La Commission européenne s’est réjouie de la signature d’un traité historique de libre-échange avec l’Inde. Le scénario est connu : il s’agit, pour les services de communication de l’institution européenne, d’énoncer des promesses mirifiques pour l’avenir et de rassurer à peu de frais les populations européennes face à cette plongée dans l’inconnu. La transformation du cadre géopolitique et économique a accéléré la conclusion de cet accord, qui comporte des zones d’ombre et suscite de légitimes inquiétudes. Mais rien n’arrête la machine européenne : d’autres accords sont à prévoir, et ce alors qu'il est plus que jamais nécessaire, pour des raisons aussi bien politiques qu’économiques, d’envisager une rupture avec le dogme libre-échangiste.
Le 27 janvier 2026, l’Union européenne et l’Inde ont signé un accord de libre-échange créant une zone qui regroupe désormais deux milliards d'individus. Le contexte géopolitique évolue, mais la caravane passe, si l’on s’autorise cet adage de circonstance. En effet, l’Union européenne poursuit avec constance la conclusion d’accords de libre-échange, alors même que celui négocié avec le Mercosur n’a pas encore connu d’issue claire. Plus encore, le calendrier des négociations avec d’autres pays se poursuit : Malaisie, Émirats arabes unis, Thaïlande, Philippines. Il faut donc s’attendre à de nouvelles signatures dans les prochains mois ou années.
Le lancement des accords de libre-échange dits de nouvelle génération correspond à deux moments distincts de l’histoire économique contemporaine. En 2006, ils s’inscrivaient dans l’accompagnement de l’hypermondialisation alors encore à l’œuvre. Il n’est pas surprenant que les négociations avec l’Inde aient commencé en 2007, c’est-à-dire au moment de l’affirmation de cette puissance et de l’amplification de la mondialisation. Ce moment, celui du début des années 2000, marque l’affirmation nationale de nouvelles puissances émergentes, à savoir l’Inde, la Chine, le Brésil, pour ne citer qu’elles. C’est dans ce contexte que les négociations entre l’Inde et l’Union européenne ont achoppé, tant l’Inde souhaitait protéger sa production intérieure.
Mais le contexte changea dans le sillage de la crise de 2007 : l’hypermondialisation céda la place à la « slowbalisation », c’est-à-dire à la poursuite des processus de mondialisation, mais à un rythme ralenti. Malgré les modifications du contexte économique et géopolitique, l’Union européenne est restée fidèle à sa stratégie résolument pro-libre-échange, suivant en cela la dynamique impulsée par le président américain Barack Obama qui, à partir de 2008, s'est fait le porte-parole des intérêts des multinationales américaines en envisageant deux grands accords de libre-échange afin de contenir la Chine et d’amplifier les relations transatlantiques.
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