La beauté profiterait-elle électoralement surtout à la droite ? C’est ce que tendent à démontrer diverses recherches scientifiques. L'extrême droite l'a compris et en a fait une arme : discipline vestimentaire, séduction algorithmique, bataille esthétique et sarcasmes contre les « woke ». Un vieux réflexe platonicien, des données empiriques solides, et une stratégie rodée qui réduit la politique à une tronche et un costume.
Le 1er décembre, l'hebdomadaire Le Penthièvre (Côtes-d'Armor) publiait sur sa page Facebook un lien vers son article « Municipales 2026 : une liste France Insoumise pour la première fois à Saint-Brieuc ». Sur la photo, le candidat, Henri Alloy, 64 ans, et sa suppléante, Morgane Le Bars, 25 ans, se présentent sans mise en scène ni sophistication. Sous la publication, des commentaires odieux portant sur leur allure ou leur physique sont salués par des centaines d'émoticônes hilares ou de pouces levés : « À les voir tous les deux, on aurait deviné », « Ils ont vraiment le physique de l’emploi », « Oh la tronche… Pas besoin de noter LFI on l’aurait deviné ».
Ces commentaires sarcastiques et cruels n'ont rien d'isolé. Ils témoignent de l'abaissement, favorisé par les réseaux (anti)sociaux, des barrières morales que la vie sociale impose ordinairement. Ils sont aussi l'illustration d'un langage véhément et vindicatif que l'extrême droite – favorisée par un écosystème numérique propice à ses idées – encourage : une « liberté d'expression » qui se résume à la moquerie, la calomnie, le harcèlement et l'humiliation en toute impunité.
Les réseaux masculinistes et toutes les nuances idéologiques coalisées sur les (anti)sociaux contre le « wokisme » fonctionnent à l'avenant. Les mèmes féroces et viraux sont leur arme. Ainsi, utilisent-ils par exemple des montages de photos « Avant / Après » de jeunes femmes supposées montrer que le féminisme enlaidit (1). On peut également voir des trombinoscopes de militants « woke », le teint blafard et maladif, le look extravagant, des chétifs, des obèses, des gens qui négligent leur apparence… soit l'exact contraire de ces « belles gens » que sont les bourgeois, gardiens de l'ordre économique et médiatique, en effet élégants et « parfumés », donnant l'apparence d'une vie sans traumatisme ni heurts.
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