La Chine, l'Inde et le Brésil ont traversé les crises récentes bien mieux que les économies occidentales : aucun des trois n'a appliqué de sanctions en 2022, et leurs courbes s'en ressentent. La Chine tient les 5 % de croissance depuis trois ans, l'Inde dépasse les 7 % et double son PIB en dix ans, le Brésil ne sort pas de sa fourchette de 1 à 3 %. Faut-il y voir le signe d'un basculement durable de l'économie mondiale ? Les chiffres racontent une histoire plus nuancée – à commencer par celle-ci : « l'usine du monde » est en réalité l'une des grandes économies les moins ouvertes sur l'extérieur. Niveau de vie, démographie, consommation, commerce extérieur : nos graphiques détaillent, pays par pays, ce qui sépare encore ces trois géants des économies occidentales, et combien de décennies il leur faudrait, à ce rythme, pour combler l'écart. La réponse est plus courte que prévu pour la Chine, beaucoup plus longue pour les deux autres.

Graphe Économie
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Par Olivier Berruyer
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1- Chine : une économie trop peu assise sur la consommation intérieure
2- Inde : le décollage économique se poursuit
3- Brésil : une croissance de plus en plus modérée
4- Alors, l'Occident bientôt dépassé ?


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N.B. : sauf mention contraire, les taux annuels (2024, 2025, prévisions 2026) sont des moyennes annuelles ; les chiffres « actuels » ou « début 2026 » sont des rythmes en glissement sur un an. Les comparaisons de niveaux de vie sont exprimées en parité de pouvoir d’achat, c’est-à-dire en corrigeant les écarts de prix entre pays. Pour l’Inde, qui publie ses comptes sur un exercice courant d’avril à mars, les chiffres sont rattachés à l’année civile principale de l’exercice.

En Chine, une économie trop peu assise sur la consommation intérieure

En Chine, l’observation du Produit Intérieur Brut (le fameux PIB, c’est-à-dire en simplifiant, la valeur de ce que le pays a réellement produit) montre d’abord une chose : l’incroyable robustesse de l’économie chinoise, sur laquelle les différentes crises semblent glisser sans grands dommages depuis un demi-siècle.

PIB annuel réel de la Chine, 1960-2025PIB annuel réel de la Chine, 1960-2025

Plus en détail, l’économie chinoise présente la particularité de fonctionner avec un très fort taux d’investissement : 40 % du PIB, soit le double de la moyenne mondiale. De ce fait, la consommation des ménages reste très faible : elle n’atteint même pas 40 % du PIB. Ceci est notamment lié à la faiblesse de la protection sociale en Chine, où les habitants doivent beaucoup épargner et investir pour s’assurer une retraite décente. Quand l’État ne garantit pas les vieux jours, les ménages s’en chargent, et cela se lit directement dans la comptabilité nationale.

Composition du PIB de la Chine, 1970-2024Composition du PIB de la Chine, 1970-2024

C’est une situation économique rare : le niveau de la consommation chinoise se situe environ 20 points en dessous de la moyenne mondiale. La Chine est pratiquement la grande économie ayant le plus faible taux de consommation ; elle se situe au niveau de certains pays non développés (comme la Zambie, par exemple). La deuxième économie du monde consomme, en proportion, comme un pays pauvre.

Décomposition du PIB dans différents pays en 2023Décomposition du PIB dans différents pays en 2023

Comme il n’y a pas assez de consommateurs pour acheter les produits fabriqués avec ce surcroît d’investissements productifs, la Chine a traditionnellement misé sur l’exportation. Mais tordons ici le cou à une idée reçue : si la Chine est souvent critiquée pour son « énorme » excédent commercial et ses exportations, ceux-ci ne représentent respectivement qu’environ 5 % et 20 % de son PIB (l’excédent a certes dépassé pour la première fois les 1 000 milliards de dollars en 2025, mais rapporté à un PIB de plus de 20 000 milliards, la proportion reste modeste). Ce sont des niveaux qui n’ont rien d’exceptionnel : pour l’excédent commercial, c’est 4 % pour l’Allemagne, 5 % pour la Russie et 12 % pour la Suisse ; pour les exportations, c’est 35 % en France, 50 % en Allemagne et 85 % en Belgique. « L’usine du monde » est, en réalité, l’une des grandes économies les moins ouvertes sur l’extérieur.

