LES CYCLONES TROPICAUX DEVIENNENT DE PLUS EN PLUS DÉVASTATEURS

Vents extrêmement violents, pluies torrentielles, ondes de tempête, fortes inondations… Lorsque les cyclones tropicaux touchent terre, ils peuvent avoir des répercussions aussi bien humaines que matérielles très graves. Face à leur intensification dans certaines régions, beaucoup de pays deviennent de plus en plus vulnérables à ces phénomènes météorologiques extrêmes. C’est pourquoi, lors de la COP 27, les nations du monde sont parvenues à un accord sur la création d’un fonds pour compenser les « pertes et préjudices » causées par le réchauffement climatique.

Cyclones, ouragans, typhons… ce sont tous les trois des cyclones tropicaux, seuls leurs noms changent en fonction de la zone géographique dans laquelle ils se forment. D’après la définition donnée par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) :

« Un cyclone tropical est une dépression à rotation rapide qui prend naissance au-dessus des océans tropicaux, d'où elle tire l'énergie nécessaire à son développement. Les vents y soufflent dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère Sud et dans le sens inverse dans l'hémisphère Nord. »

On parle d’ouragan lorsque ce phénomène climatique extrême a lieu en mer des Antilles, dans le golfe du Mexique, dans l’Atlantique Nord et dans le centre et l’est du Pacifique Nord, alors qu’on utilise le terme de typhon pour la partie ouest du Pacifique Nord, telle que les Philippines et le Japon.

« Dans le concept de cyclones tropicaux, il n’est pas uniquement question d’ouragans, il y a également des vents et des tempêtes de moindre intensité, tels que la dépression tropicale avec des vents ne dépassant pas les 63 km/h et la tempête tropicale avec des vents compris entre 64 et 118 km/h », indique Rosa Maria Roman-Cuesta, écologiste tropicale, chercheuse invitée au Laboratoire des sciences de la géo-information et de la télédétection de l'Université de Wageningen, aux Pays-Bas. Elle dirige également le projet CORESCAM financé par la Fondation BNP Paribas.

Ensuite, l’échelle de Saffir Simpson permet de classer les ouragans en 5 catégories en fonction de leur intensité. « L'ouragan de catégorie 1 commence avec des vents soutenus compris entre 119 km/h et 153 km/h, et le plus intense, de catégorie 5 correspond à des vents soutenus supérieurs à 252 km/h », explique l’experte. Des agences météorologiques, telles que l’Agence américaine d'Observation Océanique et Atmosphérique (NOAA en anglais), se chargent de prévoir et d’anticiper l’arrivée d’un cyclone tropical. « Il n'y a pas de modèles de prédiction parfaits, mais il y a de bons modèles », ajoute-t-elle.

Des saisons prolongées et une intensification rapide des ouragans

La saison cyclonique officielle des ouragans commence le 15 mai pour le Pacifique Nord et le 1er juin pour l’Atlantique Nord, et elle se termine le 30 novembre dans les deux zones. Cependant, les saisons commencent à se prolonger. Rosa Roman-Cuesta le confirme :

« Nous commençons à pouvoir observer les effets du déplacement de la formation des ouragans de haute intensité, non seulement au cœur de la saison des ouragans, mais également plus tard. C’est le cas pour 2022, avec les ouragans Fiona et Ian, de catégorie 4, qui se sont formés 20 jours plus tard que la formation moyenne normale des ouragans de ce type de catégories élevées. L’année 2022 a battu des records concernant la temporalité des ouragans. »

D’un point de vue global, les cyclones tropicaux se sont bel et bien intensifiés avec « une augmentation de la proportion d’ouragans de catégories 4 et 5, notamment dans la région Atlantique », explique Silvina Solman, chercheuse principale au Centre de Recherches de la Mer et de l'Atmosphère (CIMA-CONICET), et Professeure associée à l'Université de Buenos Aires, en Argentine.

Inondations dues à l'ouragan Ian, zone résidentielle de Floride, septembre 2022 - Bilanol - @Shutterstock

En effet, il est possible d’observer une intensification extrêmement rapide des ouragans, c’est-à-dire que l’intensité d’une tempête tropicale peut très vite se transformer en ouragan de catégorie 3, 4 ou 5 en moins de 24 heures. « Lorsque la température de l’océan dépasse les 28 °C, l’ouragan s’intensifie très rapidement. Ou alors, dans les parties atmosphériques, il se peut que l’ouragan trouve trop d'humidité et cela l'aide à s’intensifier, mais ce type de cas est moins fréquent », assure Christian Domínguez Sarmiento, chercheuse à l’Institut des Sciences de l’Atmosphère et du Changement Climatique de l’Université Nationale Autonome du Mexique.

L’année 2017 en est d’ailleurs un parfait exemple, « avec des ouragans qui sont passés d’une intensité de catégorie 3 à 5 en quelques heures seulement », ajoute l’écologiste tropicale, Rosa Roman-Cuesta, tout en précisant que « depuis les premières données cycloniques fiables dont nous disposons, nous n’avions jamais eu d’intensifications aussi rapides que celles survenues en 2017 ».

