Le dernier rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) est percutant. En 2023, les dépenses militaires ont atteint les sommes astronomiques de 2 440 milliards de dollars ; aucune des cinq régions définies par le groupe de réflexion n’y échappe. Que ce soit en Afrique, en Europe, au Moyen-Orient, en Asie et Océanie, ou encore aux Amériques, la hausse est généralisée sur fond de conflits, de tensions exacerbées, de violences locales, etc. Tour d’horizon d’un marché des armes dominé par les États-Unis, mais pas que…

publié le 26/06/2024 Par Jack Thompson

Tout d’abord, essayons de mettre en perspective ces 2 440 Md$, soit 306 $ par personne en 2023, contre 2 240 Md$ en 2022, soit 282 $ par personne – un accroissement annuel sensible de +6,8 % donc. Deux ans plus tôt, il n’était que de +0,7 %, mais c’était avant la conflagration russo-ukrainienne du 24 février 2022. Notons qu’en 2021, les dépenses militaires ont tout de même franchi un cap symbolique avec 2 113 Md$ contre 1 981 Md$ en 2020.

Ensuite, posons-nous une question : combien dépense-t-on en moyenne pour se nourrir ? Selon les derniers rapports de la FAO, au quotidien, une alimentation saine coûtait 3,66 $ en 2021, soit 1 336 $ par an. En rapprochant ces données, en 2021, tout un chacun déboursait approximativement 1 336 $ pour remplir son assiette, et 265 $ pour la protéger. Bref, la défense équivaut plus ou moins à 20 % de l’alimentation.

Enfin, ce ne sont que des infos générales, avec leurs limites. Personne ne peut sérieusement comparer les budgets alimentaires de l’Afrique subsaharienne à ceux de l’Europe de l’Ouest. Pas plus que l’on ne peut comparer les dépenses personnelles des citoyens américains, très attachés au Second amendement de leur Constitution – chacun est libre de posséder des armes – à celles des Français. Méthodiquement compilées par le SIPRI, l’ensemble de ces datas esquissent une approche percutante sur l’activité des puissances militaires à travers leurs enveloppes, leurs achats, leurs ventes, etc.

Bémol, ce groupe de réflexion fonctionne à partir des données publiques. Un univers clos comme celui de la Corée du Nord ne délivrera pas grand-chose sinon rien ; de fait, il est exclu des registres du SIPRI. Hermétique par nature, le pouvoir chinois demeure très opaque, et les États en guerre sont… en guerre – le « secret défense » va de soi. La France n’est pas n’ont plus exempte de cachotteries, cependant à peine effleurées par le SIPRI.

Les États-Unis en quête perpétuelle d’armements

Sans surprise, le « gendarme du monde » se taille la part du lion, avec un budget pharaonique de 916 Md$, en augmentation annuelle de +2,3 %, mais seulement une hausse de +9,9 % depuis 2014. La rupture de 2023 est donc très nette : en cause, le retour de la guerre en Europe, à laquelle s’ajoute le carnage au Moyen-Orient depuis le 7 octobre. Le SIPRI inclut dans les enveloppes militaires des nations donatrices les équipements livrés à des pays tiers ; en 2022, l’Ukraine a reçu 35,7 Md$ des États-Unis, dont 25,6 Md$ d’aides directes.

Riche en enseignements, le conflit russo-ukrainien a amplement démontré que les armes classiques les plus coûteuses ne sont pas à l’abri de nuées de drones et/ou de missiles bon marché. L’exemple du Moskva, navire amiral russe coulé en Mer noire en 2022, est à ce titre éloquent. De même, en avril dernier, Kiev a retiré du front ses chars américains Abrams, trop sensibles aux drones russes, tandis que Moscou se garde d’engager ses Armatas, l’un des chars les plus novateurs du moment.

Le Pentagone a pris bonne note de ces précédents, les budgets « recherche et développement » ont augmenté de +9,4 % en 2023. Selon le SIPRI, Washington mise désormais sur le « développement de nouveaux systèmes d’armes qui pourraient être utilisés dans un conflit potentiel avec des adversaires dotés de capacités militaires avancées ». La Russie est évidemment en ligne de mire, mais c’est surtout la Chine qui rend les généraux américains nerveux. « Mon instinct me dit que nous nous battrons en 2025 [avec la Chine] », prédisait le général quatre étoiles Mike Minihan en 2023.