Cependant, comme l’a rappelé l’économiste chinois Yin Jianfeng, « le but ultime du développement économique est la consommation. L’investissement n’est qu’un moyen ». Le gouvernement tente donc de modifier cette situation en encourageant la consommation et la fabrication à plus forte valeur ajoutée. C’est particulièrement important en raison du vieillissement de la population et des rendements décroissants des investissements. D’autant que l’épargne chinoise s’est largement investie dans la spéculation immobilière, ce qui a fini par créer une importante bulle, dont on craint régulièrement l’explosion.

Si l’on revient au PIB chinois, celui-ci s’est établi au premier trimestre 2026 à son plus haut historique. La crise économique de 2020 a été d’une ampleur un peu plus faible que dans beaucoup de pays européens, et la situation s’est normalisée en quelques mois à peine. Quant à la crise de 2022, elle n’a guère touché le pays de l’extérieur : la Chine n’a mis en place aucune sanction économique, comme la quasi-totalité des pays non occidentaux. Son trou d’air de 2022 fut domestique : la politique « zéro Covid » et ses confinements à répétition (dont celui de Shanghai), maintenus jusqu’en décembre 2022, ont fait tomber la croissance à +3 %, son plus bas niveau depuis un demi-siècle, hors 2020.

Évolution du PIB réel de la Chine, 2008-2026Évolution du PIB réel de la Chine, 2008-2026

Si l’on s’intéresse à la croissance du PIB (c’est-à-dire à la valeur de sa hausse ou de sa baisse), on observe que la Chine n’a connu qu’une baisse de 4 points de son taux de croissance en 2020, rapidement compensée en 2021. Après le creux « zéro Covid » de 2022, la croissance a rebondi autour de +5 % en 2023, 2024 et 2025 (précisément +5,2 %, +5,0 % et +5,0 % selon les statistiques officielles).

En 2026, la croissance devrait rester solide, les prévisions tournant autour de +4,5 %. Pékin lui-même a fixé son objectif entre 4,5 % et 5 %, la cible la plus basse depuis 1991 (un aveu en soi) ; c’est un niveau nettement plus faible qu’en 2015-2019.

Croissance annuelle du PIB réel de la Chine, 2000-2025Croissance annuelle du PIB réel de la Chine, 2000-2025

Hors crise, depuis une quinzaine d’années, la croissance chinoise a diminué linéairement, passant de +8 % à +5 % par an actuellement.

Croissance annuelle du PIB trimestriel réel de la Chine, 2005-2026Croissance annuelle du PIB trimestriel réel de la Chine, 2005-2026

L’analyse des contributions sectorielles à la croissance au cours des dernières années révèle un apparent paradoxe : la croissance chinoise est largement entretenue par la consommation. Faible en niveau, celle-ci n’en fournit pas moins l’essentiel de la croissance annuelle, faute d’autres moteurs aussi réguliers. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser pour ce pays très exportateur, le commerce extérieur a, en moyenne, une contribution assez faible à la croissance, à l’exception des trois derniers trimestres : les menaces de guerre commerciale avec les États-Unis ont entraîné une hausse des exportations (constitution de stocks par précaution, et vraisemblablement des réexportations via des pays tiers pour contourner les droits de douane américains).

Contribution des secteurs à la croissance du PIB trimestriel de la Chine, 2019-2026Contribution des secteurs à la croissance du PIB trimestriel de la Chine, 2019-2026

Un PIB par habitant qui commence à être impacté par la décroissance démographique chinoise

Le recours au PIB trimestriel par habitant permet de mieux analyser l’évolution du niveau de vie moyen. Il est en effet important de tenir compte de la croissance démographique : si le PIB augmente de +1 % et que la population augmente de +2 %, la richesse par habitant baisse en réalité de -1 %. Cet indicateur est donc beaucoup plus pertinent pour apprécier la croissance réelle d’une économie.