Dans la région de l’Atlantique Nord, il y a une hausse notoire de l’activité cyclonique à partir des années 2000 en comparaison aux années 1980. « Le nombre de cyclones tropicaux a presque doublé avec au moins 3 ouragans de plus d’une intensité de catégorie 3, mais il y a surtout une augmentation des tempêtes tropicales, beaucoup moins médiatisées », explique-t-elle. Celles-ci sont particulières, car leurs vents sont moins intenses, mais leurs précipitations sont importantes : « L’augmentation des précipitations associée à des évènements cycloniques est une problématique courante sur l’échelle de la planète ».

En effet, il ne faut pas oublier que les cyclones tropicaux sont également associés à des pluies extrêmement fortes pouvant occasionner des inondations à grande échelle. « Par exemple, lors de la dépression tropicale de 1999 au Mexique, les pluies ont été si fortes qu’elles ont provoqué la mort d’environ 400 personnes », commente la chercheuse Christian Domínguez.

Le changement climatique, un des grands responsables…

Dans le contexte d’accélération du changement climatique dans lequel nous vivons, il n’est plus surprenant d’entendre parler d’évènements météorologiques ou climatiques extrêmes qui deviennent de plus en plus fréquents, intenses et dévastateurs… Le changement climatique, et surtout le réchauffement climatique, est en partie responsable de l’évolution des cyclones tropicaux. « L’océan est un grand régulateur du climat et la hausse des températures océaniques affecte au moins quatre variables liées à la genèse, l’intensité et la fréquence des ouragans », indique Rosa.

Les températures élevées des océans ont des conséquences directes sur la fréquence de formation des cyclones tropicaux, notamment les ouragans qui se forment lorsque la température de l’océan dépasse les 26,5 °C. « À l’échelle planétaire, la zone tropicale de l’Atlantique nord est une des régions ayant le plus d’anomalies de SST (Sea Surface Temperature) », ajoute-t-elle. Elle provoque également une réduction de la vitesse de déplacement des cyclones tropicaux, entraînant la concentration de fortes précipitations dans une même zone pendant une longue durée.

Rue inondée après le passage de l'ouragan Irma à Fort Lauderdale (Floride), septembre 2017 - FotoKina - @Shutterstock

Le réchauffement climatique c’est aussi la fonte des glaces et donc l’augmentation du niveau de la mer. « Dans le cas du bassin de l'Atlantique Nord, on parle de 9 centimètres de plus du niveau de la mer qu'il y a 100 ans », annonce la spécialiste des régions tropicales. Cette réalité climatique rend les cyclones tropicaux beaucoup plus dévastateurs lorsque les vagues s’introduisent à l’intérieur des zones côtières.

De plus, la formation d’ouragans vers de nouvelles latitudes s’ajoute aux nombreuses préoccupations. « La température anormale de l'océan commence à s'étendre, au-delà de la zone purement tropicale, vers des zones subtropicales », assure Rosa Roman-Cuesta. Nous avons pu observer les dégâts impressionnants de l’ouragan Fiona, en septembre dernier, qui a atteint les côtes atlantiques du Canada, battant des records historiques dans le pays.

… mais pas seulement

On rejette souvent la faute au changement et au réchauffement climatique, mais l’Homme a largement contribué aux dérèglements climatiques que nous connaissons actuellement. Rosa Roman-Cuesta s'insurge :

« Il y a un manque horrible de planification urbaine et de programmes de réduction des risques tenant compte de la vulnérabilité due à l’élimination des mangroves et autres écosystèmes qui protégeaient les zones côtières. C'est l'économie qui prime et non les scénarios futurs d’une augmentation de ces phénomènes extrêmes. Nous sommes en train d’en payer le prix fort. »

L’augmentation générale du danger climatique, qui se caractérise par l’intensité, la fréquence et la durée d’un évènement climatique, associée à une plus grande exposition et vulnérabilité, ne peut que favoriser le risque de catastrophes. D’après les chiffres publiés par l’OMM, au cours des 50 dernières années, 1 942 catastrophes ont été attribuées aux cyclones tropicaux causant 1 407,6 milliards de dollars de pertes économiques. « Nous constatons qu’un pays touché par un ouragan a besoin d’au moins 20 ans pour rétablir son niveau écologique, et 30 ans pour récupérer son niveau économique », assure-t-elle.

C’est pourquoi, pendant la COP 27 en Égypte, la question des « pertes et dommages » liés aux catastrophes climatiques a été traitée, et la communauté internationale est parvenue à un accord sur l’établissement d’un mécanisme de financement pour indemniser les pays vulnérables.

Mais ne faudrait-il pas agir en amont et arrêter de détruire les écosystèmes qui nous entourent pour limiter le nombre de catastrophes naturelles aux conséquences humaines et économiques dévastatrices ? C’est ce que pense la chercheuse Rosa Roman-Cuesta :

« Cela n’a aucun sens de demander de l'argent pour le rétablissement post-catastrophe climatique, alors que de nombreux pays et États insulaires suppriment activement leurs barrières biologiques qui servent à protéger les zones côtières. »

Il y a des moyens d’agir pour réduire les impacts liés à ces phénomènes extrêmes, mais les politiques gouvernementales doivent prendre conscience de l’urgence de restaurer nos écosystèmes côtiers et marins pour éviter de futures catastrophes.

Photo d'ouverture : Triff - @Shutterstock