Et pourtant, si l’on se fie aux 224 Md$ du budget officiel de l’Armée populaire de libération (APL), la Chine fait office de parent pauvre, alors qu’elle occupe le second rang mondial des dépenses militaires. Bien évidemment, ceci n’est qu’apparences. Plus réaliste, le SIPRI ajoute au budget officiel de Pékin celui alloué aux garde-côtes, qui multiplient les actions en « zones grises ». L’enveloppe globale de l’APL s’élèverait ainsi à 296 Md $ en 2023, soit une croissance annuelle de +6 % et de +60 % depuis 2014. Notons également que cette enveloppe est en hausse constante depuis 29 ans.

Au-delà des chiffres, c’est la modernisation à marche forcée de la marine chinoise qui inquiète les stratèges américains. Lors de son rapport au Congrès en octobre 2023, le Pentagone a délivré un message alarmant : la Chine dispose de la plus grande marine du monde avec 370 unités contre 300 navires opérationnels pour les États-Unis. Or, l’écart ne cesse de se creuser. Les projections américaines donnent 395 navires chinois fin 2025 et 435 en 2030, tandis que l’US Navy devrait se satisfaire de 290 unités en 2030.

Le trouble de Washington provient de sa marine vieillissante, dont les unités sont décommissionnées sans que celles-ci soient remplacées dans les temps impartis. En 2029, le porte-avions USS Carl Vison atteindra ses 47 années de service. Son successeur, l’USS Enterprise de la classe du Gérald Ford (le nouveau fleuron de l’US Navy), accuse déjà 2 ans de retard à la construction. Il ne s’agit pas ici d’une question de financement, mais de productivité. En décembre 2023, le Wall Street Journal titrait « Les États-Unis ont les moyens de se doter d'une armée plus importante. Mais nous ne pouvons tout simplement pas la construire ».

De fait, les chantiers navals américains sont incapables de rivaliser avec leurs homologues chinois. Ce n’est pas un mystère, selon les données de Clarksons Research, la Chine est le premier constructeur naval mondial avec 60 % des parts du marché, suivie de la Corée du Sud (24 %) et du Japon (11 %). Conscient de ces défaillances, le Secrétaire à la Navy, Carlos del Toro observait en septembre 2023 que l’industrie navale américaine était « prête à collaborer avec un plus grand nombre de constructeurs navals ici aux États-Unis, et avec nos plus proches alliés à l’étranger, notamment le Japon et la Corée du Sud ». En février 2024, Carlos del Toro s’est déplacé à Séoul, une visite de chantiers navals s’imposait.

Le 1er mai 2024, le Fujian, le premier porte-avions de conception exclusivement chinoise, effectuait sa sortie inaugurale. Au-delà de ses 80 000 tonnes, sa particularité est d’être le seul navire au monde, avec l’USS Gerald Ford (100 000 tonnes), à être équipé de catapultes électromagnétiques. Si l’on se fie à la presse chinoise, le concurrent américain ne fait qu’essuyer les avaries, tandis que le Fujian est une pure merveille technologique. Sic.

L’USS Gerald Ford est doté d’une propulsion nucléaire ; le Fujian se contente de moteurs classiques censés alimenter un tout nouveau système de catapultes très énergivores et jamais testées… Très prochainement, l’APL annoncera le lancement du chantier d’un quatrième porte-avion. Il est vraisemblable qu’il soit nucléaire, deux autres seraient envisageables d’ici à 2035. Ainsi, la Chine rejoindrait le cercle très fermé des nations détentrices de porte-avions nucléaires, les États-Unis et la France.

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Les autres grands États militarisés

La Russie vient de suite à l’esprit pour poursuivre notre analyse. Elle occupe la troisième place du podium après les États-Unis et la Chine, avec un budget somme toute modeste de 109 Md$, en hausse +24 % sur un an et de +57 % depuis 2014. La Russie en guerre aurait ainsi moins investi que la Chine en paix au cours de la décennie écoulée (60 %). Déroutant ! Ce détail montre l’ampleur de l’effort du pouvoir chinois qui ne refuse rien à son armée. Et pourtant, la Russie aurait consacré 5,9 % de son PIB à l’industrie militaire en 2023, et 4,1 % depuis 2014.

