Indispensable pour l’humanité, la biodiversité, l’agriculture, l’énergie et l’industrie, l’eau est pourtant surexploitée, polluée et mal administrée à l’échelle mondiale. De plus en plus rare, elle devient un enjeu politique majeur et génère déjà des tensions et des conflits locaux et régionaux. Dans un monde déjà fracturé, doit-on s’attendre à des « guerres de l’eau » ?

Par Lucie Touzi

« Un monde déjà en situation de pénurie d’eau », « une ère de faillite mondiale de l’eau », « un capital hydrologique systématiquement surexploité » : l’ONU tire la sonnette d’alarme dans son nouveau rapport. « La différence entre une crise et une faillite, c’est que le retour à la normale n’existe pas. Nous avons pompé dans les nappes sans nous soucier de leur réapprovisionnement », indique Anne Sénéquier, chercheuse et co-directrice de l'Observatoire de la santé mondiale de l'IRIS.

Les activités humaines ont entraîné de profondes modifications du cycle mondial de l’eau au cours du siècle dernier. Transformation des systèmes fluviaux (barrages, canaux, dérivations, etc.), irrigation, dégradation des terres et des sols, déforestation, pompage des nappes phréatiques, pollution ou encore réchauffement de l’atmosphère et des océans : toutes ces pressions accumulées ont engendré de grandes modifications qui peuvent être irréversibles ou quasi irréversibles. « Bien que tous les bassins ou pays ne soient pas en situation de pénurie d'eau, suffisamment de systèmes critiques à travers le monde ont franchi ces seuils – et sont interconnectés par le commerce, les migrations, les rétroactions climatiques et les dépendances géopolitiques – pour que le paysage mondial des risques soit désormais fondamentalement modifié », assure le rapport.

L’eau est une ressource indispensable à la stabilité planétaire, à la production alimentaire et énergétique, à la santé publique, aux écosystèmes, à la sécurité humaine et à la stabilité socio-politique. Pourtant, la gouvernance et la prise de décision en matière d’eau restent encore très fragmentées. Comme l’assure Anne Sénéquier : « Elle est éclatée dans les diverses partitions verticales de la galaxie ONU et d’autres institutions. L’eau est un véritable instrument de souveraineté nationale et, pour beaucoup de pays, il est hors de question de déléguer cette gestion à une entité internationale. »

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