Le Covid, moins inquiétant que les subprimes ?

La crise du Covid-19 a fortement dégradé la situation économique des pays européens, et par conséquent la confiance des chefs d’entreprises. Mais en regardant les chiffres récents, il apparaît que cette perte de confiance en l’avenir a été plus courte et moins importante que lors de la crise des subprimes.

L’Allemagne moins pessimiste que la France

Les chiffres du deuxième trimestre 2021 de l’indice du climat des affaires établi par l’OCDE montrent que la confiance des entreprises françaises se situe 2,5 points au-dessus de sa moyenne historique, au 01/07/2021, après une chute à -1,7 point mi-2020, au plus fort de la crise sanitaire.

Ce retour de l’optimisme s’explique notamment par les bonnes perspectives de croissance, confirmées par l’Insee en septembre 2021 : la croissance moyenne annuelle française devrait s’élever à 6,25 % en 2021, après une chute de 8 % en 2020. Elle devrait revenir à son niveau d’avant-crise en fin d’année.

On note cependant la supériorité de la confiance des entreprises allemandes, qui sont les plus optimistes d’Europe, avec un indice de confiance 4,3 points supérieur à sa moyenne historique en juillet 2021, soit son plus haut niveau depuis 2007, avant la crise des subprimes. Cette supériorité de la confiance des entreprises allemandes peut s’expliquer en partie par la différence entre les pertes économiques allemandes et françaises durant la crise sanitaire.

En effet, alors que l’économie allemande s’est contractée de « seulement » 5 % en 2020, le PIB français a baissé de 8 % sur l’année. Puis en 2021, selon l’office allemand de la statistique, le PIB allemand affiche une croissance de 9,4 %, supérieure aux prévisions françaises.

Un phénomène marquant ressort également de l’analyse de l’indice de confiance de l’OCDE : la perte de confiance liée à la crise du Covid est bien plus faible que lors de la crise des subprimes. En effet, tant en Allemagne qu’en France, la crise des subprimes avait occasionné une chute de l’indice de confiance de 5 points, un niveau jamais atteint en 2020.

De plus, la confiance des entrepreneurs français et allemands a également mis plus de temps à repartir à la hausse lors de la crise des subprimes qu’en 2020, où la reprise a été plus rapide. Ainsi, alors que la confiance des entreprises françaises avait mis 24 mois à se rétablir lors de la crise de 2008, elle s’est rétablie en seulement 14 mois lors de la crise sanitaire. Outre-Rhin, cette confiance avait mis 20 mois à se rétablir en 2008, contre 17 mois entre 2020 et 2021.

L’Angleterre sort de la déprime, l’Europe du Sud aussi

Dans les autres grandes puissances européennes, le niveau de confiance des entreprises est revenu 2 points au-dessus de sa moyenne historique en juillet 2021. Le Royaume-Uni renoue ainsi avec l’optimisme, après une forte chute de la confiance de ses entreprises : 4,1 points en dessous de sa moyenne historique.

Cette morosité est d’autant plus surprenante qu’elle n’était pas forcément corrélée à la récession enregistrée en 2020. Par exemple, la baisse du PIB au Royaume-Uni en 2020 (-9,8 %) a entraîné une chute de l’indice de confiance des entreprises de 4,1 points, tandis que la chute plus importante du PIB espagnol (-10,8 %) n’a jamais fait descendre cet indice en dessous de 1,7 point. De même, l’Italie, qui a pourtant vu sa croissance baisser de 8,9 % en 2020 – soit davantage que la France – a connu une baisse de la confiance des entreprises de même ampleur.

On observe également dans toutes ces puissances européennes que la chute de la confiance des entreprises causée par la crise du Covid a été de moindre ampleur et de plus courte durée que lors de la crise des subprimes. Par rapport à la moyenne historique, elle atteignit ainsi : -6 points au Royaume-Uni, -5,3 points en Espagne, et -3,3 en Italie.

Au Portugal et en Grèce, la confiance des entreprises a connu des évolutions différentes depuis 2007. Alors qu’elle avait chuté dans les mêmes proportions dans les deux pays lors de la crise des subprimes (-7,5 points), cela n’a pas été du tout le cas lors de la crise du Covid-19.

La confiance des entreprises portugaises a ainsi plongé de 4,5 points en juillet 2020, quand la Grèce a connu un pic d’inquiétude de ses entreprises à -2,7 en septembre 2020. Là encore, cette différence de confiance des entreprises ne semble pas en lien avec la chute de la croissance : en effet, la Grèce a enregistré une baisse du PIB de 10 % en 2020, contre une baisse de 7,6 % au Portugal.

Il faut également noter que la crise de la dette grecque en 2015 a eu bien plus de conséquences sur la confiance des entreprises que la pandémie de Covid-19 : l’indice avait ainsi plongé jusqu’à 4,4 en dessous de la moyenne historique du pays en août 2015.

