L’économie allemande déstabilise l’Europe avec ses excédents commerciaux

L’Allemagne a connu une très forte baisse de son excédent commercial en raison de la crise énergétique, mais il devrait repartir nettement à la hausse à l'avenir, et pour quelques années encore. Les gigantesques excédents commerciaux allemands ont en partie été la conséquence de féroces politiques de compétitivité non coopératives, dont l'objectif était de parasiter les voisins européens en profitant de la mise en place de l’euro. Mais si ces excédents ont été très favorables à l’Allemagne (mais moins aux Allemands), ils ont causé de nombreux problèmes et drames sociaux en Europe. Car, contrairement à une idée reçue, les excédents permanents sont loin d'être une bonne nouvelle pour l'économie réelle. L'Allemagne se révèle alors comme un faux modèle, représentant tout ce qu’il ne faut pas faire en termes de coopération économique. Explications.

publié le 23/11/2023 Par Olivier Berruyer

1- 90 milliards d'excédent commercial
2- La zone euro, 1er partenaire commercial
3- La France : 50 % de l'excédent en zone euro
4- En finir avec la course aux excédents
Ce qu'il faut retenir


Le commerce international de biens est le reflet de la santé d’une économie. Le solde commercial (différence entre les exportations et les importations de biens physiques) met en lumière les forces et faiblesses d’une économie et des choix stratégiques gouvernementaux. Trop déficitaire, il indique que le pays va finir par connaître de sérieux problèmes financiers. Trop excédentaire, il montre que l’économie est très déséquilibrée et que la rémunération des salariés est trop basse, au détriment de ses partenaires. C’est l’équilibre à long terme de la balance commerciale qui démontre qu’une économie est saine. Et contrairement à la propagande incessante, l’Allemagne est bien loin d‘être un modèle à suivre.

Près de 90 milliards d'euros d’excédent commercial

En 2022, l’Allemagne a connu un excédent de 89 Md€ de ses échanges de biens, contre 173 Md€ en 2021, principalement en raison de l’explosion du coût des importations. Cela représente 2 % de son PIB.

Les exportations allemandes couvrent plus de 106 % des importations. C’est une situation relativement confortable pour une économie. L’excédent allemand est le septième du monde en 2022. Il était encore le deuxième en 2021. Le commerce mondial a récemment été bouleversé par l’explosion des coûts de l’énergie, ce qui explique la forte hausse des excédents commerciaux du Qatar, de la Norvège, de l’Arabie et de la Russie.

Les machines et les voitures comme atouts, l’énergie comme faiblesse

Sans surprise, la forte dégradation du solde commercial allemand en 2022 est liée à la couverture des besoins énergétiques dans des conditions très désavantageuses. Le poste des matières premières est ainsi passé d’un déficit de -78 Md€ à -165 Md€ : près de 90 Md€ de déficit en plus en à peine un an !

Avec un excédent hors matières premières de +250 Md€, l’Allemagne reste une impressionnante puissance industrielle – la France génère pour sa part un déficit de -70 Md€. Les forces de l’Allemagne sont connues : les voitures (près de 120 Md€ d’excédents), les machines (80 Md€), les produits pharmaceutiques (40 Md€), chimiques (35 Md€) et plastiques (30 Md€). Elle est en revanche déficitaire en produits agricoles (-30 Md€).

La zone euro, premier partenaire commercial

L’Allemagne a été le troisième exportateur mondial de biens en 2022, après la Chine et les États-Unis, et compte plus de 300 000 entreprises exportatrices, deux fois plus qu’en France. Les autres pays européens, et plus spécifiquement ceux de la zone euro, sont de loin les premiers partenaires commerciaux de l’Allemagne. Plus de 60 % des échanges commerciaux allemands s’effectuent ainsi avec des partenaires européens, dont 35 % avec les pays de la zone euro.

Les États-Unis sont le principal client de l’Allemagne, avec plus de 150 Md€ d’exportations. Les pays européens proches représentent 5 des 6 principaux clients suivants : France (6 % des échanges de l’Allemagne), Pays-Bas, Pologne, Autriche et Italie.

