Gestion privée de l'eau : un bien commun vital soumis à la loi du marché

En mars dernier, Emmanuel Macron a présenté le « Plan eau », une des « priorités » de la « planification écologique » du gouvernement. L'occasion de revenir sur « l'industrie de l'eau » une fois que celle-ci n'est plus considérée, par la loi du marché, comme un bien commun.

publié le 28/08/2023 Par Marion Messina
Gestion privée de l'eau : un bien commun vital soumis à la loi du marché

On recense en France 3,2 millions de piscines privées, soit une pour 20 habitants. Même le nord du pays, peu victime de températures infernales, suit la tendance avec un nombre de bassins privés qui a quasiment quintuplé en 15 ans. Rien qu'en 2021, le pays a enregistré 244 000 piscines supplémentaires dans le parc des lieux de trempette domestique.

Si, une fois encore, l'avenir de la France se trouve dans le présent des États-Unis, il y a tout à parier que le tableau sera celui-ci : des ensembles résidentiels uniformes à perte de vue et ponctués de bassins turquoises dans des campagnes desséchées reliées aux zones d'activité commerciale par des nationales à trois voies, le tout passant parfois devant des lotissements vétustes avec des problèmes d'eau potable. Afin d'entretenir cet étalement urbain, un canal pourra détourner les eaux de la rivière avec un débit plus ou moins important, le tout grâce à des stations de pompage, des dizaines de vannes et des nappes phréatiques réduites au néant par l'agriculture productiviste.

Cette situation met en évidence le rapport contemporain aux « ressources naturelles », même quand celles-ci sont « gérées » avec les plus écologiques intentions du monde : l'accès à l'eau dépend d'une vaste, complexe, onéreuse et vulnérable infrastructure technique. Usines d'assainissement et leur arsenal chimique, canalisations, énergie phénoménale pour alimenter tout le circuit de « recyclage » des eaux usées…

Une panne exceptionnelle mais générale d'électricité, une épidémie plus que redoutable – qui ne permettrait pas même aux employés des stations d'épuration de quitter leurs domiciles – et le constat est sans appel : l'eau a tant été polluée, dans tous ses cycles, qu'il est impossible de survivre sans l'intervention d'une technique aussi efficace que peu pérenne. Les réflexions de plus en plus régulières sur les conflits hydriques font l'impasse sur l'urgence climatique et humaine de changer notre regard sur l'eau afin de la retrouver dans sa forme la plus simple : un bien commun essentiel à la vie.

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