On peut également observer que, dans les pays francophones frontaliers de la France, l’évolution de la confiance des entreprises a été très homogène depuis 2007. Les différences notables sont la moindre inquiétude des entreprises suisses lors de la pandémie de Covid-19, ainsi que le rétablissement fulgurant de la confiance des entreprises belges, qui se situe 3,8 points au-dessus de sa moyenne à long terme : sont plus haut niveau depuis 2007.

En zone euro, un redémarrage de la confiance spectaculaire

Comparer l’indice de confiance des entreprises de plusieurs grandes puissances économiques permet de faire émerger des dynamiques intéressantes. La confiance des entreprises de la zone euro a ainsi connu une baisse bien plus importante qu’aux États-Unis lors de la crise sanitaire mondiale : une chute jusqu’à -2,8 points par rapport à sa moyenne historique en mai 2020, contre une chute maximum de 1,3 début 2020 outre-Atlantique. Lors de la crise des subprimes, la zone euro avait également vu la confiance de ses entreprises descendre bien en dessous de celle des entreprises américaines.

Le redressement de la confiance des entreprises de la zone euro est en revanche bien supérieur à celui des entreprises américaines en 2021. Entre juin 2020 et juillet 2021, elle a ainsi augmenté de 7,2 points, en partie sous l’effet de la mise en place du plan de relance « Next Generation EU » décidé en juillet 2020, et doté de 750 milliards d’euros. Au mois de juillet 2021, la confiance des entreprises européennes se situait ainsi à 104,4 points, contre 101,8 aux États-Unis.

Au Japon, la crise sanitaire de 2020 a été bien gérée, et l’économie n’a pas été autant paralysée qu’au sein de la Zone euro. Le PIB japonais a ainsi chuté de 4,8 % en 2020, contre une chute du PIB de 6,8 % au sein de la zone euro selon Eurostat. Ceci peut expliquer pourquoi l’inquiétude des entreprises japonaises a été moins importante que celle des entreprises européennes durant la crise sanitaire, avec un indice minimum de 98,3, contre 97,2 en zone euro.

Cependant, contrairement à la zone euro, la confiance des entreprises japonaises s’est à peine rétablie et n’a pas retrouvé son niveau d’avant crise : elle se situe seulement 0,8 point au-dessus de sa moyenne historique en juin 2021.

Dans les BRICS, un climat toujours morose

La crise sanitaire a affecté différemment les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) :

– La Chine est le seul de ces pays à avoir connu la croissance en 2020 (+2,3 %), même si elle est bien loin de son niveau de 2019 (+6,1 %). Malgré le maintien de la croissance, les perspectives des entreprises chinoises restent pessimistes, avec un indice de 98,8 points en juillet 2021. Il est cependant intéressant de noter que ce pessimisme est loin d’être nouveau, car il se maintient depuis une décennie ;

– Les entreprises russes, au contraire, affichent un optimisme quasi constant depuis 2012. Même au plus fort de la crise sanitaire, en mars et avril 2020, l’indice de confiance des entreprises n’a jamais été plus de 0,6 point inférieur à sa moyenne historique. Cette confiance en l’avenir des entreprises russes est peut-être liée au fait que la Russie n’a mis à l’arrêt son économie qu’une seule fois : lors d’un confinement au printemps 2020. Ceci a pu permettre une contraction de « seulement » 3,1 % de son PIB, un chiffre meilleur que les autres puissances mondiales, à l’exception de la Chine. En juillet 2021, l’indice de confiance russe est de 104,4, soit le meilleur des BRICS ;

– L’indice de confiance des entreprises indiennes est descendu 9,2 points en dessous de son niveau historique, en février 2020, la pire chute parmi les BRICS. Même lors de la crise des subprimes, il n’était descendu que 6,7 points en dessous de ce niveau. Cette chute vertigineuse de la confiance apparaît toutefois logique, lorsqu’on regarde que la chute du PIB indien a été de 7,7 % entre mars 2020 et mars 2021, soit la chute de croissance la plus importante des BRICS ;

– En effet, le Brésil et l’Afrique du Sud, bien que très touchés par la pandémie de Covid-19, ont connu respectivement une contraction de leur PIB de « seulement » 4,1 % et 7 %. Ces mauvais chiffres de croissance ont pu participer une baisse de la confiance des entreprises : en avril 2020, l’indice est ainsi descendu à 98 au Brésil et à 97,4 en Afrique du Sud, soit des niveaux plus élevés qu’en zone euro.

Si l’on considère l’ensemble des BRICS, on remarque ainsi que ces pays n’ont retrouvé un indice de confiance positif qu’en octobre 2020, pour la première fois depuis août 2011. Ce pessimisme est notamment dû à la morosité du climat des affaires indien.

Enfin, dans les pays de l’OCDE, l’indice de confiance des entreprises a connu un minimum de 98 en avril 2020, soit un niveau plus élevé que la zone euro au pic de la crise sanitaire. Cependant, en juillet 2021, le niveau de confiance des pays de l’OCDE (102 points) est moins important que celui des pays de la zone euro. Il semble donc bien que la Zone euro soit l’espace géographique au sein duquel les entreprises sont les plus optimistes du monde au lendemain de la crise du Covid-19.