Et si les États-Unis montraient à la France non pas la voie à suivre, mais celle à éviter ? Depuis plusieurs décennies, fonds d’investissement, assureurs et grands groupes ont fait de la santé américaine un marché comme un autre. Un modèle dont les conséquences sont désormais mesurables – et qui mérite d’être regardé de près au moment où, en France, la réduction des dépenses publiques et l’ouverture croissante du soin aux capitaux privés sont présentées comme des remèdes aux difficultés de notre système de santé.
Aux États-Unis, la financiarisation de la santé tue davantage de patients, étrangle les salariés et fait payer le contribuable.
Gérer un hôpital « comme une entreprise » , privatiser des établissements publics « défaillants » au nom de prétendus « gains d'efficacité », ouvrir le financement hospitalier aux fonds privés via des « Health Impact Bonds »... Depuis trente ans, les think tanks libéraux exercent une pression continue pour que le système de santé français s'aligne sur la logique de marché qui prévaut en particulier outre-Atlantique. La promesse est que le privé soignera mieux, plus vite et moins cher que l'État. Pourtant, l'observation des États-Unis, où cette logique s'est déployée jusqu'au bout, montre que c'est tout l’inverse qui se produit.
Là où les fonds d’investissement rachètent les hôpitaux, la mortalité aux urgences bondit. Là où l’assurance santé est massivement financée par les employeurs, les primes augmentent et étranglent la croissance des salaires. Lorsque la couverture liée à l’emploi est absente, trop coûteuse ou insuffisante, les programmes publics prennent le relais pour les travailleurs et les familles qui y sont éligibles : au New Jersey, des centaines de milliers de salariés et de membres de leurs familles sont ainsi pris en charge en dernier recours par la sécurité sociale publique.
Et la prédation organisée de la santé par les intérêts privés s’aggrave sous la seconde administration Trump. Le « One Big Beautiful Bill Act », signé en juillet 2025, ampute Medicaid (2), la sécurité sociale américaine, et menace la couverture santé d’une dizaine de millions d’Américains. Le retrait de l’État du secteur de la santé ne profite ni aux malades, ni aux salariés, ni au contribuable… En revanche, il enrichit les détenteurs du capital.
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