Le pays est clairement passé à une économie de guerre. Ceci dit, en 2023, les États-Unis ont dédié 3,4 % de leur PIB à la Défense et 3,7 % depuis 2014. Sur le long terme, les rapports entre budget militaire et part du PIB russe et américain sont assez proches. Pour sûr, les complexes militaro-industriels russes et américains tournent à plein régime. Étrangeté, la Chine demeurerait timorée avec seulement 1,7 % de son PIB consacré à la Défense en 2023, une variable qui n’aurait pas évolué depuis 2014. Une fois encore, rappelons que ce ne sont que des estimations extrapolées à partir des données publiques.

Surprise, l’Inde est la quatrième nation pour ses dépenses militaires avec une enveloppe de 83,6 Md$ en 2023. Les relations délétères de New Delhi avec Pékin et Islamabad expliquent ces investissements massifs. N’oublions pas que le pays le plus peuplé du monde est aussi la cinquième puissance économique mondiale. La cinquième place revient à l’Arabie saoudite avec un budget plantureux de 75,8 Md$ financé par la crise énergétique mondiale, qui enrichit la monarchie pétrolière. Elle consacre tout de même 7,1 % de son PIB à la Défense. C’est juste colossal.

L’Ukraine, quant à elle, fait son apparition dans le top 10 avec 64,8 Md$ pour la huitième place. Une hausse de +50 % en 2023 et de… +1 272 % depuis 2014 : bref, l’Ukraine est en guerre. Autre pays en guerre, Israël avec une augmentation de ses budgets de +24 % en 2023, il va de soi que le dernier trimestre de 2023 a été décisif. En décembre, les dépenses de Tel-Aviv ont littéralement explosé avec 4,7 Md$ sur un budget annuel de 27,5 Md$.

Au Japon également (rang 10), les crédits flambent (50,2 Md$) avec une hausse de +11 % en 2023. Face à la menace venue de Chine, le Premier ministre Fumio Kishida abandonne peu à peu la doctrine pacifique de l’archipel. Les Forces d’autodéfenses japonaises (FDJ) se dotent d’armements offensifs, de missiles hypersoniques, et deux porte-hélicoptères ont été réaménagés en porte-avions, etc. À terme, le Japon rejoindra le concert des nations où la norme est de consacrer 2 % de son PIB à la Défense ; il était de 1,2 % en 2023.

Et la France dans tout ça ? Vu les récents propos va-t-en guerre de l’Élysée, on ne pouvait que s’attendre à une hausse des dépenses militaires. Avec 61,3 Md$, la France (rang 9) n’est pas encore passée en « économie de guerre » selon le chef de l’État, malgré des « priorités » imposées aux industriels. Ces dépenses représentent tout de même 2,1 % du PIB. Toutefois, ce n’est pas ici que la France brille, mais dans le domaine des ventes d’armes où elle crée tristement la surprise.

Emmanuel Macron prononce un discours entouré du ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire et du maire de Bergerac, lors de la cérémonie pour le lancement de la construction d'une nouvelle ligne de production au sein de la société de poudres et d'explosifs Eurenco à Bergerac, dans le sud-ouest de la France, le 11 avril 2024. (Photo Ludovic MARIN / POOL / AFP)

Des marchands d’armes euphoriques

Entre la menace – fantôme ? – chinoise, les conflits russo-ukrainiens et israélo-palestiniens, les tensions au Congo, au Sud-Soudan, au Mexique, en Haïti ou en République dominicaine, la demande en armements a rarement été si abondante. Au point que les industriels peinent à suivre : l’exemple des chantiers navals américains est éloquent. Quand l’US Navy est elle-même sous-approvisionnée, comment livrera-t-elle des sous-marins nucléaires à l’Australie dans le cadre de l’alliance AUKUS ?