Les États-Unis, première source du bénéfice commercial allemand

Les États-Unis représentent également le premier excédent commercial de l’Allemagne avec plus de 60 Md€. La France est le deuxième avec près de 50 Md€, ce qui, au vu de la taille de son économie par rapport à l’américaine, montre la profondeur du problème français. Le Royaume-Uni et l’Autriche suivent avec une trentaine de milliards. Ce sont les principales victimes de la puissance industrielle allemande.

Au niveau des déficits commerciaux allemands, la Chine est loin devant avec près de 90 Md€ de déficit. Ce pays exporte désormais en Allemagne des produits sophistiqués dans le secteur de l’électronique, des machines-outils, des produits pharmaceutiques ou de l’automobile. Le géant asiatique est suivi de la Norvège (50 Md€) et de la Russie (22 Md€). Le déficit envers la Russie a presque quadruplé en 2022, vu que l’Allemagne a très fortement réduit ses exportations en Russie, en raison des sanctions, mais qu’elle a continué à acheter du gaz, vendu beaucoup plus cher, surtout après l’explosion des gazoducs Nord Stream.

La situation exceptionnelle du commerce allemand saute aux yeux quand, pour chaque pays européen, on analyse séparément le solde commercial envers les 26 autres pays de l’UE et celui envers les pays non membres de l’UE. L’excédent allemand (hors pétrole et gaz) de 170 Md€ envers le reste du monde n’a aucun équivalent, et de loin. L’Allemagne produit des voitures et des machines pour la planète entière. Pour cela, elle a délocalisé une partie de sa production en Europe centrale et orientale, et se retrouve donc déficitaire au sein de l’UE.

Le déséquilibre du commerce extérieur allemand apparaît aussi clairement lorsqu'on analyse la situation par partenaire commercial, en représentant les exportations et les importations sur deux axes (la taille des bulles est proportionnelle à la taille des soldes commerciaux).

Si on regarde par grande région, l’Allemagne est excédentaire avec presque toutes les parties du monde, à l’exception de l’Asie.

Allemagne : un excédent commercial qui se réduit nettement

L’Allemagne a largement bénéficié de la mondialisation, et son économie très exportatrice a été nettement soutenue par l’adoption de l’euro. Ce dernier a en effet empêché une monnaie nationale allemande de s’apprécier fortement au fil des années, ce qui aurait contribué à rééquilibrer au moins partiellement la balance commerciale.

Surtout, l'Allemagne a fait le choix de politiques non coopératives de compétitivités, mises en place par le chancelier social-démocrate Schröder. Elle a réformé son marché du travail en comprimant « le coût » de la main-d’œuvre et redimensionné son État social. La fin du bloc de l’Est a offert à son industrie des délocalisations de proximité, permettant une nouvelle fois de comprimer les coûts de production. Les exportations de voitures de luxe et de machines-outils se sont alors envolées, d’autant que ces spécialités germaniques correspondaient exactement aux besoins d’une Chine qui » s’éveillait ».

En conséquence, une fois absorbés les effets négatifs de la réunification, les exportations et importations allemandes ont fortement augmenté, les secondes moins que les premières, ce qui a fait exploser les excédents commerciaux. Ses partenaires n’ont alors étrangement pas réagit pour demander une diminution de compétitivité (en augmentant les salaires allemands par exemple) ou en demandant un partage de ceux-ci (en contribuant à des programmes sociaux européens par exemple, pour compenser les effets négatifs de l’euro).

En conséquence, chaque année depuis le début des années 2000, l’Allemagne enregistre des excédents commerciaux très importants, de plus de 150 Md€, bien supérieurs à ceux qu’elle enregistrait durant toute la seconde moitié du XXe siècle.

Le solde commercial allemand baisse continument depuis son pic historique de 2016 à près de 300 Md€. La crise du Covid et la guerre en Ukraine ont évidemment eu leur part, mais l’économie allemande semble ne plus être aussi compétitive que par le passé. Cependant, le solde 2023 devrait de nouveau dépasser les 200 Md€. Mais combien de temps de tels déséquilibres pourront-ils perdurer, surtout au détriment des partenaires commerciaux voisins ?

