Il n’y a pas de guerre de l’eau, mais une guerre contre l’eau motivée par le profit. Dans Les Assoiffeurs (Les liens qui libèrent), coécrit avec Fabien Benoît, le journaliste Nicolas Celnik examine les raisons de l’accaparement de l’eau par des intérêts privés. Il montre également que les gouvernements accompagnent ce mouvement au lieu de l’enrayer. Entretien.
Élucid : Votre livre s’ouvre sur la mégabassine de Sainte-Soline. En quoi est-elle emblématique de tout un modèle agricole ?
Nicolas Celnik : Sainte-Soline a été l’une des motivations majeures qui nous ont conduits à écrire ce livre. Pour deux raisons. La première est l’extrême violence de la répression contre les deux manifestations qui ont eu lieu autour de la mégabassine. La seconde est la très forte politisation des enjeux qui s’est faite alors autour de l’eau. Un mouvement citoyen s’est formé pour revendiquer que l’eau ne soit pas au bénéfice de quelques-uns seulement.
Les mégabassines en général sont l’incarnation des problèmes que l’agriculture intensive, dite aussi industrielle, pose au niveau de l’eau. Le secteur agricole dans son ensemble consomme près de 60 % de l’eau utilisée en France. L’agriculture intensive s’est beaucoup développée récemment autour du maïs, qui occupe à lui seul 38 % des surfaces irriguées, celles qui consomment le plus d’eau.
Pourquoi avoir fait ce choix ? Le maïs est très rentable, il est le plus productif à l’hectare. Mais il est exotique et il se trouve que la croissance du maïs se fait surtout, en France, au moment où les nappes sont le moins remplies. La solution trouvée par le modèle agricole productiviste a été de stocker de l’eau dans ces fameuses retenues, les « mégabassines ».
Élucid : Quels sont les principaux enjeux sur lesquels le mouvement de Sainte-Soline a permis d’alerter ? Le politique y a-t-il apporté un début de réponse ?
Nicolas Celnik : Il a alerté sur le fait que les mégabassines ne sont pas des stockages de substitution, comme elles étaient appelées avant. Elles sont du stockage d’eau dans le but de pouvoir en utiliser encore plus après. C’est l’effet réservoir : quand le modèle agricole a confiance dans la disponibilité en eau, il en consomme encore plus. Le mouvement a aussi attiré l’attention sur le fait que le modèle des mégabassines profite à une minorité des agriculteurs, 7 % seulement dans les Deux-Sèvres ! Les plus grandes exploitations, celles les plus mécanisées, sont les plus favorisées.
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