C’est avec une sacrée gueule de bois que l'Europe s'éveille face à la puissance industrielle de Pékin. Des secteurs piliers de l’industrie européenne tels que l'automobile, les batteries et les machines-outils basculent sous une domination chinoise systémique, menaçant de transformer le vieux continent en simple zone d'assemblage. Du fait de l’aveuglement passé des élites libérales, l'industrie européenne joue désormais sa survie face à un modèle chinois qui comprime sa demande intérieure pour inonder les marchés mondiaux.

Le vent d'euphorie des années 2000 semble aujourd'hui bien lointain. À l'époque, de Bill Clinton à Nicolas Sarkozy, les dirigeants occidentaux célébraient l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce comme une promesse de prospérité partagée, convaincus que Pékin accepterait de « jouer selon les mêmes règles ». Pourtant, deux décennies plus tard, le « pari de la Chine » s'est mué en un défi existentiel pour l'appareil productif européen et américain. Loin du mirage d'un commerce mutuellement bénéfique comme l’espérait Emmanuel Macron en 2019, la Chine a hissé ses produits au sommet de la chaîne de valeur et vient désormais concurrencer le cœur productif européen.

Aujourd'hui, le pays concentre un tiers de la production manufacturière mondiale et s'est imposé comme le premier exportateur de voitures particulières, détrônant les bastions historiques européens. Face à cette concurrence puissante, l'Europe voit ses parts de marché s'effondrer et ses emplois industriels disparaître, l’emblématique fleuron industriel allemand a même perdu 240 000 postes ces deux dernières années.

Ce basculement est le fruit d'une politique industrielle agressive mêlant subventions massives, coûts de l'énergie cassés et compression des revenus des ménages chinois. En France, alors que le Haut-commissariat au Plan et à la Stratégie propose de répliquer par des droits de douane de 30 %, l’échec américain suggère que le mal est peut-être plus profond. Niché dans la structure même de la mondialisation, c’est à la financiarisation de l’économie que certains économistes suggèrent de s’attaquer.

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