Dans La Notion de politique (1932), Carl Schmitt développe sa perception du politique, qu’il conçoit comme le domaine fondamental de la société, indissociable du concept de conflit, d’opposition entre ami et ennemi, qu’il estime inhérent à la nature humaine. Il y effectue également une critique féroce du libéralisme, et de la prétention des libéraux à dépasser et détruire l’État et la notion de politique.
Podcast La synthèse audio
Définir la notion de politique est malaisé ; elle est difficilement dissociable de la notion d’État. Ce n’est pas un problème tant que l’État persiste, mais une définition positive reste souhaitable. Schmitt l’identifie dans une opposition fondamentale entre ami et ennemi, qui fonde le politique.
Ce qu’il faut retenir
L’ennemi n’est pas le rival personnel, ni le concurrent, ni l’adversaire ponctuel ; il est l’ennemi public, l’hostis des Romains, ennemi de tout un peuple, toute une unité politique, et désigné par elle. Cet antagonisme est l’antagonisme par excellence ; tout antagonisme qui s’extrémise tend donc à devenir politique. L’aboutissement de cet antagonisme est la guerre, qui reste toujours une option, pour le politique. Si une autorité politique est incapable d’effectuer pour le peuple uni cette désignation de l’ennemi, alors elle n’existe tout simplement pas en tant qu’autorité politique. La guerre civile représente une forme de dissolution de l’État incapable de maintenir l’unité du peuple contre un hostis ; de l’issue de la guerre civile émergera une nouvelle autorité politique.
Il est impossible pour un peuple d’échapper à l’antagonisme politique. Se proclamer sans ennemi ne dépolitisera pas le monde, mais ne fera que le rendre vulnérable à ses ennemis toujours bien réels. Il sera soit détruit, soit absorbé par une autre entité politique capable et désireuse de le défendre à sa place contre ses ennemis. Un corollaire de ce principe est qu’il est impossible d’unifier l’humanité au sein d’un seul État ; si une telle unification a lieu un jour, le politique disparaîtra. Également, il est tout aussi vain, comme prétend le faire le libéralisme, d’imaginer qu’il est possible de détruire l’État et le politique et de les remplacer par d’autres forces, au premier rang desquels l’économie. Les conflits économiques s’accroîtront jusqu’à devenir des antagonismes politiques, et le politique survivra.
Lisez la suite et soutenez un média indépendant sans publicité
S’abonnerAccès illimité au site à partir de 1€
Déjà abonné ? Connectez-vous
0 commentaire
Devenez abonné !
Vous souhaitez pouvoir commenter nos articles et échanger avec notre communauté de lecteurs ? Abonnez-vous pour accéder à cette fonctionnalité.
S'abonner