Or la Chine connaît actuellement un grave problème démographique, conséquence de la politique de l’enfant unique mise en place en 1979 : la facture arrive, avec quarante ans de retard. La croissance de la population est entrée en déclin en 2017, et la population baisse depuis son pic de 2021, d’environ -0,2 % par an, soit environ 3,5 millions de Chinois en moins depuis ce pic. Le solde naturel, c’est-à-dire les naissances moins les décès, s’établit désormais autour de -1,5 million de Chinois par an, et le solde migratoire est aussi négatif, avec environ -500 000 Chinois ayant émigré (en valeur nette).

Croissance annuelle de la population de la Chine, 2005-2026Croissance annuelle de la population de la Chine, 2005-2026

La population évoluant encore relativement peu pour l’instant, la prise en compte du facteur démographique ne change pas beaucoup l’analyse : la croissance par habitant évolue de manière soutenue.

Évolution du PIB par habitant réel de la Chine, 2008-2026Évolution du PIB par habitant réel de la Chine, 2008-2026

Au cours de la dernière décennie, la dynamique de croissance du PIB trimestriel par habitant en Chine reste robuste, fluctuant autour de +5 % ; elle a atteint +5,2 % début 2026. Cependant, le déclin démographique va finir par se ressentir sur ce chiffre au fil du temps : l’ONU estime la décroissance démographique annuelle à -0,5 % en 2040 et -1 % en 2055. Le pays qui a interdit les naissances pendant trente-cinq ans découvre qu’on ne relance pas une pyramide des âges par décret.

Croissance annuelle du PIB trimestriel réel par habitant de la Chine, 2005-2026Croissance annuelle du PIB trimestriel réel par habitant de la Chine, 2005-2026

Sans surprise, au vu de son retard de développement initial, l’économie chinoise surperforme considérablement par rapport à celle de la France depuis les années 1980.

Croissance annuelle du PIB de la Chine et de la France sur 10 ans glissants, 1970-2025Croissance annuelle du PIB de la Chine et de la France sur 10 ans glissants, 1970-2025

La croissance chinoise se tasse depuis les années 2000

Pour prendre du recul sur la dynamique de croissance chinoise, on peut observer la croissance décennale depuis les années 1960. Le décollage économique de la fin des années 1970 et des années 1980 est patent, avec un maximum dans les années 2000 au niveau incroyable de +10 % de croissance annuelle moyenne (un rythme qui fait doubler le PIB en à peine 7 ans).

La Chine a vraiment été la plus grande bénéficiaire de la mondialisation. Depuis, sa croissance a été divisée par deux, tout en restant à de hauts niveaux, exception faite des périodes de crises mondiales.

Croissance décennale du PIB réel par habitant de la Chine, 1960-2025Croissance décennale du PIB réel par habitant de la Chine, 1960-2025

Sur le temps très long, l’exceptionnalité du dernier demi-siècle est frappante : la Chine s’est finalement « éveillée »…

Croissance annuelle du PIB réel par habitant de la Chine, 1800-2025Croissance annuelle du PIB réel par habitant de la Chine, 1800-2025

Et son développement se poursuit toujours à vive allure, lui permettant de combler le fossé avec l’Occident : le revenu moyen par habitant en Chine atteint désormais environ 40 % de celui de la France (en parité de pouvoir d’achat). À 4 % de croissance moyenne, la Chine atteindrait le niveau actuel de la France dans 25 ans, et à 5 % dans 20 ans seulement (en supposant, précisons-le, que notre niveau de vie reste où il est, ce qui, au vu du reste de cette série, n’est hélas pas l’hypothèse la plus absurde).

