Le fascisme contemporain ne ressemble plus à son ancêtre du XXe siècle : il ne divinise plus l’État, il l’instrumentalise ; il ne supprime pas immédiatement les élections, il les exploite ; il ne mobilise plus les masses dans la rue, il gouverne les psychés par les écrans. Comprendre le néofascisme aujourd’hui impose donc de déplacer le regard et d’analyser les nouvelles formes de pouvoir – notamment celles du capitalisme numérique – qui l’ont rendu compatible avec le régime électoral.

Par Marc Weinstein

« Il est impossible de neutraliser le forcené fasciste si on le traque uniquement (…) parmi les Allemands ou les Italiens, et non parmi les Américains. » – W. Reich, La psychologie de masse du fascisme (1933)

« Donald Trump correspond à la définition d’un fasciste », déclare son ancien chef de cabinet, le général Kelly. « Il m’a fait plus d’une fois la remarque […] : “Vous savez, Hitler a aussi fait de bonnes choses” » (New York Times, 22 octobre 2024, Le Monde, 24 octobre 2024).

Le 23 novembre 2025, quelque temps après son élection à la mairie de New York, Zohran Mamdani est reçu par Donald Trump à la Maison-Blanche. À la fin de la rencontre, au moment où les deux hommes répondent aux questions de la presse, une journaliste demande à Mamdani : « Confirmez-vous ce que vous avez dit récemment, à savoir que Trump est un fasciste ? » Mamdani observe un instant d’hésitation gênée, que Trump met à profit pour intervenir aimablement : « C’est OK, vous pouvez juste dire oui. »

Trump est identifié et se reconnaît comme fasciste. Mais est-ce le même fascisme que celui d’il y a un siècle ? Si, comme on peut le supposer, ce n’est pas le même, quels sont les invariants qui permettent de parler de fascisme dans les deux cas ?

Les deux invariants du fascisme

Classiquement, le fascisme se définit par la présence de deux invariants étroitement liés l’un à l’autre : 1/ des pratiques d’État xénophobes et/ou racistes fondées sur le naturalisme ou l’essentialisme ; 2/ le nationalisme comme fondement d’un État désignant un ennemi intérieur et/ou extérieur absolutisé, essentialisé.

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