Ce dilemme augure de formidables investissements. Pour l’heure, rendons à Washington ce qui appartient à Washington, les États-Unis sont les premiers fournisseurs d’armes au monde et leur emprise se renforce. Entre 2014 et 2018, ils détenaient 34 % des parts du marché, entre 2019 et 2023, 42 %. Leurs principaux clients sont l’Arabie Saoudite, le Japon et le Qatar. Notons un glissement des transferts vers l’Europe : dans le quintile 2014/2018, elles représentaient 11 % des ventes ; c'était 28 % dans le quintile 2019/2023. L’impact du conflit russo-ukrainien est là. À elle seule, l’Ukraine matérialise 4,7 % des ventes totales de l’oncle Sam et 17 % de ses affaires en Europe.

La réelle surprise est hexagonale. La France a détrôné de justesse la Russie dans le quintile 2019/2023, avec 11 % des parts de marché, alors qu’elle ne détenait que 7,2 % des parts dans le quintile précédent, soit un bond historique de +47 %. Les principaux clients de Paris sont l’Inde, le Qatar et l’Égypte, avec le chasseur Rafale comme produit phare. Une attention particulière doit être accordée à l’Inde. Le plus grand importateur d’armes au monde avec 9,8 % du marché dont un tiers sont fournies par la France, vise à terme l’autonomie. Ce « made in India » représentait déjà 75 % des défenses militaires indiennes en 2023. En simplifié, I’Inde a retenu les Rafales pour équiper l’INS Vikrant, son second porte-avions made in India.

En décembre 2023, New Delhi a ordonné la construction d’un troisième porte-avions, un quatrième ne serait pas du luxe selon la presse indienne… Vu sous cet angle, l’empressement d’Emmanuel Macron à dérouler le tapis rouge devant le Premier ministre Narendra Modi invité à la revue militaire du 14 juillet 2023, est on ne peut plus justifié. À l’heure où la « ré-industrialisation » prônée par l’Élysée peine à se concrétiser, le complexe militaro-industriel français tourne à plein régime. Surtout, ses produits s’écoulent comme des petits pains. Selon le ministère des Armées, la France a exporté pour 27 Md€ d’armements en 2022, un secteur largement excédentaire qui contribue au rééquilibrage d’une balance commerciale en déficit chronique.

Ainsi, le retour de la guerre en Europe ne représenterait pas uniquement une plaie pour la France, où la facture énergétique a flambé depuis février 2022. D’autant plus que l’Europe se réarme en catastrophe. Trois jours après le début de l’intervention russe en Ukraine, le chancelier allemand Olaf Scholz annonçait un « changement d’époque » avec un fond d’urgence de 100 Md€, afin de remettre en état la Bundeswehr. Eh bien non, en dehors de la Grèce (17 Rafales et 53 % du marché français en Europe), les équipements français se vendent mal en Europe où l’on préfère les F-16 et les F-35 américains. L’Europe représente 9,1 % du total des exportations françaises, les véritables clients résident en Asie et en Océanie, avec 42 %, dont 29 % en Inde, et au Moyen-Orient avec 34 %.

Le chancelier allemand Olaf Scholz pose devant un char antiaérien automoteur allemand Flakpanzer Gepard, Programme de formation des soldats ukrainiens à Putlos (Schleswig-Holstein), 25 août 2022 - Axel Heimken - @AFP

Éventuellement, cet état des choses pourrait évoluer, car si l’Union européenne se réarme, elle importe 80 % de ses matériels – une prise de conscience serait en cours, notamment à l’égard de l’oncle Sam, le « fournisseur officiel » de l’Europe détient 55 % du marché. En attendant, il est piquant de constater que la Pologne ait signé en 2022 un contrat pour un millier de chars lourds K2 avec la Corée du Sud. Ceci au grand dam de l’Allemagne qui demeure pourtant un constructeur incontournable de ce type d’équipements. Les chars Leclerc sont évidemment hors course, sa production ayant cessé en 2008.

