Solaire, éolien, batteries, voitures électriques : la transition énergétique se raconte volontiers comme un passage de relais. Les technologies propres prendraient peu à peu la place du charbon, du pétrole et du gaz. Mais si elles venaient surtout s’y ajouter ? Un document de travail publié par le FMI en 2026 invite à prendre cette hypothèse au sérieux. Le problème ne serait alors plus seulement d’innover, mais d’empêcher que chaque gain d’efficacité alimente de nouveaux usages et une demande toujours plus forte.

Par Frédéric Farah

Sur le papier, la transition énergétique vise à remplacer les énergies fossiles par des sources renouvelables, à améliorer l’efficacité énergétique et à électrifier les usages. Elle appartient à un projet plus vaste : transformer nos modes de production, de consommation et d’organisation sociale pour les rendre compatibles avec les limites planétaires.

L’ambition est immense. Changer quelques équipements ou isoler davantage de bâtiments ne suffira pas. Il s’agit de sortir de modes de vie et de production façonnés par deux siècles d’industrialisation. C’est là que prend forme le projet du « capitalisme vert » : conserver l’architecture économique actuelle, verdir les techniques, puis compter sur l’innovation pour régler l’essentiel du problème climatique. Une promesse séduisante, car elle laisse entendre que tout peut changer sans que le cadre, lui, bouge vraiment.

Dans The Generalized Jevons Paradox and the Future of Energy, William Oman, Étienne Espagne et Jean-Baptiste Fressoz mettent cette vision à l’épreuve. Leur étude ne prononce pas l’impossibilité de toute transition. Elle demande plutôt de regarder ce que le récit dominant laisse dans l’ombre : l’accumulation des énergies, l’effet rebond, les dépendances matérielles entre technologies et les choix d’investissement. Publié dans la collection des Working Papers du FMI, le document n’exprime pas la position officielle de l’institution.

Transition énergétique : les limites du grand récit de la substitution

Le scénario le plus répandu tient en trois temps : innovation, baisse des coûts, substitution. Une technologie moins carbonée apparaît, sa diffusion la rend progressivement plus accessible, puis elle finit par évincer la solution plus ancienne et plus polluante.

Lisez la suite et soutenez un média indépendant sans publicité

S’abonner
Accès illimité au site à partir de 1€
Des analyses graphiques pour prendre du recul sur les grands sujets de l’actualité
Des chroniques et des interviews de personnalités publiques trop peu entendues
Des synthèses d’ouvrages dans notre bibliothèque d’autodéfense intellectuelle
Et bien plus encore....

Déjà abonné ? Connectez-vous