La Chine connaît cependant de très fortes disparités de développement, avec de nombreuses villes gigantesques au niveau de vie presque occidental et des campagnes toujours misérables. La sortie de la pauvreté des paysans chinois est donc une priorité du gouvernement. Elle passe hélas souvent par un exode rural vers les villes, d’où les immenses chantiers de construction actuels, avec leurs lots de bouleversements sociaux et environnementaux. La gestion de ces problèmes est un des enjeux majeurs pour Pékin dans les prochaines décennies.


Inde : le décollage économique se poursuit

L’économie de l’Inde connaît un décollage depuis quelques décennies, moins marqué toutefois que celui de la Chine.

PIB annuel réel de l'Inde, 1970-2025PIB annuel réel de l'Inde, 1970-2025

Plus en détail, l’économie indienne repose à près de 75 % sur la consommation. Elle a la particularité de disposer d’une faible consommation publique et de l’un des plus forts taux de consommation directe des ménages au monde. Elle est aussi généralement en déficit commercial. Autrement dit, le modèle indien est l’exact inverse du modèle chinois : ici, on consomme d’abord, on investit ensuite.

Composition du PIB de l'Inde, 1970-2023Composition du PIB de l'Inde, 1970-2023

Comme la Chine, l’Inde a un peu moins souffert que l’Europe lors de la crise du Covid, dont elle s’est rapidement remise. Elle n’a guère été impactée par la crise de 2022, dont elle a au contraire bénéficié en partie, car elle a pu acheter des hydrocarbures à bon marché à la Russie. Pendant que l’Europe se sevrait au prix fort, New Delhi faisait ses courses à prix cassés.

Évolution du PIB réel de la Inde, 2008-2026Évolution du PIB réel de la Inde, 2008-2026

En Inde, la croissance de 2022 n’a donc que très peu ralenti, à +7,0 %, et elle a atteint le niveau impressionnant de +8,8 % en 2023, puis 7,2 % en 2024 et 7,5 % en 2025. En 2026, la croissance devrait fléchir : les prévisions passent désormais sous les +7 %, la banque centrale indienne retenant +6,6 % dans un contexte de tensions commerciales et énergétiques.

Croissance annuelle du PIB réel de l'Inde, 2000-2025Croissance annuelle du PIB réel de l'Inde, 2000-2025

Comme en Chine, la croissance indienne, hors crise, fluctue globalement entre +6 % et +8 % par an depuis une dizaine d’années, ce qui correspond à un doublement du PIB réel en 10 ans. Relisez cette phrase : le pays le plus peuplé du monde double sa production tous les dix ans.

Croissance annuelle du PIB trimestriel réel de l'Inde, 2005-2026Croissance annuelle du PIB trimestriel réel de l'Inde, 2005-2026

Au niveau des contributions sectorielles, la croissance indienne est en général entretenue par la consommation des ménages et par l’investissement. Le commerce extérieur a en moyenne une faible contribution, ce qui n’est guère étonnant pour un pays encore peu industrialisé, mais les choses semblent avoir changé sur ce point depuis deux ans.

Contribution des secteurs à la croissance du PIB trimestriel de l'Inde, 2019-2026Contribution des secteurs à la croissance du PIB trimestriel de l'Inde, 2019-2026

Une évolution du PIB par habitant pénalisée par la croissance démographique

L’Inde poursuit sa « transition démographique » (nous avons présenté ce concept dans notre article sur l’évolution de la population mondiale). La croissance de sa population continue de diminuer naturellement, mais elle reste encore de près de +1 % par an, soit une douzaine de millions d’habitants supplémentaires chaque année : l’équivalent de la population belge, tous les ans.

Le solde naturel en 2025 a été d’environ +13 millions, et le solde migratoire a été négatif, avec environ -1 million d’Indiens ayant émigré (en valeur nette). L’Inde est d’ailleurs depuis 2023 le pays le plus peuplé de la planète, dépassant désormais la Chine.

Croissance annuelle de la population de l'Inde, 2005-2026Croissance annuelle de la population de l'Inde, 2005-2026

En conséquence, l’évolution du PIB par habitant de l’Inde est un peu moins robuste que celle du PIB global, mais elle reste très dynamique.

