Depuis 2022, l’écologie est en recul, dans un contexte dominé par le retour des tensions géopolitiques, de l’inflation et de ses conséquences sociales. Dans son dernier essai, Les vipères ne tombent pas du ciel (Les Liens qui libèrent, 2025), le journaliste Éric Aeschimann s’interroge sur les impensés de l’écologie pour comprendre le rejet dont celle-ci fait de plus en plus l’objet dans les milieux populaires.
Un peu plus de dix ans après le consensus qui semblait avoir suivi la signature des Accords de Paris sur le climat, la période est marquée par un « backlash écologique ». Pourtant, le rejet de l’écologie dans les milieux populaires ne peut se réduire à une conséquence de l’offensive de forces politiques et économiques contre les politiques environnementales. C’est ce que soutient Éric Aeschimann dans son essai dont le titre évoque une rumeur populaire des années 1970 d’après laquelle des lâchers de vipères par hélicoptères auraient été organisés dans les campagnes françaises. Cette rumeur sert de métaphore pour illustrer les rapports de classes qui s’expriment autour de l’écologie.
À l’écologie contestataire de l’après 1968 a succédé une écologie technocratique et scientiste devenue un rouage du pouvoir. Taxe carbone, ZFE, prime à la rénovation : cette écologie vise à gouverner les conduites des individus pour les amener à changer leurs comportements, en les rendant « libres d’obéir » (1), sans remettre en cause le cadre du néolibéralisme. Il n’est pas rare d’entendre des militants convaincus s’exclamer : « Les solutions sont connues, on ne devrait même pas en débattre » ou « Même si les ZFE peuvent être injustes, la science nous dit de les faire ». Cette dérive scientiste fait dire au journaliste qu’il manque à l’écologie politique « une théorie de l’exercice démocratique au temps de l’urgence climatique ».
Les petits gestes, un moralisme vert
Dès les années 1970, pour désamorcer la contestation écologique, les industriels sont parvenus par le biais de la publicité, notamment à la suite de la campagne Keep America Beautiful, à imposer l’idée que les solutions aux problèmes de pollution reposaient sur les petits gestes et la responsabilité écologique des consommateurs. La responsabilisation des individus a constitué une vaste opération de déresponsabilisation des industriels. S’est peu à peu répandue chez les écologistes l’idée que les transformations étaient avant tout une affaire de « bonne volonté » et de changement de modes de vie, en sous-estimant largement la puissance des systèmes sociotechniques et économiques qui conditionnent nos vies.
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