L’Homme, emporté par les transformations du capitalisme auquel il concourt à son tour, devient toujours plus une machine. Le philosophe Denis Collin explore dans son livre Devenir des machines (Max Milo) les causes de ce mouvement qui paraît irrésistible et auquel il oppose la nécessité d’un autre mode de production ainsi qu'une « une philosophie de la vie ». Entretien.

Laurent Ottavi (Élucid) : Plutôt que d’étayer l’hypothèse du remplacement de l’Homme par les machines, abondamment mise en scène par la science-fiction, vous évoquez dans votre livre comment l’Homme devient une machine et l’est déjà devenu à bien des égards. Dans quelles dimensions cela est-il vrai ?
Denis Collin : Toutes les discussions sur l’intelligence artificielle sont le produit d’un contexte qui est celui de notre soumission à un système de machines. Il n’y a pas eu besoin d’une IA pour qu’on en soit venu à faire ses réclamations sur une machine et non plus face à un Homme en chair et en os. La situation est telle que des robots nous demandent régulièrement sur les sites… si nous sommes nous-mêmes des robots !
Auparavant, ce « devenir-machine » de l’Homme se limitait au monde du travail. Nous avons tous en tête l’image de Charlie Chaplin, rouage de la machine, dans Les Temps modernes. Depuis, le consommateur est devenu aussi machinique dans ses loisirs que le travailleur à l’usine. Les consommateurs sont des travailleurs invisibles qui servent à faire « tourner la machine ».
Élucid : Si cela a commencé au sein du travail, c’est précisément parce que le capitalisme est d’après vous la cause de ce devenir-machine de l’Homme. Quel est le lien ?
Denis Collin : Par commodité, car il s’agit d’une césure un peu arbitraire, je situe la naissance du capitalisme au XVIIe siècle. En tant que système économique? il était plus ancien mais, à ce moment-là, il se produit une concomitance entre le processus de mécanisation qui commence à se mettre en place et l’apparition de la physique mathématique. Des usines commencent en effet à se créer, surtout à la campagne (c’est pour cela que c’est passé assez inaperçu), notamment autour des moulins à l’eau.
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