Coup sur coup, l’Inde a conclu un accord de libre-échange avec l’Union européenne le 27 janvier, puis annoncé le 2 février un « accord commercial intérimaire » avec les États-Unis, laissant entrevoir une trêve dans la guerre tarifaire engagée par Donald Trump. L’Inde, ce fabuleux réservoir de 1,45 milliard de consommateurs, affiche une croissance exceptionnelle : 8,2 % en glissement annuel au troisième trimestre 2025 et 6,5 % pour l’année fiscale 2024-2025. De quoi, assurément, attiser les convoitises. Pourtant, jusqu’à présent, les portes de cet eldorado demeuraient solidement closes. À en croire Ursula von der Leyen et Donald Trump, la plus grande démocratie du monde s’ouvrirait enfin à l’Occident. La réalité est toutefois bien plus nuancée que ne le laissent entendre les annonces lénifiantes venues de Bruxelles et de Washington.

Par Jack Thompson

« Nous avons conclu la mère de tous les accords. Nous avons créé une zone de libre-échange de deux milliards de personnes, dont les deux parties bénéficieront », claironnait la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 27 janvier. Le trait est volontairement appuyé, l’accord de libre-échange (ALE) est ainsi brandi comme un bouclier face à la croisade douanière « trumpienne », dont les taux semblent indexés aux humeurs d’un POTUS en roue libre. Pour rappel, l’UE était alors frappée de 15 % de taxes et l’Inde de 50 %. Depuis, la situation n’a cessé d’évoluer à un rythme effréné. Les accords d’hier sont déjà caducs, ceux d’aujourd’hui demeurent instables, et ceux de demain sont aussi imprévisibles que ce traité aux contours encore flous.

20 années de tractations, et ce n’est pas fini

Bruxelles et New Delhi négocient officiellement depuis 2007. Les discussions ont achoppé en 2013 avant de reprendre en 2022. Après les couacs répétés entourant le traité du Mercosur, la « mère de tous les accords » sonne comme une revanche. En battant en brèche la théorie de son « déclin économique », développée dans la Stratégie de sécurité nationale américaine de l’administration Trump, Bruxelles entend réaffirmer sa crédibilité.

Les chiffres avancés sont soigneusement lissés. La population indienne était estimée à 1,454 milliard d’habitants au 1er janvier 2026, celle de l’UE à 450 millions, soit environ 1,9 milliard de consommateurs. Cet arrondi flatteur contribue à construire le récit d’un quart de la planète résistant vaillamment à l’ogre Trump. En soi, cette proclamation de puissance n’a rien de choquant. En revanche – et c’est plus discutable – seules les grandes lignes du traité sont rendues publiques.

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