations de séparatisme, on est marqué par les postures sécessionnistes au sein de l’école. Si des enfants en viennent à contester les enseignements (qu’ils soient historiques, de sciences naturelles ou autres), cela signifie que les parents transmettent un certain nombre de choses contraires à la République. Je rappelle aussi ici que les deux assassins de Samuel Paty et de Dominique Bernard sont arrivés en France à l’âge de 2 et 5 ans. Ils ont donc grandi au sein de l’école républicaine, le lieu de la réflexion critique, avant de se retourner contre elle et ses professeurs.

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