La zone euro, première source de l’excédent allemand

Depuis 1990, les pays de la zone euro constituent la première source de l’excédent commercial allemand. Il s’établissait autour de 35 Md€ durant la majeure partie de la décennie 1990, et oscille depuis une quinzaine d’années autour d’environ 80 Md€.

Depuis quelques années, l’Allemagne est en fort déficit avec la Chine et le reste du monde, et son excédent envers le reste de l’Europe a récemment fondu. C’est l’origine de la forte baisse de l’excédent commercial en 2022.

L’Europe et les États-Unis représentent une écrasante part de cet excédent ; l’économie allemande est donc très fortement dépendante du reste de l’Occident, qui en a donc fait sa principale usine.

La France : 50 % de l’excédent allemand en zone euro

Le détail du solde commercial allemand envers la zone euro met en évidence le statut de la France comme première source de l’excédent allemand en zone euro depuis 1999. Ce dernier n’a pratiquement jamais cessé d’augmenter depuis lors. Avec près de 50 Md€, la France représente environ la moitié de l’excédent commercial allemand envers toute la zone euro, conséquence de la désindustrialisation avancée de notre pays.

L'Autriche est la deuxième source de l’excédent allemand en zone euro. Ceux envers l’Espagne et l’Italie ont évolué de manière similaire, et se sont fortement réduits depuis la crise de 2008. Ces deux pays, qui représentaient ensemble 40 % de l’excédent allemand envers la zone euro en 2007, n’en représentent plus que 25 % en 2022.

Le problème de la disparition de l’industrie française apparaît donc ici dans toute sa gravité, mais aussi dans sa singularité : les autres pays souffrant eux aussi de l’euro ont fini par réagir afin de lutter contre leur désindustrialisation. Mais pas la France...

La France, seul pays dont les exportations vers l’Allemagne baissent

L’observation de l’évolution des exportations allemandes vers la zone euro montre que ces dernières ont été relativement stables depuis 2010, oscillant à un niveau d’environ 500 Md€ chaque année. Les importations ont oscillé autour de 420 Md€ depuis cette même date, ce qui explique la persistance de l’excédent d’environ 80 Md€.

Dans le détail, la France a connu une évolution singulière : c’est le seul grand pays de la zone euro pour lequel les importations allemandes sont nettement plus faibles en 2022 qu’en 2010, ce qui démontre, une nouvelle fois, notre cruelle désindustrialisation.

En finir avec la course aux excédents

La doxa médiatique encense régulièrement les excédents de certaines nations, et en particulier celle de notre voisin d’outre-Rhin – l’historique « problème allemand » ayant étrangement muté depuis en un « modèle allemand ». Il s'agit pourtant une idée fausse qu’il est important de déconstruire.

Tout d’abord, rappelons que le commerce, c’est toujours, in fine, un échange de biens (ou de services) contre d’autres biens (ou services). La monnaie sert d’intermédiaire bien utile, mais il est censé être temporaire. Au vu des énormes excédents qui s’accumulent, il s’avère qu’en réalité, l’Allemagne s’appauvrit en biens physiques (quand elle vend des voitures ou des machines par exemple) en échange de monnaie, simples bouts de papiers, ou plutôt de lignes de code informatique. Mais que penserait-on d’un individu qui se serrerait la ceinture toute sa vie, pour mourir avec un énorme compte en banque dans lequel il n’aurait jamais pioché ? Les excédents sont utiles si, un jour, on les utilise pour acheter d’autres biens, en étant alors en déficit commercial.

Le cas le plus grotesque est celui des États-Unis, qui vivent à crédit, et à qui le reste du monde envoie des produits en échange de monnaie, mais avec la particularité qu’il s’agit de la leur, qu’ils impriment comme bon leur semble, et dont la valeur finira par chuter.

