Les glaciers des Pyrénées reculent à grande vitesse

Les glaciers sont touchés de plein fouet par le réchauffement climatique. C’est le cas de la chaîne de montagnes des Pyrénées qui pourrait voir disparaître la totalité de ses glaciers en 2050.

L’accélération du changement climatique est responsable de la fonte des glaces. D’après de nombreuses preuves scientifiques rassemblées dans le rapport intitulé « Le changement climatique dans les Pyrénées : impacts, vulnérabilités et adaptation » et réalisé par l’Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique (OPCC), les zones de montagne connaissent des augmentations de température plus élevées que les plaines. C’est pourquoi les impacts du réchauffement climatique y sont plus intenses.

La chaîne montagneuse des Pyrénées, située entre la France et l’Espagne, est un parfait exemple des conséquences liées à la hausse des températures sur la diminution progressive des glaciers. « Ces dernières années, dans les zones montagneuses, il y a eu une nette augmentation thermique d’environ un degré, voire un degré et demi », a expliqué Jesús Revuelto, scientifique spécialisé dans l’étude de la neige et des glaciers en zone de montagne à l’Institut Pyrénéen d’Écologie (IPE-CSIC).

À l’heure actuelle, les Pyrénées ont perdu les 3/4 de leurs glaciers. En 1850, les scientifiques en comptabilisaient 100 contre seulement 25 en 2020. Ces données font froid dans le dos et indiquent que la situation des glaciers dans les Pyrénées est irréversible. « Il sera sûrement difficile de parler de glaciers dans les Pyrénées en 2050. Même s’ils restent quelques bouts de glace, ce ne sera plus des glaciers comme nous les définissons », a indiqué Pierre René, glaciologue des Pyrénées françaises et accompagnateur en montagne.

Par conséquent, la totalité des glaciers pyrénéens est menacée de disparaître. « Il y en a quelques-uns, nichés au pied des falaises dans les versants exposés nord, qui sont un peu protégés par rapport à d’autres. Mais, en règle générale, ils sont tous menacés », a ajouté Pierre René.

Vignemale le plus haut sommet des Pyrénées françaises – @Shutterstock

Cependant, la situation des glaciers dans les Pyrénées est difficilement comparable à celle des Alpes en raison de leur taille considérée comme « miniature ». En effet, ils sont 100 fois plus petits que les glaciers alpins. « Dans les Pyrénées, il y a une régression plus rapide du fait de leur petite taille et de leur grande sensibilité », a indiqué l’expert.

La diminution de la superficie glaciaire s’accélère

Les technologies permettent d’observer comment la superficie des glaciers diminue, c’est pourquoi les scientifiques ont pu remarquer que ceux-ci perdent en moyenne entre 1 et 2 mètres d’épaisseur chaque année. « À partir des années 1980, nous avons observé une accélération de la réduction de la superficie glaciaire », a affirmé le glaciologue espagnol, Jesús Revuelto. Depuis les années 1850 à nos jours, la surface globale des glaciers pyrénéens, aussi bien du côté espagnol que français, a été divisée par 10, passant de 23 km2 à 2,3 km2 en 2020.

Quant à la profondeur de la glace, celle-ci se réduit plus intensément dans certaines zones que d’autres. « Dans certains endroits, il reste à peine 10 à 15 mètres de glace », a-t-il assuré.

Difficile d’être optimiste face à ces données qui ne laissent présager aucune amélioration de la situation climatique pour les glaciers pyrénéens. « Ils vont continuer à diminuer et ils resteront isolés dans des zones plus favorables où le rayonnement solaire est moindre et la neige accumulée est plus importante », a confirmé Jesús, en ajoutant que « d’ici 20 à 30 ans, nous aurons toujours des glaciers, mais leur taille et leur étendue seront encore plus petites que ce que nous avons actuellement et ce sera de la glace qui ne bouge pas. »

Glacier de l’Aneto dans les Pyrénées – Espagne – @Shutterstock

Deux paramètres essentiels pourraient pourtant permettre aux glaciers de se régénérer : la température de l’été et les précipitations solides de l’hiver. Or, il est évident que les températures, à l’échelle mondiale, vont continuer d’augmenter à grande vitesse.

Quant aux précipitations solides, la tendance est plutôt stable, avec des écarts observés selon les années. «  Ce paramètre ne bouge pas, mais la température augmente. Nous ne nous dirigeons pas vers un accroissement des glaciers », a clairement affirmé Pierre René.

Un tourisme qui va devoir s’adapter au changement

La disparition des glaciers des Pyrénées n’aura aucune conséquence sur la ressource hydrique, car leur volume d’eau est négligeable en comparaison à l’ensemble de la chaîne montagneuse. « Il y a beaucoup de roches poreuses qui stockent de l’eau et sont également des réservoirs », a assuré l’expert des glaciers pyrénéens, Pierre René.

Finalement, c’est surtout l’attractivité touristique du paysage actuel qui va être directement impactée. « Les glaciers habillent les paysages de haute montagne et l’embellissent. La chaîne de montagnes va perdre un de ses éléments constitutifs », a-t-il indiqué.

Les changements commencent déjà à se faire ressentir. « Avec la fonte des glaces, la disparition de certains glaciers ou encore la diminution d’épaisseur, les itinéraires d’accès à des sommets prestigieux ne sont plus possibles. Avant, le glacier nivelait le terrain, mais maintenant c’est devenu une falaise rocheuse difficile, fracturée et instable », a-t-il assuré. Certains chemins deviennent complexes voire impossibles.

Cependant, c’est aussi l’occasion de faire prendre conscience à la population de l’urgence d’agir pour préserver notre planète. « Il est trop tard pour sauver les glaciers des Pyrénées, mais il n’est peut-être pas trop tard pour sauver d’autres glaciers si le changement climatique et la hausse des températures s’arrêtaient réellement », a conclu Jesús Revuelto.