À la faveur d’un scrutin partiel et d’un vote de sanction, l’ultradroite japonaise connaît une percée inédite, tandis que le PLD, fragilisé, se replie sur son aile la plus conservatrice. L’arrivée au pouvoir de Sanae Takaichi, autoproclamée « Dame de fer » du Japon, fait planer l’ombre d’un tournant idéologique majeur. Entre réhabilitation du passé, crispations mémorielles et ambitions constitutionnelles, le pays s’engage sur une voie qui inquiète Pékin. Du sanctuaire Yasukuni aux couloirs de la Diète, c’est tout un paysage politique qui se recompose. Le Japon s’apprête-t-il à rompre définitivement avec le « régime d’après-guerre » ?
Au Japon, lors du renouvellement partiel de la Chambre des conseillers le 20 juillet dernier, le parti Sanseito a créé l’évènement en emportant 14 des 125 sièges à pourvoir. Fondé en 2021, ce parti ultranationaliste est passé d’un à quinze élus, devenant ainsi la troisième formation d’opposition de la Chambre haute. Trois mois plus tard, Sanae Takaichi, une personnalité du PLD (parti libéral-démocrate) connue pour son conservatisme, est élue Première ministre. Celle-ci aime se comparer à Margareth Thatcher, son modèle, qu’elle affirme avoir rencontré dans sa jeunesse. Surtout, Takaichi incarne l’aile dure du PLD, au pouvoir de manière quasi ininterrompue depuis 1955.
Élue présidente du PLD le 4 octobre face à Shinjirō Koizumi (le fils de l'ancien Premier ministre Koizumi), Sanae Takaichi, anciennement proche de Shinzo Abe, est réputée pour ses positions très conservatrices sur la famille (notamment pour son opposition au mariage homosexuel), sur la famille impériale (maintien d’une primogéniture mâle), ainsi que pour ses vues révisionnistes. Des vues si tranchées qu’en privé, l’ex-Premier ministre Fumio Kishida (2021-2024) la surnommerait « la talibane».
La première femme élue au poste de Premier ministre au Japon se voit, elle, en Dame de fer, figure inflexible au sein d’un univers masculin. « Iron lady », le surnom emblématique de Thatcher, fut employé pour la première fois en 1976 dans une critique de Krasnaya Zvezda (Étoile rouge), un organe du ministère de la Défense de l’URSS. Le mot plut à Thatcher « oui, je suis une Dame de fer », déclara-t-elle, y trouvant un argument de choix pour affirmer son image de dirigeante forte et déterminée. L’appropriation qu'en fait Takaichi reste toutefois symbolique : leurs orientations politiques sont diamétralement opposées. Thatcher fut l’une des grandes figures du néolibéralisme, incarné par un État minimaliste, des privatisations massives et une protection sociale réduite. Or, Sanae Takaichi prône une fiscalité stable pour soutenir un État fort et proactif ; son plan de relance économique est d'ailleurs conséquent : 21 300 milliards de yens (117 Md€). Ces priorités économiques et sociales se mêlent, dans son discours inaugural du 24 octobre 2025, à un autre thème majeur : celui d’un Japon fier de ses valeurs traditionnelles.
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