Évolution du PIB par habitant réel de la Inde, 2008-2026Évolution du PIB par habitant réel de la Inde, 2008-2026

Au cours de la dernière décennie, la dynamique de croissance du PIB trimestriel par habitant en Inde (hors crise) s’est maintenue entre +5 % et +7 % par an.

Croissance annuelle du PIB trimestriel réel par habitant de l'Inde, 2005-2026Croissance annuelle du PIB trimestriel réel par habitant de l'Inde, 2005-2026

Depuis 50 ans, une croissance indienne en nette hausse

Sur le temps long, on s’aperçoit que la croissance indienne a commencé à décoller dans les années 1980-1990, avant d’accélérer fortement dans les années 2000-2010, sans toutefois connaître les très hauts niveaux chinois. Ce sont néanmoins des niveaux proches de ceux des Trente Glorieuses en France.

Croissance décennale du PIB réel par habitant de l'Inde, 1960-2025Croissance décennale du PIB réel par habitant de l'Inde, 1960-2025

Au final, la croissance du PIB par habitant en Inde se maintient à des niveaux élevés, mais qui restent limités au vu des énormes besoins de développement de sa population.

L’économie indienne a donc encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir accorder à sa population un niveau de vie décent : le revenu moyen d’un Indien reste plus de 6 fois plus faible que celui d’un Français (en parité de pouvoir d’achat), avec de très fortes inégalités. Faisons le calcul : à 4 % de croissance moyenne, l’Inde atteindrait le niveau actuel de la France dans 50 ans, à 5 % dans 40 ans, à 6 % dans 33 ans, à 8 % dans 25 ans et à 10 % dans 20 ans.

Croissance annuelle du PIB réel par habitant de l'Inde, 1800-2025Croissance annuelle du PIB réel par habitant de l'Inde, 1800-2025

Brésil : une croissance de plus en plus modérée

L’économie du Brésil connaît un développement relativement modéré depuis les années 1970.

PIB annuel réel du Brésil, 1970-2025PIB annuel réel du Brésil, 1970-2025

Elle a subi un fort choc lors de la crise du Covid en 2020. Elle s’en est cependant assez rapidement relevée, avant de retomber dans son régime habituel : une croissance honorable, jamais spectaculaire.

Évolution du PIB réel du Brésil, 2008-2026Évolution du PIB réel du Brésil, 2008-2026

Le pays n’a procédé à aucune sanction économique en 2022. Dès lors, sa croissance en 2022, 2023 et 2024 a atteint ou dépassé les +3 %, avant de ralentir nettement en 2025, autour de +2,3 %. En 2026, la croissance devrait fléchir encore, les prévisions tournant autour de +1,8 %, en raison notamment des tensions autour des droits de douane.

Croissance annuelle du PIB réel du Brésil, 2000-2025Croissance annuelle du PIB réel du Brésil, 2000-2025

Hors crise, la croissance brésilienne fluctue globalement entre +1 % et +3 % par an depuis une dizaine d’années. Des niveaux d’économie mature, dans un pays qui n’a pas fini de se développer : tout le problème brésilien est là.

Croissance annuelle du PIB trimestriel réel du Brésil, 2005-2026Croissance annuelle du PIB trimestriel réel du Brésil, 2005-2026

Au niveau des contributions sectorielles, la croissance brésilienne est largement entretenue par la consommation des ménages (qui représente environ 64 % du PIB). Le commerce extérieur a en moyenne une faible contribution.

Contribution des secteurs à la croissance du PIB trimestriel du Brésil, 2018-2025Contribution des secteurs à la croissance du PIB trimestriel du Brésil, 2018-2025

Une évolution du PIB par habitant proche de celle du PIB global

Le Brésil termine sa transition démographique : en déclin depuis plusieurs décennies, la croissance de sa population n’est plus que de quelques dixièmes de point par an. Le solde naturel en 2025 a été d’environ +1 million, et le solde migratoire a été négatif, avec environ -200 000 Brésiliens ayant émigré (en valeur nette).

