En France, après la reprise, la croissance du PIB ralentit

Le découpage trimestriel de l’évolution du PIB français permet d’analyser en détail les variations de la croissance. Les dernières données publiées par l’Insee montrent qu’au dernier trimestre 2021, le PIB trimestriel français s’établit à un niveau jamais atteint depuis le début de la crise des subprimes. Cependant, la croissance commence à fléchir.

Un PIB trimestriel de retour au niveau d’avant-crise

La reprise de la croissance française a été ininterrompue en 2021, selon les derniers chiffres de l’évolution trimestrielle du PIB français publiés par l’Insee. Après un début d’année 2020 préoccupant, en raison de la pandémie de Covid-19, le PIB trimestriel a en effet connu quatre trimestres de croissance consécutifs en 2021.

Au quatrième trimestre 2021, il s’établit 12 points au-dessus de son niveau du premier trimestre 2008 : c’est le plus haut niveau observé sur la période. En effet, avant le début de la crise sanitaire, au troisième trimestre 2019, le PIB trimestriel s’était établi au maximum 11,3 points au-dessus de son niveau du premier trimestre 2008.

Le niveau du PIB trimestriel fin 2021 contraste avec celui de la fin de l’année 2020 et des deux premiers trimestres 2021. En effet, lors de ces quatre trimestres, le PIB trimestriel était relativement stabilisé à un niveau compris entre 6 et 8 points au-dessus de celui de début 2008.

Le niveau du PIB trimestriel atteint lors du deuxième trimestre 2020 est donc bien loin : il était alors inférieur de 9,5 points au premier trimestre 2008, un niveau jamais atteint ces quinze dernières années. Même au plus fort de la crise des subprimes, au deuxième trimestre 2009, le PIB trimestriel n’était descendu que 3,8 points en dessous de son niveau de début 2008.

Le rétablissement du PIB par habitant

Le recours au PIB trimestriel par habitant permet d’avoir un aperçu de l’évolution du niveau de vie moyen. Au quatrième trimestre 2021, le PIB trimestriel par habitant se situe 6,5 points au-dessus de son niveau du dernier trimestre 2020. Il retrouve son niveau du troisième trimestre 2019, qui était le plus haut depuis 25 ans.

Au deuxième trimestre 2020, au plus fort de la crise sanitaire, il avait baissé de 25 points par rapport au troisième trimestre 2019 (sur la base 100 de 2008). Comme l’indique la droite tracée sur le graphique ci-dessous, cette chute du PIB par habitant avait constitué un bref retour au niveau du troisième trimestre 1998. Comme pour le PIB global, la baisse spectaculaire du PIB trimestriel par habitant en 2020 a été suivie d’une hausse de même ampleur en 2021.

Sur le temps long, lors de la période antérieure à 1997, le PIB trimestriel par habitant progressait de façon plus lente qu’il ne le fera par la suite. La période 1997-2001 connaît une hausse rapide du niveau de vie moyen, avec l’augmentation de 13 points du PIB par habitant. Cette phase de croissance vive s’estompe entre 2001 et 2003, où le PIB par habitant stagne, avant de repartir à la hausse jusqu’à fin 2007.

Lors de la crise des subprimes, le niveau de vie moyen connaît un coup d’arrêt brutal et chute de 5,5 points entre début 2008 et le milieu de l’année 2009. Après une remontée de 2009 à 2011, le PIB par habitant se stabilise au niveau de celui de 2008 jusqu’au dernier trimestre de 2016. La réelle reprise de la croissance du PIB par tête a lieu à partir de 2017 et se poursuit jusqu’en 2019 : il progresse de 5 points sur la période.

Le graphique ci-dessous compare l’évolution du PIB trimestriel d’une année sur l’autre. On constate que le PIB par habitant du deuxième trimestre 2020 est 18,8 % inférieur à celui du deuxième trimestre 2019. Cette chute n’avait été que de 4,3 % entre le troisième trimestre 2008 et le troisième trimestre 2009, lors de la crise des subprimes. Symbole de la reprise économique post-Covid, entre le deuxième trimestre 2020 et le deuxième trimestre 2021, la croissance trimestrielle a bondi de 18,8 %. Fin 2021, la croissance trimestrielle sur un an glissant était de 4 %.

Un tassement de la croissance fin 2021…

Au-delà du niveau du PIB trimestriel, il est intéressant d’observer la dynamique de croissance. Ainsi, à partir du deuxième trimestre 2008, et durant cinq trimestres consécutifs, la France est en récession. Celle-ci atteint son pic avec une chute de 1,6 % du PIB au premier trimestre 2009 par rapport au trimestre précédent. La reprise s’amorce ensuite à partir du troisième trimestre 2009 et se confirme en 2011, avec une croissance de 1 % du PIB au premier trimestre. Par la suite, l’évolution trimestrielle du PIB est plus heurtée, mais reste positive jusqu’en 2012.

