ESPIONNAGE POLITIQUE : LE CATALANGATE ATTEINT LE CŒUR DU PARLEMENT EUROPÉEN

Un scandale aux proportions immenses qui touche non seulement l'Espagne, mais aussi le Parlement européen et ses relations dangereuses avec la société israélienne qui produit le logiciel d'espionnage Pegasus.

Depuis des mois en Europe fait rage une affaire louche, digne d'une intrigue internationale, connue sous le nom de #Catalangate : il s’agit du plus massif cas d'espionnage politique dans le monde réalisé systématiquement par les autorités espagnoles contre le mouvement indépendantiste catalan.

Le laboratoire de recherche canadien Citizen Lab, responsable de nombreuses analyses et rapports sur des cas similaires dans le monde entier, a confirmé que des attaques et des piratages, menés par le biais du logiciel espion Pegasus, ont été menés contre au moins 65 élus catalans, leaders de la société civile, activistes, avocats, journalistes, spécialistes de la haute technologie et leurs familles pendant quatre années consécutives (2017-2020). Ces informations ont été confirmées par l'hebdomadaire américain The New Yorker.

Il s'agit d'un cas flagrant d'espionnage politique au cœur de l'Europe. Ces attaques d'espionnage avaient une motivation politique claire : obtenir des informations privées afin de connaître, à l'avance, chaque étape du mouvement indépendantiste catalan afin d'affaiblir le mouvement. Preuve en est que la plupart des attaques et piratages ont eu lieu pendant des périodes cruciales de prise de décision du mouvement, comme les accords politiques, les investitures présidentielles ou les décisions stratégiques.

Mais il y a un aspect bien plus grave de la question. Cet espionnage politique à grande échelle ne s'est pas arrêté en Espagne, mais s'est répandu comme une traînée de poudre dans d'autres pays européens, et même au sein du Parlement européen. Le gouvernement hongrois, par exemple, a placé 300 journalistes, avocats et militants sous surveillance via Pegasus. Le gouvernement polonais a acheté le logiciel Pegasus par l'intermédiaire du Bureau anticorruption, avec des fonds du ministère de la Justice, sans jamais en préciser l'usage.

L'enquête lancée par le consortium de journalistes dirigé par le journal britannique The Guardian, nommée Pegasus Project, a dévoilé un système d'espionnage généralisé avec une base de données de plus de 50 000 numéros de téléphone détenus par la société israélienne NSO, qui produit le logiciel espion Pegasus, dont les numéros du président du Conseil européen Charles Michel et du président français Emmanuel Macron. Selon les révélations de Reuters, parmi les victimes figurent également le commissaire à la justice Didier Reynders et d'autres fonctionnaires de la Commission européenne.

Succursale du groupe NSO, dans la vallée de l'Arava, dans le sud d'Israël, 8 février 2022 - Menahem Kahana - @AFP

C'est ainsi qu'a commencé une bataille virtuelle entre les bancs du Parlement et les téléphones infectés des députés. À la demande de la Présidente du Parlement, Roberta Metsola, les 705 membres du Parlement européen ont été informés qu’ils pouvaient vérifier si leurs téléphones portables avaient été infectés.

Mais le vrai problème réside dans les liens incestueux entre l'Union Européenne et la société israélienne NSO Group, financée par l’Europe dans le cadre des programmes Horizon. Pour la période 2021-2027, l'UE a effectivement conclu un accord d'association avec Israël pour le programme Horizon Europe d'un montant de 95,5 milliards d'euros. Tel-Aviv reçoit depuis au moins 25 ans un soutien financier considérable de l'UE dans le domaine de la recherche et de l'innovation, ce qui a contribué au développement de diverses technologies de l'information et de la communication, notamment numériques.

Parmi ceux-ci se distingue le logiciel espion Pegasus. Comment sortir de ce énième court-circuit européen ? D’autant plus qu’aucune réponse n'est venue de Bruxelles. L'exécutif européen se justifie en disant qu'il ne peut pas s'immiscer dans les réglementations nationales en matière de sécurité, et a suggéré que les personnes devenues des « cibles » de l'espionnage se tournent vers les autorités judiciaires nationales.

Bref, chacun pour soi, pas de position européenne commune sur une question aussi sensible que l'espionnage politique. Encore une fois le concept d'Europe s'incline devant les espèces sonnantes et trébuchantes. Mais une question épineuse néanmoins plane dans l'air : la Commission européenne a-t-elle oublié que le logiciel Pegasus a été utilisé par les autorités saoudiennes pour assassiner le journaliste d’investigation Jamal Khashoggi ?

Combien de journalistes, d'activistes, de chercheurs, de députés devront-ils encore être surveillés avant que l'Union Européenne ne cesse de financer ceux qui ont livré nos têtes sur un plateau d'argent aux régimes totalitaires et aux théocraties ? À la postérité, peut-être, le jugement ardu.

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