Croissance annuelle de la population du Brésil, 2005-2026Croissance annuelle de la population du Brésil, 2005-2026

En conséquence, le PIB par habitant du Brésil a évolué moins vite que le PIB global, mais la différence s’estompe désormais.

Évolution du PIB par habitant réel du Brésil, 2008-2026Évolution du PIB par habitant réel du Brésil, 2008-2026

Au cours de la dernière décennie, la dynamique de croissance du PIB trimestriel par habitant au Brésil est restée bien plus faible qu’en Chine ou en Inde, se situant entre +1 % et +3 %.

Croissance annuelle du PIB trimestriel réel par habitant du Brésil, 2005-2026Croissance annuelle du PIB trimestriel réel par habitant du Brésil, 2005-2026

Depuis 50 ans, une croissance brésilienne qui patine

Sur le temps long, on s’aperçoit que la croissance brésilienne est faible depuis la fin du « miracle des années 1970 », quand les capitaux internationaux étaient massivement venus s’investir dans le pays. Ils s’en sont détournés dans les années 1980 et 1990, en raison de la très forte inflation qui a surgi. La croissance annuelle moyenne par décennie fluctue depuis entre 0 et 2 %.

Croissance décennale du PIB réel par habitant du Brésil, 1960-2025Croissance décennale du PIB réel par habitant du Brésil, 1960-2025

Au final, la croissance du PIB par habitant du Brésil est retombée à un niveau qui serait classique dans les pays occidentaux, mais qui est assez dramatique dans un pays où le revenu moyen par habitant reste environ 3 fois moindre qu’en France (en parité de pouvoir d’achat), avec là encore de très fortes inégalités.

À 1 % de croissance moyenne, le Brésil atteindrait le niveau actuel de la France dans 120 ans, à 2 % dans 60 ans, à 3 % dans 40 ans, à 4 % dans 30 ans et à 6 % dans 20 ans. Le chemin du développement brésilien est donc encore très long, et rien ne dit qu’il sera emprunté.

Croissance annuelle du PIB réel par habitant du Brésil, 1850-2025Croissance annuelle du PIB réel par habitant du Brésil, 1850-2025

Alors, l’Occident bientôt dépassé ?

Répondons enfin à la question du titre, puisque personne ne le fait jamais. En volume global, la messe est dite : la Chine est déjà la première économie mondiale en parité de pouvoir d’achat, et l’Inde, en doublant tous les dix ans, gravit les classements année après année. Mais en niveau de vie, qui est tout de même ce qui compte pour les habitants, le tableau est tout autre : un Chinois vit en moyenne avec 40 % du revenu d’un Français, un Indien avec six fois moins, un Brésilien avec trois fois moins. Au rythme actuel, il faudrait environ 25 ans à la Chine pour nous rejoindre, une cinquantaine d’années à l’Inde, et le Brésil, à son rythme des dernières décennies, ne nous rejoindrait tout simplement pas.

Et encore, ces calculs supposent-ils que ces croissances se maintiennent. Or, la Chine vieillit désormais plus vite que l’Europe, l’Inde devra transformer sa masse démographique en productivité (ce qui n’a rien d’automatique), et le Brésil montre depuis cinquante ans qu’un décollage peut fort bien s’interrompre en plein vol. Le « basculement » du monde est donc réel, mais il sera bien plus lent, bien plus inégal et bien moins linéaire que ne le promettent les prophètes du déclin occidental comme ceux du siècle asiatique.

Une dernière chose, enfin, qui rejoint la conclusion de toute cette série : ces pays réalisent aujourd’hui, à leur tour, leurs « Trente Glorieuses », comme nous avons connu les nôtres, et comme les nôtres se sont arrêtées, les leurs s’arrêteront. La Chine est déjà passée de +10 % à +5 %. La question n’est donc pas de savoir si le monde entier convergera vers la croissance faible, mais quand, et surtout dans quel état sera la planète à ce moment-là. Il serait peut-être temps de s’y préparer, plutôt que d’attendre un « retour de la croissance » qui, chez nous, ne reviendra pas. Nous y préparerons-nous ?

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