Le grand retour de l’inflation

La crise liée à la pandémie mondiale de 2020 a provoqué un retour de l’inflation dans le monde entier, à des niveaux plus ou moins élevés. En zone euro, au troisième trimestre 2021, l’inflation a atteint son plus haut niveau depuis dix ans et a poussé la Banque Centrale Européenne à réviser sa cible d’inflation.

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publié le 30/12/2021 Par Élucid
Le retour de l’inflation
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La crise du Covid-19 a poussé la BCE à relancer une politique d’assouplissement quantitatif - ou Quantitative easing - à travers la mise en place en octobre 2020 du Plan d’achat d’actifs urgence pandémique (PEPP), doté de 1 850 milliards d’euros. L’objectif était de stabiliser les marchés et de ramener la courbe de l’inflation à son niveau prépandémie.

Il semble que ce dernier objectif ait été atteint, et même dépassé : depuis juin 2021, l’inflation sur un an en zone euro est repassée au-dessus de la cible de 2 % fixée par la BCE, pour la première fois depuis janvier 2013. En octobre 2021, le taux d’inflation a même atteint 4,1 % sur un an, son plus haut niveau depuis vingt-cinq ans.

Face à cette résurgence de l’inflation, la BCE a révisé sa cible d’inflation en juillet 2021, pour la première fois depuis 2003. L’objectif d’inflation est ainsi passé de « proche de, mais inférieure à 2 % » à 2 %, autorisant ainsi son dépassement.

On peut noter que cet assouplissement de la politique monétaire n’avait pas été décidé entre juillet 1999 et décembre 2007, ni même après la crise des subprimes — entre novembre 2009 et décembre 2011 — deux périodes où le taux d’inflation était quasiment constamment supérieur à 2 %.

Depuis le lancement de l’euro, le niveau de l’inflation en France et en Allemagne a suivi la tendance globale de la zone euro. Entre 1999 et 2005, l’inflation de la France était cependant supérieure à celle de l’Allemagne, avant que la crise des subprimes n’engendre une quasi-déflation dans les deux premières économies de la zone euro.

La France et l’Allemagne retrouvent ensuite ce niveau d’inflation très bas entre fin 2013 et début 2015, puis en 2019. La crise du Covid-19 n’a cependant pas eu les mêmes effets sur l’inflation dans les deux pays : l’inflation est montée bien plus haut outre-Rhin. En octobre 2021, le taux d’inflation sur un an est de 3,2 % en France, contre 4,6 % en Allemagne.

En Italie, en Belgique et en Espagne, la trajectoire d’inflation a été sensiblement la même depuis 1997. Entre 1997 et 2007, l’inflation espagnole était cependant supérieure à celle des deux autres pays, oscillant entre 3 % et 4 %.

Après une trajectoire similaire de ces trois économies lors de la crise des subprimes, l’Espagne est la seule à connaître une déflation durable pendant deux ans, entre mai 2014 et juillet 2016, au contraire de l’Italie qui n’a pas connu de déflation durable depuis 1997. La crise sanitaire n’a pas fait exploser l’inflation italienne, qui se situe au même niveau que l’inflation française en octobre 2021 (3,2 %) tandis que l’inflation est repartie à un niveau très élevé en Espagne et en Belgique : 5,4 % sur un an.

Dans les pays de « l’Europe périphérique », plusieurs dynamiques sont identifiables. L’Irlande est ainsi le pays européen ayant connu la déflation la plus importante lors de la crise des subprimes, avec un taux d’inflation sur un an de -2,7 % entre le dernier trimestre 2008 et le dernier trimestre 2009.

À l’opposé de la tendance irlandaise, la Grèce a connu un pic d’inflation à 5,2 % sur un an en septembre 2010, au beau milieu de la crise économique, renforcé par les augmentations d’impôts décidées par le gouvernement (TVA). Le taux d’inflation s’est ensuite effondré et la déflation s’est installée de mars 2013 à mars 2016. Le Portugal a quant à lui connu un court épisode déflationniste en 2009, puis un court épisode inflationniste en 2011. Depuis, il enregistre un taux d’inflation inférieur à 2 %.

En octobre 2021, l’inflation sur un an ne se situe pas à un niveau démesurément élevé en Grèce (2,8 %) et au Portugal (1,8 %), tandis que l’Irlande enregistre une inflation de 5,1 % sur un an, un niveau jamais atteint depuis novembre 2000.

Les États-Unis, champions de l’inflation post-Covid

En dehors de la zone euro, le Royaume-Uni a connu une inflation importante lors de la crise des subprimes. À partir de mi-2007, la livre sterling s’est dépréciée, ce qui a engendré un renchérissement des importations et donc un pic d’inflation jusqu’à 4 % sur un an au troisième trimestre 2011, un niveau supérieur à la moyenne de la zone euro. L’inflation est ensuite retombée pour frôler les 0 % sur un an en septembre 2015. En septembre 2021, l’inflation sur un an glissant au Royaume-Uni est de 2,9 %, en dessous de la moyenne de la zone euro.