Effet boomerang, la France bénéficie tout de même du retour de la guerre en Europe. Elle taille de sérieuses croupières à la Russie sur ses grands marchés traditionnels, notamment en Inde et en Égypte. Ce n’est plus une nouveauté, les armes russes s’exportent de plus en plus mal, et ceci bien avant « l’opération spéciale » débutée en février 2022. Au cours du quintile 2014/2018, la Russie est demeurée l’indétrônable second exportateur mondial, avec 21 % des parts du marché ; la France s’accrochait quant à elle à la troisième place du podium avec 7,1 %, talonnée par l’Allemagne avec 6,3 %. Le quintile 2019/2023 a vu s’effondrer les ventes russes de -53 % ; elles ne représentent désormais plus que 11 %, idem pour la France. Les données du SIPRI sont arrondies, mais l’Institut affirme que Paris devance Moscou d’un cheveu. Sur le fond, cela importe peu : la France portée par les ventes des Rafales est sur une spirale ascendante, la Russie, elle, est sur une spirale descendante.

Le conflit russo-ukrainien et les menaces de sanctions américaines sur les pays entretenant des liens commerciaux avec Moscou n’expliquent que partiellement cette chute. En ce qui concerne l’Inde et le Vietnam, d’anciens et fidèles clients de la Russie, les imprécations de l’oncle Sam ont essuyé une fin de non-recevoir en 2022. Question Défense, ne serait-ce que pour la maintenance, les munitions, etc., un État ne change pas de prestataire du jour au lendemain. Toutefois, le conflit s’enlisant, Moscou s’est recentré sur l’approvisionnement de ses propres troupes au détriment de ses exportations.

New Delhi a alors commencé à douter de la fiabilité de son principal fournisseur ; peu à peu les récriminations de Washington sont devenues audibles. Il n’est plus à l’ordre du jour pour New Delhi de signer de grands contrats d’armements avec Moscou, même si les liens sont loin d’être rompus. De l’aveu même du ministre des Affaires étrangères russes Serguey Lavrov en décembre 2023, « nous respectons les efforts de nos collègues indiens pour diversifier leurs liens en matière de coopération militaro-technique ». Coup dur tout de même pour la Russie et rare opportunité pour les concurrents, et c’est la France qui en est devenue la grande bénéficiaire.

Au-delà des tombereaux de sanctions occidentales dont l’efficacité demeure à démontrer, l’impact de la guerre est indéniable pour l’armement russe. Dans l’édition 2023 de son « Yearbook », le SIPRI notait qu’en 2022, les exportations de « la Russie ont diminué de -31 % et sa part du total mondial est passée de 22 à 16 %. Les plans connus concernant les livraisons futures indiquent clairement que l’écart entre les États-Unis et la Russie va se creuser, et que la Russie pourrait perdre sa deuxième place dans quelques années ».

C’est désormais chose faite et avec une célérité que les chercheurs du SIPRI n’ont pas anticipée. Avec la poursuite de deux conflits majeurs et des tensions toujours renouvelées entre la Chine et les États-Unis, l’année 2024 augure de nouveaux records dans cette course effrénée aux armements.

Au-delà des chiffres du SIPRI

De par son budget pharaonique, les États-Unis demeurent la nation martiale par excellence avec 37 % des dépenses d’armements au monde, suivi de la Chine avec 12 %. Seulement ? Les données recueillies par l’Institut laissent perplexe. Comment un pays qui ne consacrerait que 1,7 % de son PIB à sa Défense pourrait-il produire plus vite et en plus grande quantité des équipements militaires dernier cri ? Dans les faits, les coûts de construction – main-d’œuvre, matériaux, etc. – sont nettement inférieurs en Chine. Selon cet article paru dans The Diplomat, en 2015, une frégate française ou allemande était deux fois plus onéreuse que son homologue chinoise. Cet écart ne semble pas infondé.

Récemment l’American Enterprise Institute estimait que le budget effectif de la Défense chinoise avoisinait les 700 Md$, se rapprochant dangereusement des capacités américaines. Mais ce centre de réflexion est clairement pro-américain, son analyse est donc biaisée. Toutefois, une réalité demeure : l’enveloppe globale de l’APL est certainement bien plus plantureuse que celle divulguée au public. Le pouvoir chinois ne s’en cache même plus. D’ici 2049, à l’occasion de son premier centenaire, la République populaire de Chine entend devenir la première puissance militaire mondiale. La suprématie américaine est bel et bien remise en cause, et ceci augure donc une course aux armements toujours plus glaçante...

Photo d'ouverture : Dabarti CGI - @Shutterstock