LA CROISSANCE POST-COVID, C'EST TERMINÉ : LA RÉCESSION ARRIVE

Le premier trimestre 2022 a vu le retour de la récession en France (c’est-à-dire une baisse de la production), après quatre trimestres de croissance consécutifs en 2021. Forte inflation, faibles augmentations de salaire, hausse des impôts, crise internationale : tout concourt à être inquiet pour la suite de l’année. Assistons-nous au début d’une récession durable ou à un simple retournement conjoncturel ? 

Le retour de la récession

Avec une baisse de -0,2 % du PIB français, le premier trimestre 2022 a vu le retour de la récession, après un an de croissance corrigeant les effets de la crise du Covid. La situation est bien entendu sans commune mesure avec les précédentes récessions trimestrielles intervenues au cœur même de la crise sanitaire, mais elle est néanmoins loin d’être anecdotique.

La croissance sur un an est donc de près de +5 %, mais cela n’est pas significatif, car ce bon chiffre est lié en fait au simple rattrapage de l’énorme récession de 2021.

Au quatrième trimestre 2021, le PIB trimestriel avait légèrement dépassé son niveau du troisième trimestre 2019, atteignant ainsi un nouveau pic historique. Avec cette légère contraction début 2022, le PIB trimestriel français s’établit donc exactement à son niveau d’avant Covid.

Le PIB par habitant ne retrouve pas son niveau d’avant crise

Le recours au PIB trimestriel par habitant permet de mieux analyser l’évolution du niveau de vie moyen. En raison de la croissance démographique, et contrairement au PIB total, le PIB trimestriel par habitant n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant crise : il se situe encore 1 point en-dessous de son niveau du deuxième trimestre 2019, où il était à son plus haut historique.

Comme pour le PIB total, la croissance sur un an du PIB par habitant de +4 % n’est pas significative. On est loin de la très forte croissance de la fin des années 1990.

La baisse de la consommation, première cause de la récession

L’analyse du PIB par les dépenses permet de constater que cette récession est en réalité causée par une nette baisse de la consommation, ayant un effet de -0,6 point sur la croissance. C'est la plus forte baisse depuis 2010, à l'exception des 3 trimestres de crise du Covid.

La récession du premier trimestre est donc essentiellement due à la forte chute de la consommation des ménages de -1,5 % ce trimestre, ainsi qu’à une baisse de 0,7 % de leur investissement. Ces effets ont heureusement été limités par le maintien de la consommation publique et de l’investissement des entreprises, et surtout par la forte hausse de 1,8 % des investissements publics (due en particulier à la mise en œuvre du bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité). Au final, la demande intérieure contribue à une baisse de -0,6 point du PIB.

Le commerce extérieur a eu ce trimestre un effet légèrement positif de +0,2 point pour la croissance ; ce n’est cependant pas une très bonne nouvelle, car ceci est simplement lié au fait que la croissance des importations a fortement chuté (en raison des difficultés financières des ménages), plus rapidement que la baisse de la croissance des exportations. Sur la dernière décennie, le commerce extérieur pèse plutôt négativement sur la croissance française, comme nous l'avons vu dans cet article.

Enfin, la variation des stocks a soutenu la croissance pour +0,2 point, ce qui signifie que les entreprises ont probablement dû augmenter leurs stocks en raison de la baisse de la demande.

-0,6 point de demande intérieure, +0,2 point de commerce extérieur, +0,2 point de stocks : voici l’explication de la récession de -0,2 point ce premier trimestre 2022.

Forte baisse du pouvoir d’achat

Au niveau des ressources des ménages, le premier trimestre a été marqué par une nette hausse des salaires versés par les entreprises de +1,4 %, un tiers étant dû à la hausse de l’emploi et deux tiers à la hausse du salaire par tête, malgré une baisse du temps de travail de 0,6 % en raison des arrêts maladie Covid.

On constate cependant une hausse de seulement +0,5 % du traitement des fonctionnaires et une baisse de -0,4 % des revenus des entrepreneurs individuels.

Les prestations sociales ont en revanche diminué de -1,5 %, contrecoup mécanique du versement fin 2021 de l’« indemnité inflation », qui avait augmenté les prestations sociales de près de 3 %. Ce recul a cependant été est en partie atténué par la revalorisation des pensions de retraite en début d’année, et par la forte hausse des arrêts maladie consécutifs à la vague Omicron.

Enfin, il est à noter que les plus fortunés ont eu la joie de constater que leurs revenus venant des dividendes et des intérêts perçus ont augmenté de +3,9 %.

À contrario, les ménages ont été confrontés à une forte hausse de l’impôt sur le revenu (+3,6 %) et des cotisations sociales (+1,6 %), la hausse de l’emploi n’ayant joué ici que marginalement.

On constate ainsi au global une stagnation des revenus des ménages, qui n’ont augmenté que de +0,2 %, et une forte augmentation de leurs charges, de +2,8 %. En conséquence, le revenu par personne (ou plus précisément, le revenu disponible brut par unité de consommation) a baissé de -0,6 % au premier trimestre.

Le fait économique majeur de 2021-2022 est le retour d’une forte inflation, que nous avons détaillée dans cet article. Comme l’inflation a été de 1,3 %, le pouvoir d’achat par personne en France a au final baissé de 1,9 % au cours du seul premier trimestre 2022, ce qui explique la forte baisse de la demande intérieure, et donc la récession. Cette baisse du pouvoir d'achat annule donc toute la hausse survenue au cours des trois trimestres précédents, et le renvoie à son niveau du dernier trimestre 2019.

En conclusion, en ce début d’année 2022, la croissance économique post-Covid constatée en 2021 s’essouffle. La consommation des ménages — dont la vigueur avait tiré le PIB vers le haut durant toute l’année 2021 — s’est contractée sous l’effet des hausses modérées des salaires, de la hausse des impôts, et bien entendu de la forte inflation constatée.

Il est trop tôt pour affirmer que cette récession trimestrielle va se confirmer durablement, mais on peut être pessimistes en raison du maintien de l’inflation ces trois derniers mois et du contexte économique mondial morose. L’euphorie de la croissance de l’année dernière semble bel et bien terminée.

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