Le 6 octobre 2023, les chefs d’État européens réunis à Grenade ont acté la nécessité de se préparer à de futurs élargissements de l’Union pour tenir compte de l’évolution géopolitique du continent. Le 8 novembre 2023, c'était tour de la Commission européenne de recommander officiellement l’ouverture de négociations pour l’adhésion de l’Ukraine et de la Moldavie. Si tout se déroule comme prévu, l’Union européenne devrait atteindre 30 à 36 États-membres dans les prochaines années, ce qui provoquera nécessairement des bouleversements majeurs. Mais quel bilan pouvons-nous faire des premiers élargissements de l'UE vingt ans après ?

publié le 15/01/2024 Par Frédéric Farah

Ces défis se posent alors que l’Union va de crise en crise depuis plus de dix ans. Crise des subprimes en 2008, crise des dettes souveraines à partir de 2011 jusqu’en 2013, Brexit britannique à partir de 2016, Crise sanitaire de 2020, crise énergétique et inflationniste depuis 2021...

Dans ce contexte perturbé, la question de l’élargissement revient comme un serpent de mer et interroge la solidité des institutions européennes et surtout la capacité et la volonté des opinions publiques européennes à supporter des mutations sans précédent. La montée des partis eurocritiques voire anti-européens peut légitimement questionner la volonté des citoyens européens d’accueillir de nouveaux entrants.

À l’heure où ces lignes sont écrites, ce sont les candidatures de l’Ukraine et de la Moldavie qui sont au centre des réflexions immédiates dans le contexte d’une guerre russo-ukrainienne dont l’issue devient de plus en plus incertaine. La question qui sous-tend ce nouvel épisode de l’Union fait brutalement resurgir une série de questions anciennes, qui n’ont eu de cesse d’agiter le devenir communautaire. Le projet européen, depuis ses débuts, a vocation à s’agrandir. Tel était l'objectif des fondateurs du projet « d’États-Unis d'Europe » comme Jean Monnet ou Robert Schumann.

Le dernier grand mouvement dans cette direction est celui qui a été entamé au cœur des années 1990, à la faveur de la fin de la Guerre froide, et qui englobait entre autres les pays d’Europe centrale et orientale. Face à ce bouleversement, fallait-il tout d’abord réviser les institutions avant d’approfondir ? Au cours de la décennie 1990, certains hommes politiques allemands comme le député Karl Lamers avaient suggéré une Europe par cercles concentriques en fonction des degrés de coopération et d’adhésion des différents membres de l’Union à certaines orientations.

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