Cette vision positive des excédents commerciaux remonte au mercantilisme du XVIIIe siècle, quand on commerçait avec de l’or, instrument de richesse et symbole de puissance. Si on ne tient pas compte des découvertes d’or, le commerce international était alors un jeu à somme nulle, les succès des uns se faisant au détriment des autres. Cela impliquait que le pays en excédent disposait d’une vraie contrepartie pérenne aux produits vendus, et que le pays en déficit ne pouvait l’être continument et devait alors réagir pour équilibrer sa balance, au risque de ne plus disposer d’assez d’or pour commercer.

La sortie de l’étalon-or puis de l’étalon change-or basé sur le dollar (système de Bretton Woods), et enfin la mise en place de l’euro, ont rendu possible en Europe le « miracle » des déficits commerciaux permanents. À l’Allemagne le rôle d’usine européenne, aux autres pays celui de débiteurs permanents, la BCE se chargeant de financer ces déficits européens de liquidités.

Pourtant, « l’argent magique n’existe pas ». Dès les années 1940, dans un environnement bien moins problématique qu’aujourd’hui, l’économiste John Maynard Keynes – dans son projet de Bancor visant à réformer le système monétaire international après la Seconde Guerre mondiale – ne voulait pas demander aux pays avec un déséquilibre de leurs balances commerciales de rentrer dans des logiques déflationnistes pour rétablir l’équilibre.

Pour Keynes, les efforts du rééquilibrage du système devaient d’abord venir des pays excédentaires, ce qui est logique. Si le déficit commercial, c’est mal, alors l’excédent commercial, c’est mal, car l’un va avec l’autre. On ne demande jamais aux adorateurs de la compétitivité allemande si le but est de tous suivre le même modèle, et d’avoir en Europe 27 pays excédentaires entre eux – ce qui est évidemment impossible.

De plus, il est évident que, pour de multiples raisons (historiques, économiques, sociologiques), l’Allemagne est très efficace industriellement et donc excédentaire. Cela a aussi des conséquences négatives – par exemple, les salaires y sont trop faibles. Mais surtout, comment espérer que la France se hisse à son niveau ? D’ailleurs, plus on augmentera la compétitivité française, moins l’Allemagne sera compétitive et plus elle fera des efforts pour retrouver la compétitivité perdue, en compressant par exemple ses salaires, comme elle l’a déjà fait au début des années 2000. C’est une course sans fin, où gagne celui qui traite le plus mal ses travailleurs, mais avec pour effet une grave tendance à la déflation, néfaste pour tous.

Dit autrement, c’est comme si l'on demandait à tout le monde de s'entraîner et de « faire des efforts » pour rattraper Usain Bolt au 100 mètres, alors que si l'objectif est de tous se rejoindre, il est bien plus simple de demander à Usain Bolt de ralentir – et c'est exactement la philosophie du bancor de Keynes.

Des excédents commerciaux allemands aussi élevés sont un gros problème pour l’ensemble de l’Union européenne. Acquis avec des politiques de déflation sociale au début des années 2000, ils ont entraîné des limitations de l’activité économique chez les pays partenaires. Il faut bien comprendre que ce modèle allemand d’exportation est une vraie anomalie mondiale, sans équivalent dans des pays comparables, et qui ne peut certainement se maintenir à moyen terme.

En attendant, ces politiques ont entraîné, et entraînent toujours, une hausse du chômage dans de nombreux pays, alors que l’Allemagne connaissait une situation proche du plein emploi. Avec l’Allemagne, elle n’exporte pas que des Mercedes, elle exporte aussi son chômage... Ces politiques ont aussi généré de lourds problèmes de financement des balances des paiements, dont nous avons pu percevoir toute la nocivité lors de la crise des dettes souveraines entre 2011 et 2013. Pourtant, une forte reprise de la consommation intérieure allemande aurait pu stimuler les autres économies. Au final, tout ceci a encore accéléré la désindustrialisation dans les pays du Sud, et particulièrement en France.