La Suisse a quant à elle connu plusieurs épisodes déflationnistes à partir de 2009, notamment en raison de la crise qui a touché ses partenaires économiques européens à cette période, et qui a fait ralentir sa croissance. Après la crise du Covid, l’inflation en Suisse est faible, à 1 % sur un an en septembre 2021.

De 1997 à 2007, le taux d’inflation annuel des États-Unis était plus élevé que celui de ses principaux partenaires économiques européens (France, Allemagne et Royaume-Uni), oscillant entre 2 % et 4 %. La crise des subprimes a ensuite fait tomber brièvement les États-Unis en déflation aux troisième et quatrième trimestres 2009. À partir de 2010, l’inflation américaine est repartie à la hausse, mais à un niveau moins élevé qu’avant la crise des subprimes : elle fluctuait entre 1 % et 2 % jusqu’à fin 2019.

Après la crise du Covid-19, l’inflation américaine a explosé, notamment en raison de la hausse des coûts de production. La hausse du prix des matières premières, de l’énergie et du transport maritime a ainsi affecté durement le secteur de la construction et de l’automobile. En octobre 2021, le taux d’inflation américain sur un an est ainsi de 6,2 %.

Le Japon n’a que très peu connu l’inflation ces 25 dernières années. Le pays a d’abord fait face à une longue phase déflationniste entre 1999 et 2007, avant un pic d’inflation en 2008, retombé rapidement avec la crise des subprimes, qui a fait plonger l’inflation à -1,7 % au dernier trimestre 2009. L’inflation a ensuite redémarré faiblement entre mars 2012 à juin 2019, à l’exception d’un pic inflationniste à 3,1 % sur un an en juillet 2014.

Cependant, l’objectif de 2 % d’inflation fixé par la Banque du Japon depuis 2013 n’a pas été atteint durablement. En juin 2020, le pays est retombé en déflation, qui s’est prolongée avec la crise économique liée à la pandémie mondiale. Le taux d’inflation s’établit ainsi en septembre 2021 à -0,2 %.

Forte inflation dans les BRICS… sauf en Chine

La Russie, le Brésil et l’Inde connaissent depuis 25 ans des niveaux d’inflation bien supérieurs à ceux des puissances européennes et des États-Unis. L’inflation dans ces trois pays n’est ainsi jamais descendue durablement dessous de 4 % depuis 1997.

À la fin des années 1990, la Russie a connu une crise financière majeure qui a généré une hyperinflation : l’inflation a ainsi atteint 102,5 % sur un an en mai 1999, avant de retomber progressivement jusqu’à 8 % sur un an en janvier 2007.

Cette hyperinflation est notamment due à la politique monétaire de la Banque Centrale de Russie, qui a accordé beaucoup de prêts à des entreprises menacées de faillite, dans un contexte de libéralisation de l’économie où l’État ne pouvait plus jouer son rôle de prêteur. La Russie a ensuite connu deux pics inflationnistes en 2008 et 2015, avant que le taux d’inflation se stabilise autour de 4 % sur un an, entre juin 2016 et fin 2019.

Contrairement à la Russie, le Brésil et l’Inde n’ont pas connu d’hyperinflation depuis 1997, mais des pics inflationnistes : 14 % sur un an en Inde, au début de l’année 2010, et 15 % sur un an au Brésil en mai 2003. En septembre 2021, le taux d’inflation sur un an est de 7,2 % en Russie, de 5 % en Inde et de 10 % au Brésil.

L’évolution de l’inflation chinoise a été bien différente. Après être sortie de la déflation au début des années 2000, la Chine a connu une période d’instabilité de son taux d’inflation, qui est néanmoins quasiment toujours resté inférieur à 6 % sur un an. La maîtrise de l’inflation fait en effet partie des priorités absolues de la Banque de Chine, qui ne veut pas pénaliser ses exportations. À partir de 2012, l’inflation est restée très stable à 2 % jusqu’en 2019. En 2020, la crise sanitaire a fait plonger l’inflation, qui a atteint 0,6 % sur un an au premier trimestre 2021. Au mois de septembre 2021, elle s’établit à 1 %.

La pandémie de 2020 semble donc avoir relancé une tendance inflationniste à travers le monde. Les États-Unis sont parmi les pays qui ont renoué avec une inflation très forte, notamment en raison de l’augmentation des coûts de production et de l’énergie.

En Europe, l'inflation atteint également des niveaux élevés, comparables voire supérieurs à ceux de 2008. Ce qui peut avoir un impact sur le pouvoir d’achat des Européens, lorsque l’on sait que les salaires ne sont plus indexés sur l’inflation. Pour l’instant, la BCE refuse d'intervenir pour lutter contre cette inflation, privilégiant le soutien aux marchés. Enfin, la Chine n’a pas perdu la maîtrise de son taux d’inflation après le choc économique de la pandémie.

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