« Du jamais vu », « une leçon de discipline budgétaire à la France », « une santé budgétaire record »… les grands médias français ne tarissent pas d’éloges sur les résultats économiques du Portugal. Nos « élites » médiatiques et politiques, tels des Astérix en Lusitanie, pensent y voir la preuve que rigueur budgétaire et austérité sont les ingrédients essentiels de la potion magique qui a propulsé les indicateurs économiques du Portugal dans le vert… sans doute pour l’appliquer à la France. Excédent public, croissance supérieure à la moyenne européenne, baisse de la dette : les indicateurs macroéconomiques du pays font rêver plus d’un gouvernement. Pourtant, derrière ces chiffres flatteurs se cache une réalité sociale bien plus sombre : précarité généralisée, salaires de misère, crise du logement et montée inquiétante de l’extrême droite.
Le « miracle » portugais, souvent attribué à une cure d’austérité drastique imposée par la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) après la crise de 2009, a profondément transformé le pays. Mais à quel prix ? Alors que les commentateurs politico-médiatiques saluent la discipline budgétaire lisboète, les Portugais, eux, paient le tribut d’une prospérité qui ne profite qu’à une minorité. Entre dépendance aux fonds européens, explosion des inégalités et désillusion des jeunes, le Portugal incarne aujourd’hui les limites d’un modèle économique qui sacrifie le bien-être social sur l’autel de la performance financière.
« C’est un miracle économique, mais un désastre social »
Considéré comme le nouveau bon élève de l’Europe par les tenants conservateurs de l’austérité vertueuse, le Portugal affiche un excédent budgétaire depuis 2023, du jamais vu depuis la révolution des œillets de 1974 et l'avènement de la démocratie.
Les indicateurs économiques semblent tous au vert : un excédent budgétaire de 0,7 % du PIB en 2024, une croissance de 1,7 % (le double de la moyenne de l’Union européenne), une dette publique à la baisse équivalente à 93,6 % du PIB (attendue à 90,4 % en 2026), ou encore un chômage stabilisé à 6,4 %. De quoi faire pâlir d’envie nombre de pays européens, à commencer par la France.

Certes, le pays revient de loin. Le Portugal a figuré parmi les pays les plus touchés par la crise de la zone euro entre 2009 et 2014, avec les mêmes indicateurs économiques fortement dégradés : en 2010, le déficit public dépassait les 11 % de PIB, la dette publique avait bondi d’un tiers en seulement 2 ans pour atteindre l’équivalent de 100 % du PIB, pendant que le chômage avait augmenté d’un quart et franchi les 12,5 % de la population active, avant de culminer à près de 18 % trois ans plus tard.
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