En jouant cavalier seul dans la guerre de tous contre tous, l’Allemagne n’a pas respecté l’esprit de la monnaie unique. Avec des excédents incroyables ayant dépassé les 8 % du PIB, ce pays a même enfreint les règles européennes, qui les limitent à 6 %. Ce fut sans conséquence pour elle, rassurez-vous, car les règles européennes ne sont apparemment faites que pour les pays « faibles » comme la Grèce. Le cas de ce pays a été tristement emblématique, puisque, dans l’incapacité de dévaluer sa monnaie nationale qui n’existait plus, c’est au prix d’une violente dévaluation interne – à savoir la compression de la consommation et de l’investissement – que la Grèce a dû rééquilibrer sa situation commerciale.

En somme, l’Allemagne, par sa recherche d’excédents, a très largement contribué aux déséquilibres du continent et détient une part de responsabilité dans la crise des dettes souveraines et les politiques d’austérité qui ont suivi. La politique commerciale allemande non coopérative montre de nouveau combien, depuis la mise en place du marché unique et de l’euro, l’espace européen est en proie à des déséquilibres internes préoccupants.

Plus préoccupante encore est l’absence de réponse politique face à cette espèce de passager clandestin de l’euro. Bien entendu, on peut mener des politiques commerciales non coopératives – c’est même plutôt la règle de la mondialisation. Et on peut adhérer à une monnaie commune, c’est-à-dire à une coopération avancée. Mais on ne peut pas faire les deux « en même temps », il faut choisir. On ne peut pas vivre comme un couple le matin, et comme de féroces rivaux l’après-midi. Pourquoi les autres gouvernements européens, et en particulier celui de la France, se laissent-ils faire ainsi, sans qu'aucun journaliste ne leur pose jamais la question directement ?

Quel avenir économique pour l’Allemagne ?

Cependant, au vu de la très faible préoccupation pour nos intérêts nationaux chez nos gouvernements envoutés par « l’esprit européen », il est possible que le simple cours des choses finisse par résoudre le problème commercial allemand avant que le moindre début de décision européenne ne soit envisagé. Ce pays est en effet frappé par un vieillissement avancé et par une hausse qui semble pérenne de ses coûts d’approvisionnement énergétique (son industrie ayant largement bénéficié par le passé des bas prix du gaz russe). D'autre part, les produits sur lesquels il a bâti sa puissance vont probablement souffrir à moyen terme d’une sévère obsolescence non programmée, en raison de la concurrence des pays émergents qui organisent la montée en gamme de leur économie. L’Allemagne pourra-t-elle rester longtemps compétitive face aux futurs avions, voitures électriques, machines et équipements chinois et demain indiens ?

Ce qu’il faut retenir

L’Allemagne est historiquement un pays nettement exportateur. Cependant, cette tendance a été fortement accélérée au début des années 2000, par la conjonction des effets de la mondialisation, du développement de la Chine, de la mise en place de l’euro et du choix allemand de féroces politiques de compétitivité non coopératives. L'économie allemande a alors généré des excédents gigantesques, qui ont eu des effets néfastes dans la zone euro. Les gouvernements des autres pays ont cependant laissé faire.

Contrairement à ce qu’affirme la doxa néolibérale, les excédents, qui témoignent d’une « sur-compétitivité » sont loin d’être une très bonne nouvelle. D’abord pour les Allemands, car ils impliquent que les salaires y sont trop bas. Ensuite pour les autres pays, car ils induisent naturellement un déficit chez les partenaires commerciaux, qui entraîne du chômage, des problèmes financiers, et une casse sociale pour redresser la compétitivité. Pour éviter les problèmes, c’est donc l’équilibre des échanges commerciaux que les États doivent rechercher.

En 2022, les excédents ont largement baissé en raison de la crise énergétique, mais ils devraient repartir nettement à la hausse en 2023, et pour quelques années encore. Ils sont portés par les voitures, les machines, les médicaments et les produits chimiques, vendus à 60 % en Europe.

La grande question est : ces excédents pourront-ils se maintenir encore longtemps au vu des handicaps qui s’accumulent pour ce pays ? Vieillissement, coûts énergétiques, et montée en gamme des concurrents... La réponse à cette question aura de lourdes conséquences tant pour l’Allemagne que pour tous les pays européens, à commencer par la France.