L’Agence internationale de l’énergie n’a pas l’habitude d’ouvrir ses rapports par des avertissements philosophiques. Pourtant, la première phrase d’une étude de septembre 2025 sonne comme un coup de tonnerre : « Le débat sur le futur du pétrole et du gaz se concentre presque exclusivement sur la demande, alors même que la compréhension du déclin des champs existants n’a jamais été aussi cruciale. » Cette entrée en matière, d’apparence anodine, marque en réalité une rupture. Depuis vingt ans, le débat public s’est inscrit dans l’idée que la transition énergétique serait d’abord un choix, un modèle, une ambition. L’AIE rappelle que la transition est aussi – et peut-être d’abord – une contrainte physique. Le pétrole décline. Et il décline plus vite que prévu. Ce n’est pas un scénario : c’est un mouvement silencieux, lent, mais implacable.
Tout champ de pétrole ou de gaz suit un comportement similaire : après sa découverte et l’évaluation de son potentiel de production, on met en place les installations nécessaires à l’extraction de la matière brute (puits de production, puits d’injection d’eau, installations de traitement…).
À l’ouverture des puits, le différentiel de pression entre la roche-réservoir et la surface permet d’atteindre un débit maximal. Cette phase de « montée en puissance » (ramp-up en anglais) se conclut par l’atteinte d’un « pic de production », suivi d’une phase de déclin plus ou moins longue, comme on peut l’observer sur la figure ci-dessous.
L’essentiel du travail du producteur sur un gisement pétrolier ou gazier consiste à ralentir autant que possible cette phase de déclin de la production, principalement en tentant de maintenir artificiellement la pression dans la roche-réservoir (injection de gaz ou d’eau) et en forant des puits intercalaires pour exploiter des zones moins connectées au reste du réservoir.
Malgré ces techniques, une grande partie du pétrole initialement présent dans la roche-réservoir (souvent plus de 50 %) reste sous terre, inaccessible à la fin de la période d’exploitation du gisement. Sur le graphique ci-dessus, on note que les « efforts de ralentissement » du déclin permettent une baisse de production sensiblement moins forte (courbe bleue) que si l’on avait laissé se produire la chute naturelle de pression (courbe de production en jaune).
Une réalité physique qui s’impose : les champs déclinent…
Au niveau mondial, l’AIE note que le « déclin naturel » représente une baisse de production de pétrole de 8 % par an en moyenne, soit environ 5,5 millions de barils par jour (Mb/j) chaque année. Cela équivaut à perdre chaque année davantage que la production annuelle du Brésil et de la Norvège réunis.
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