L’année 2026 offre l’occasion de célébrer le 250ᵉ anniversaire de la parution de L’Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations du philosophe écossais Adam Smith. Un ouvrage dense, structuré en cinq livres, dont l’élaboration a nécessité une dizaine d’années. Comme souvent pour les grandes œuvres, ce livre est fréquemment cité, mais rarement lu. De cette œuvre ont émergé de nombreuses interprétations qui ont parfois caricaturé ou réduit la pensée de son auteur à quelques slogans. Ainsi, Adam Smith est apparu comme le chantre d’un libéralisme débridé, partisan d’un égoïsme fondateur des relations humaines, promoteur des mécanismes du marché et d’un libre-échange sans entraves. Pourtant, une lecture attentive révèle un tout autre visage : sur bien des points, l’auteur ne cédait pas à la croyance d’un marché autorégulateur et reconnaissait à l’État un rôle bien plus important qu’on ne le suppose. Sa réflexion, plus nuancée et plus élaborée, dessine un rapport entre l’État et le marché placé sous le signe de la complémentarité, loin de se réduire à l’apologie d’une société purement marchande.

Par Frédéric Farah

« La Richesse des nations est un traité vaste, confus, spirituel, écrit dans une prose admirable ; mais c’est aussi l’un des trois livres, avec la Bible et Le Capital de Marx, que les personnes à la culture incertaine se permettent de citer sans les avoir lus. » (1)

Voilà 250 ans paraissait un ouvrage promis à une immense postérité : Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, du philosophe écossais Adam Smith. Dix années de travail furent nécessaires pour donner naissance à ce livre volumineux, appelé à marquer durablement l’histoire de la pensée économique - et au-delà. Pourtant, la pensée de son auteur a fait l’objet de nombreuses caricatures et simplifications. Adam Smith a ainsi été présenté comme le père fondateur d’un laisser-faire généralisé, promoteur du libre-échange, confiant à une « main invisible » la régulation des intérêts et des passions.

Les ambiguïtés et les subtilités de son œuvre ont souvent été négligées. Plus encore, le titre même de l’ouvrage mérite attention : Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations. Le philosophe écossais s’attaque à un enjeu central de la pensée économique : la nature de la richesse.

Cette question résonne aujourd’hui avec une acuité particulière, plus de deux siècles et demi après la publication de l’ouvrage. Elle se pose dans un monde marqué par un capitalisme de la finitude, caractérisé par la raréfaction des ressources naturelles et la prédation exercée par les nations les plus puissantes. Dès lors, cette œuvre nous parle-t-elle encore ? Ou faut-il la considérer comme le vestige d’une époque révolue ? Plus largement, ne conviendrait-il pas d’actualiser la réflexion sur la richesse des nations, afin de déterminer où elle se situe désormais ?

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