Le bilan de la croissance française, entre fin 2009 et fin 2019 est donc mitigé. Certes, l’économie française est en croissance, mais celle-ci reste faible, avec au total cinq trimestres de récession en 2012, 2013, 2015 et 2016. De plus, sur la période, les variations positives du PIB ne dépassent pas 1 % d’un trimestre par rapport à un autre.

Sur les trois derniers trimestres de 2019, avant le début de la pandémie de Covid-19 on remarque que le PIB continue de progresser de manière plus lente, avec même une entrée en récession au dernier trimestre de l’année. Cela peut s’apparenter aux premières conséquences de la pandémie de Covid-19 qui affectait déjà la Chine. Ensuite, le PIB trimestriel du premier trimestre 2020 baisse de 5,7 % par rapport au trimestre précédent, puis de 13,5 % au deuxième trimestre 2020, une chute largement supérieure à celle observée en 2009.

Au troisième trimestre 2020, la reprise économique se fait sentir et le PIB trimestriel bondit de 18,6 %. En 2021, la croissance du PIB augmente lors des trois premiers trimestres, pour atteindre 3 % au troisième trimestre. On observe cependant un net ralentissement de la croissance du PIB trimestriel au dernier trimestre 2021, qui s’établit à 0,7 %, peut-être le début d’un ralentissement durable de la croissance, après une phase de rattrapage.

… lié à la baisse de la consommation des ménages

Une autre clé de compréhension de la situation économique française actuelle peut être l’approche du PIB par la demande :

- Concernant la consommation des ménages, on remarque sur ce graphique que, depuis 2012, cette dernière a quasiment toujours tiré la croissance française vers le haut. En 2020, avec la crise du Covid-19, elle s’est évidemment effondrée et a été la principale responsable de la chute de la croissance. Elle a ensuite réaugmenté fortement au troisième trimestre 2020, tirant la croissance vers le haut. En 2021, la consommation des ménages a augmenté chaque trimestre avant de fléchir au dernier trimestre, faisant ainsi baisser la croissance.

- Sur 27 des 44 trimestres présentés ici, le commerce extérieur français pèse négativement sur la croissance. Cela a continué d’être le cas en 2021, à l’exception du second trimestre.

- Enfin, l’investissement des entreprises, qui pesait généralement négativement sur la croissance entre 2012 et 2015, tire désormais la croissance vers le haut quasiment chaque trimestre. Après une parenthèse de trois trimestres entre fin 2019 et le deuxième trimestre 2020 — en raison des incertitudes liées au Covid-19 — l’investissement est reparti au troisième trimestre 2020 et contribue positivement à la croissance depuis.

La crise sanitaire a donc entraîné un effondrement général de la consommation des ménages, de l’investissement des entreprises et du commerce extérieur en 2020, ce qui a tiré la croissance vers le bas. En 2021, la reprise de la consommation et des investissements des entreprises ont été les principaux déterminants du regain de croissance économique, tandis que le déficit du commerce extérieur continue d’être pénalisant. Fin 2021, c’est la baisse de la consommation des ménages qui semble expliquer le fléchissement de la croissance.

Annexes

« L’œil de l’économiste »

par Frédéric Farah

Les leçons de la crise des subprimes

Malgré ses conséquences dramatiques sur l’économie mondiale, la crise des subprimes de 2008 nous a livré des enseignements intéressants pour le futur. En effet, après une brutale contraction de l’économie française sur les deux premiers trimestres de 2009, la reprise s’est amorcée dès le premier trimestre de 2010, et s’est ensuite prolongée sur les trimestres suivants. Cette situation s’explique notamment par la mise en œuvre de plans de relance de l’État, à hauteur de 26 milliards d’euros, dès décembre 2008.

Un plan qui n’empêche cependant pas la récession de 2009, ni le fléchissement de l’économie à partir de 2012, où l’activité reste soumise à des variations importantes. Dans l’Union européenne, c’est la période dite du « Double plongeon » qui affecte notamment les pays de la périphérie européenne comme l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, l’Italie ou la Grèce, en raison du choix de l’austérité budgétaire. La France ressort moins durement marquée par cette période, car l’austérité qu’elle engage apparaît moins violente que ses partenaires. Par ailleurs, l’ampleur du système redistributif français amortit les effets sur le niveau de vie des habitants.

Cette période apporte une leçon primordiale pour la science économique : la nocivité d’une trop grande austérité budgétaire en période de crise. Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, a lui-même reconnu que les effets de la réduction de la dépense publique et l’ampleur du « multiplicateur budgétaire » ont été sous-estimés par la Commission européenne et le FMI lors de la crise.

Par exemple, c’est ainsi que la Grèce, qui a dû réduire drastiquement ses dépenses pour pouvoir percevoir des prêts du FMI et de l’Union européenne à partir de 2009, a vu son économie s’effondrer et sa dette exploser jusqu’à 183 % de son PIB en 2015, contrairement à ce qui était prévu par la « Troïka » : la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI.

Face à la crise économique qui se profile avec la pandémie de Covid-19, l’obsession européenne d’un endettement faible et d’une modération budgétaire ne devra pas refaire surface, afin de ne pas conduire aux mêmes erreurs qu’après la crise des subprimes.